[CRITIQUE] « Tales of Halloween », réalisé par Collectif

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Tales Of Halloween

Une nuit d’Halloween, dans une banlieue américaine, lutins, goules, meurtriers à la hache et persécuteurs d’enfants envahissent les rues bordées d’arbres pour terroriser les résidents.

Tous les ans, un terrible dilemme s’impose auprès de tous les férus de cinéma d’horreur : Celui de choisir un film à regarder pour Halloween. Si certains ont leurs petites traditions, d’autres vont au contraire en profiter pour découvrir de nouveaux films, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux frissons. Mais encore une fois, le choix est dur, alors pourquoi ne pas regarder 10 films en 1 ? C’est la solution que vous propose Tales of Halloween !

Nouveau venu dans la longue liste des films à sketches horrifiques, le film se définit comme une anthologie de 10 courtes histoires effrayantes, le tout avec pour fil rouge une émission de radio présentée par… Adrienne Barbeau, exactement comme dans son rôle dans Fog en 1980, plutôt rigolo comme clin d’œil. Le concept n’est pas nouveau, puisque la saga Creepshow ainsi que la série Les Contes de la Crypte ont déjà traumatisé la jeunesse de nombreuses personnes dans les années 80/90 et il sort encore aujourd’hui de nombreux films de ce genre, dont les sagas V/H/S et The ABCs of Death. Mais la particularité de Tales of Halloween est qu’ici, comme son nom l’indique, toutes les histoires se déroulent lors d’une seule et unique soirée d’Halloween dans une petite banlieue américaine, ce qui fait que de nombreux liens sont créés entre eux tout au long du film, avec quelques références plus ou moins dissimulés, des personnages récurrents, des détails en arrière-plan, créant un seul et même univers complètement déjanté et terrifiant, où toutes les folies sont possibles.

Mais arrive-t-il à surpasser Trick ‘r Treat, considéré comme LA référence moderne du film à sketches sur Halloween ? Réponse juste ici.

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Ce que l’on remarque de suite en regardant l’ensemble des courts, c’est que leur ton varie énormément selon les histoires et que, malgré une grande quantité d’histoires à tendance humoristique, les plus « sérieuses » ne sont pas forcément les moins efficaces, comme avec le glaçant Grim Grinning Ghost de Axelle Carolyn, la personne à l’origine du projet et qui signe ici sa toute première réalisation. Et ce qui surprend, c’est que ce court est extrêmement bien réalisé grâce à une atmosphère oppressante, grandement inspirée des films de John Carpenter, en reprenant le concept de la jeune femme poursuivie par une entité mystérieuse, avec certains plans magnifiques et un jeu assez sadique de la réalisatrice avec la peur des spectateurs.
Dans les réalisations brillantes, on peut aussi noter Ding Dong de Lucky McKee, qui réussit encore une fois à transposer l’univers du conte macabre dans notre monde moderne, en mettant en scène ici un couple qui essaie désespérément d’avoir un enfant.  Cependant, ce thème assez glauque n’est pas vraiment abordé de manière crue mais plutôt en sous-texte de l’histoire, comme le faisait également le très émouvant May du même réalisateur, ce qui réduit son exposition mais pas son intensité, foutant une grosse baffe au spectateur en moins de 10 minutes dans une dernière scène éprouvante.

Cependant, il arrive que certaines histoires ont juste un énorme potentiel gâché, à tel point qu’on peut le trouver hors-sujet par rapport au thème du film à l’instar de The Weak and The Weaked, la 4e histoire, qui nous met dans une ambiance punk, limite post-apocalyptique, mais qui ne montre son aspect horrifique que lors de son tout dernier plan seulement. Mais là ou celui-ci s’en sort toutefois avec les honneurs avec son style original, celui de Darren Lynn Bousman se plante lamentablement. Il est clair que si vous n’aimiez pas son écriture et sa réalisation dans ses Saw, il y a très peu de chances que vous adhériez à cette histoire. Réalisation et photographie moches au possible, faussement provocateur avec un humour lourd, cette histoire d’un jeune garçon entraîné par le démon à commettre différents crimes dans la ville n’arrive pas à faire décrocher un seul sourire tellement le tout sonne terriblement creux.

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Fort heureusement, l’histoire suivante nommée simplement Trick est bien plus jouissive et en profite même pour nous montrer ce qu’aurait pu être le premier American Nightmare sans les défauts qui le rendent aussi bancal et ennuyeux. Ce survival, qui montre 4 junkies se faire attaquer par des enfants meurtriers, nous offre en plus une superbe mise en scène aux couleurs très bien rendues avec même un plan-séquence surprenant, qui font que celui-ci demeure un de mes favoris de la compilation, grâce à un twist totalement inattendu et excellent. D’autres twists restent toutefois à désirer comme pour celui de la première histoire du film, Sweet Tooth de Dave Parker (The Hlls Runs Red), qui nuit grandement à l’histoire, qui aurait très bien pu s’en passer pour rester efficace et stressant. Ce qui est dommage, étant donné qu’il s’agit d’un plutôt bon départ pour l’anthologie puisqu’il reprend les fameux clichés des histoires d’Halloween qui deviennent réalité avec ici un tueur adepte de friandises. Un petit peu trop d’ailleurs…

Cette histoire n’est pas la seule à jouer sur les clichés, loin de là, car tout au long du film on se rend véritablement compte que tous les réalisateurs sont de vrais fans de cinéma de genre, notamment dans le WTF-esque Friday The 31st qui est une grande parodie kitch de la saga Vendredi 13 (le titre vous avait surement mis la puce à l’oreille) où cette fois-ci, notre Jason Voorhess préféré va devoir faire face à l’arrivée d’un petit-être venu d’ailleurs. Mais les parodies des autres genres cinématographiques ne sont pas en reste, surtout dans les deux dernières histoires, qui reprennent brillamment les codes du cinéma policier et des thrillers. Si la première (qui nous raconte les mésaventures de deux kidnappeurs amateurs) va surement vous faire mourir de rire avec ses retournements de situation et ses scènes absurdes, il n’est rien face à la dernière histoire, chargée de finir le film en beauté.

Et c’est Neil Marshall (The Descent) qui a relevé cette tâche avec succès, avec cette histoire délirante de citrouille maudite, bien déterminée à dévorer tout le monde sur son passage. Ça n’est évidemment pas tout car Marshall a eu l’idée géniale de filmer son court à la manière d’un film d’action entièrement cliché et totalement premier degré, accompagnée la réalisation qui va avec, évidemment. De quoi terminer le film avec de grands éclats de rire et sur une note très positive avec en plus une petite apparition de Joe Dante (Gremlins) pour la route.

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Au final, peut-on dire que ce Tales of Halloween est un film à voir pour Halloween ? Oui, assurément. Est-il meilleur que Trick ‘r Treat ? Peut-être pas quand même.
S’il est clair qu’il dispose d’énormes qualités, en particulier certaines histoires excellentes, on ne peut s’empêcher de relever un grand déséquilibre entre tous les courts-métrages, nous donnant le sentiment de voir un rendu assez inégal arrivé au bout de l’anthologie. C’était une chose que Trick ‘r Treat arrivait à éviter étant donné que toutes les histoires étaient écrites et réalisées par un seul et même réalisateur. Cependant, là où cette « version 2015 » marque un point, c’est que ses 11 réalisateurs permettent d’explorer bien plus d’horizons et d’imaginaires que ne pouvait le faire Michael Dougherty seul.

Car c’est bien ça la grand force de cette anthologie. Axelle Carolyn a su s’entourer de vraies valeurs montantes du cinéma horrifique ainsi que de quelques réalisateurs confirmés afin d’apporter une grande variété de situations et de styles dans les récits, ce qui permet à chacun de trouver son bonheur dans au moins une des histoires de cette compilation. Si vous aimiez les romans Chair de Poule dans votre jeunesse, alors vous allez beaucoup apprécier cette version plus adulte d’histoires effrayantes dans la même lignée que celles de R.L. Stine et vous passerez une très agréable soirée en compagnie de Tales of Halloween qui réussit tout de même à nous embarquer d’abord dans un conte purement dérangeant puis tout de suite après dans une parodie de Vendredi 13 où Jason se bat contre un alien. Et ça c’est pas commun.

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