[CRITIQUE] « 666 Road » (Southbound), réalisé par Collectif

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Le sud des États-Unis, une route poussiéreuse, cinq histoires cauchemardesques aux liens secrets.

C’est à une partie de l’équipe ayant œuvré sur l’anthologie horrifique V/H/S que l’on doit ce nouvel « anthorrific » ou film omnibus. Les appellations sont diverses mais la qualité, elle, est souvent la même. Sans compter que parmi les 4 réalisateurs aux commandes, l’un d’eux a pour réalisation la plus notable, The Pact 2 aka The Devil’s Pact, un DTV sans intérêt. J’accuse, Patrick Horvath, co-réalisateur sur le film précité et parfait étranger de la trilogie V/H/S. Pour le reste, il s’agit finalement de réalisateurs et acteurs du cinéma indépendant. 666 Road a été présenté hors compétition à l’édition 2015 du PIFFF et à Gérardmer en Janvier dernier, où il remporta le prix du Jury Jeune. Une route nationale en thème principal permettra t-il à 666 Road de réussir là où la plupart des films à sketches échouent ? Réponse :

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The Way Out réalisé par Radio Silence, le quatuor responsable de The Baby, ouvre les hostilités en démarrant leur histoire par sa finalité. Deux hommes ensanglantés fuient un danger qu’on ignore à bord d’un pick-up traçant tout droit sur la route au centre de l’anthologie. Après une prose tout en allégorie sur le concept de destination proférée par un animateur radio (Larry Fessenden), les fuyards s’arrêteront dans une station service. Le Carnaval des Ames est diffusé sur un vieux poste de télévision, un parallèle évident pour qui l’aura vu, avec l’aventure de nos héros. Plus qu’une allégorie supplémentaire, le film de Herk Harvey était également diffusé dans un sketch d’une autre anthologie horrifique, Tales of Halloween. A croire que la diffusion d’extraits de La Nuit des morts-vivants en guise d’hommage, n’est plus assez hype pour les fanboys qui passent à la réalisation. De fantastique, perte de repères, et dislocation d’espace-temps il sera question dans ce sketch d’ouverture. Techniquement maîtrisées, les scènes de jour bénéficient d’une lumière aveuglante restituant parfaitement une atmosphère caniculaire. La narration déconstruite viendra également appuyer les intentions du collectif. A savoir, faire de cette route nationale qui traverse le désert, un équivalent terrestre du fantasmé triangle des Bermudes.

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Plutôt que de choisir un fil rouge pour assembler tout ça, les transitions se feront via de simples travellings ou basculements de points de vue dans une même scène. La première option s’appliquera pour passer à Siren de Roxanne Benjamin. Un groupe de jazz composé de trois jeunes femmes, quitte une chambre de motel pour poursuivre un road trip. Comme il est maintenant évident que quelque chose cloche avec cette route, on ne perdra pas de temps avec l’aspect agréable de leur voyage. Suite à un imprévu, les trois amies rencontreront un charmant couple un brin anachronique. La continuité avec le sketch de Radio Silence se fait par le déroulement de la journée. Nous quittons les deux hommes dans la matinée, les filles la poursuivront jusqu’à la tombée de la nuit. Des dialogues convenus et un éclairage assez moche une fois en intérieur, enrayeront une atmosphère se voulant inquiétante. La présence de clones des frères Bogdanoff ne changera rien à l’affaire. Il aurait été également utile d’informer Benjamin qu’elle ne signait pas un segment de V/H/S mais bien de 666 Road tant sa caméra peine à être stable. Cette seconde aventure se pose comme une préquelle non officielle et au format court de The House of The Devil. On est en droit de supposer qu’après avoir côtoyé Ti West sur le premier V/H/S la jeune réalisatrice a voulu lui rendre hommage. Dommage qu’elle le fasse avec ce format, les courts-métrages n’étant justement pas des réussites quand le réalisateur de The Inkeepers s’y attaquait.

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Avec The Accident, David Bruckner signe un troisième acte qui relèvera le niveau sans pour autant atteindre des sommets. Cette fois, c’est avec un changement de point de vue que le récit s’amorce. En exposant une situation de vie ou de mort imminente Bruckner intervient en cassant la tension de Siren alors à son paroxysme, pour la remplacer par une autre. De nouveau avec un personnage principal masculin, en pleine nuit et au milieu de nulle part, The Accident se focalise sur deux protagonistes. Un rattrapage qualitatif à ce stade du film que l’on doit à une nouvelle intrigue qui maintient la tension mais resserrée autour d’un duo. La durée des segments n’est pas suffisante pour susciter l’empathie générale, le talent de leurs réalisateurs non plus. La présente réduction d’effectifs intervient donc comme un procédé extrêmement salutaire, tout comme ses enjeux nécessitant l’urgence. Après quelques effets gores ayant eu pour cause une menace fantastique puis organique c’est au tour du gore clinique d’intervenir dans ce troisième segment. Une suite de dommages collatéraux devant lesquels la compassion du spectateur sera au moins sollicitée. Au travers d’une curieuse assistance téléphonique l’influence malsaine de la fameuse route est toujours au centre du récit. De manière plus subtile puisque contrairement à ces prédécesseurs, nos héros ne sont pas directement menacés par des êtres malveillants. Un jeu tordu reposant sur l’unique prestation de Mather Zickel, habitué des séries télé (Bones et Masters of Sex pour les plus récents).

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Tripot, fusil, bagarres et tatouages. Voilà pour le champs lexical de ce quatrième et logiquement dernier mais en fait avant dernier, segment. Toujours dans la continuité temporelle, nous restons en pleine nuit pour ce nouveau sketch. Un travelling ainsi qu’un changement de point de vue viennent  amorcer Jailbreak réalisé par l’intrus de la bande, Patrick Horvath. Un foutoir mal composé même pas joli à regarder. Le côté hommage aux 80’s s’impose trop lourdement via une musique référencée omniprésente. L’erreur de Roxanne Benjamin revient en force avec cette galerie de personnages, trop nombreux pour qu’on s’y intéresse. Avec ses signes cabalistiques, ses portes magiques et ses gunfight, la participation d’Horvath tranche trop brutalement avec le reste du film. La fluidité des transitions jusqu’ici correctement mise en scène n’est plus qu’un prétexte obligé que ce soit pour débuter ou conclure ce dérapage incontrôlé. Le climax se voudrait dramatique mais apparaît plutôt comme parodique. La faute à un enchaînement de situations trop rapide, d’une prestation très moyenne et d’une musique trop présente. Un segment too much proche du grindhouse avec des personnages totalement indépendants des autres histoires.

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Dans The Way In une famille est attaquée dans sa maison de vacances. Si des individus masqués et une résidence isolée vous font penser à The Strangers, c’est normal c’est son scénario. La constance  de rendre hommage pour ne pas dire copier des longs dans leurs courts-métrages poursuit ainsi son chemin. Mais ce n’est pas la première fois qu’on voit un scénario impunément repompée sous prétexte qu’un twist le complète. Entrée en scène d’une maman d’un papa et de leur adolescente bientôt étudiante. Le cirque établit par Patrick ne se verra pas réparer par Radio Silence. En plus de cette petite famille insipide il faudra supporter pendant 15 minutes un jeu du chat et de la souris qui n’en méritait pas tant. Tout comme un twist prévisible et un climax bourré de CGI. Leur séquence d’ouverture était suffisante, mais puisqu’il faut boucler la boucle et jouer avec la temporalité, le collectif occupera au total un tier du film avec The Way Out & The Way In. Si sur le papier, mixer un home invasion avec une histoire de monstre peut paraitre excitant, le résultat final se montrera nettement moins haletant.

D’interventions surnaturelles à simples actes de malfaisance humaine, la ligne directive de 666 Road est d’articuler plusieurs mises à mort aux abords d’une unique route. Le tout entrelacé par une mythologie commune permettant une diversité propre à ce sous genre. Un dosage efficace qui conditionne les inspirations de chacun afin de former un tout cohérent. Le principal défaut reviendra à cet union qui ne fait décidément pas la force. S’il est évident que tous les réalisateurs ont œuvré ensemble pour parvenir à cette cohérence, le talent de chacun se charge de contraster la qualité de leur travail.

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