[CRITIQUE] « Split », réalisé par M. Night Shyamalan

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Kevin a manifesté 23 personnalités devant son psychiatre de longue date, le Dr Fletcher mais il en reste une, immergée, qui commence à se matérialiser et à dominer toutes les autres. Contraint d’enlever trois adolescentes, dont la volontaire Casey, Kevin se bat pour survivre parmi tous ceux qui évoluent en lui-même – et autour de lui- tandis que les murs entre ses personnalités volent en éclats.

Ayant la réputation d’être l’un des meilleurs réalisateurs de thrillers M. Night Shyamalan nous a déjà livré quelques long-métrage redoutablement efficaces comme Sixième Sens, Incassable ou Signes. Malheureusement cette réputation était désormais derrière lui, après un passage à vide créatif nous infligeant Le Dernier Maître de l’air et After Earth. Mais le cinéaste a su prouver qu’il n’était pas à cours d’idée avec The Visit, qui a surpris beaucoup de monde. Effectivement, la transition vers une petite production efficace et intelligente s’est avéré être le meilleur moyen pour Shyamalan de retrouver sa maîtrise derrière une caméra. Un film d’horreur sur fond de thriller en faisant de l’absurde un élément anxiogène était manifestement la recette parfaite. La société de production Blumhouse ayant fait de ce type de films sa marque de fabrique s’est donc fait un plaisir de s’associer à Shyamalan pour produire The Visit et plus récemment Split.

Alors oui, si ce que vous recherchez c’est un film d’horreur bien ficelé et une mise en scène toute propre Split sait être convaincant. La photographie est resplendissante, les plans sont parfaitement composés, la caméra est d’une admirable fluidité… La petite production d’horreur bien faite n’aura probablement aucun mal à trouver son succès et à faire frémir les milliers d’adolescents qui s’y précipiterons. En reprenant ainsi tous les éléments qui avaient fait le succès de The Visit il n’y a pas de raisons que ce soit mauvais (si on a aimé ce dernier).

En fait si. Quand on décide de reprendre à l’identique un système cinématographique à succès il faut aussi songer à se renouveler. Peut-être que le public qui ira voir le même divertissement horrifique tous les ans pour passer un bon moment entre potes ne s’en rendra pas compte. Mais un spectateur à l’œil un peu avisé se rendra vite compte que c’est la même chose avec les idées en moins. Effectivement Split tourne complètement à vide, la ‘’pâte’’ Blumhouse est présente mais il n’y a rien de très intéressant derrière. On n’y retrouve ni l’étrangeté absurde de The Visit ni le dérangement instauré par Don’t breathe (autre production Blumhouse). Et chaque scène nous rappelle qu’on a déjà l’impression d’avoir vu ça quelque part dans un film d’horreur récent. L’appartement entièrement aménagé en sous-sol dans un pseudo bunker rappelant étrangement 10 Cloverfield Lane. Puis le message sur le dépassement de soi-même et l’affrontement de ses propres peurs qu’on retrouve à l’identique dans le final de The Visit.

James McAvoy s’efforce alors de jouer le psychopathe schizophrène et de prouver qu’il sait jouer autre chose que le professeur Charles Xavier mais il tombe dans le cabotinage au bout de même pas trois quarts d’heures. Joaquin Phoenix, étant le choix initial de Shyamalan, aurait peut-être été un choix plus judicieux. Le concept des diverses personnalités d’un psychopathe aurait pu être un formidable matériau de base pour un thriller mais cet aspect est finalement relayé à l’arrière-plan alors qu’il est à peine développé.

En général il faut éviter de juger un film d’horreur en fonction de son degré d’efficacité. Mais là c’est assez inefficace, même les screamers sont mal amenés et ne daignent pas provoquer le classique sursaut de surprise. Et le pire ça reste quand même le final. D’un coup le film pars dans un élan horrifique surnaturel, en total opposition avec le ton adopté jusque-là. La parfaite logique consciencieuse du scénario de Shyamalan laisse place à un enchaînements d’effets spéciaux pas très réussis qui virent très vite au ridicule et à l’incompréhension. L’interrogation sur ces phénomènes, qui aurai pu naître dans l’esprit d’un spectateur intrigué, ne peut pas se mettre en place dans la mesure où le scénario part dans une direction complètement illogique. Le ton grave et le sérieux font alors obstacle aux inepties développés par l’intrigue.

Au final, Split respecte son cahier des charges et parviendra surement à convaincre le public basique de ce genre de productions. Mais le fait de reprendre un schéma parfait de petite production horrifique à succès sans rien y ajouter n’était évidemment pas la bonne initiative.  On a alors l’impression de voir une petite machinerie bien huilée inintéressante et tournant à vide.

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