[CRITIQUE] « Silent Night Bloody Night », réalisé par Theodore Gershuny

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Un jeune homme hérite d’une grande demeure au sein de laquelle son grand-père a péri immolé par le feu. Il décide de procéder à sa mise en vente. Cette décision provoque l’apparition d’un tueur décimant quiconque tente de s’approcher du lieu.

Passé inaperçu lors de sa sortie en 1972, Silent Night Bloody Night, également titré Death House, réalisé par Theodore Gershuny, n’a pourtant que peu de rapport avec la franchise de slasher du même nom qui consacra la figure du père noël dans son expression la plus déviante. Le film n’en contient pas moins un certain nombre d’éléments liés au genre notamment un certain nombre de meurtres brutaux à la première personne et un panel de personnages semblant tous dissimulé de mystérieux et angoissants secrets. À ce titre, le film de T. Gershuny pourrait, au même que d’autres métrages indépendants d’horreur américains des années soixante dix à l’instar de l’excellent et traumatisant Alice sweet Alice (Alfred Sole, 1976), être perçu comme un exemple de proto-slasher tant il semble annoncer, par ses motifs (ambiance étouffante, grande maison aux multiples recoins, action se déroulant durant la période morne de Noël) des représentants ultérieurs du genre tels que Black Christmas de Bob Clark qui sortira sur les écrans deux ans plus tard.

La comparaison avec le long-métrage d’Alfred Sole ne parfait par ailleurs pas superflue car en vérité, Silent Night Bloody Night évolue sur deux terrains. D’une part nous l’avons dit celui du proto-slasher. D’une part, et cet aspect apporte beaucoup à sa qualité et à sa singularité, il se rattache à une certaine tradition du film d’horreur anglo-saxon des années soixante dix, porté sur le déploiement d’ambiances atmosphériques, à la manière d’un cauchemar éveillé digne des récits antédiluviens de H.P Lovecraft. A ce titre, nous pouvons quelques titres emblématiques comme Let’s scare Jessica to death (1971) de John D. Hanock ou encore le sublime Messiah of Evil (1973) du couple Gloria Katz/Willard Huyck. L’ensemble est saupoudré d’une touche gothique, par le biais du récit du récit du propriétaire de la maison, personnage on-ne-peut-plus trouble, dont la mort reste sujette à caution, ainsi que des mystères entourant sa maison qu’un groupe de résidents de la ville attenante tentent de s’arracher par tous les moyens. A cela se greffe une dimension relevant clairement du thriller, lorsque le spectateur apprend qu’un patient d’un asile environnant a pris la fuite, et qu’un meurtre a été commis le soir même, après qu’un couple adultère dont l’homme, un architecture venu conclure la vente de la maison, aient passé la nuit en son sein.

Cette synthèse tortueuse de l’intrigue du film met en revanche en avant la confusion régnant au sein de ce dernier en termes de scénarios. Les personnages se multiplient et par conséquent les coupables potentiels également, à commencer par le fils du propriétaire historique de la demeure, Jeffrey Butler, interprété par un James Patterson empli d’ambiguïté. Face à lui, les représentants municipaux désirant se saisir du bien immobilier également animés par des tics et des comportements étrange (mention spéciale à John Carradine, dans son dernier film, dont l’une des caractéristiques rappellera des souvenirs aux amateurs d’Hector Salamanca dans Breaking Bad) accentuent l’atmosphère délétère voir cafardeuse de Silent Night Bloody Night, car il s’agit bien de ce point à travers lequel il parvient à tirer son épingle du jeu.

Qu’il s’agisse des paysages hivernaux entourant la maison, de plusieurs meurtres (d’autant plus marquants qu’ils demeurent peu nombreux) particulièrement poisseux ou de la partition oppressante de Gershon Kingsley, l’ensemble du film baigne dans une atmosphère hautement malsaine qui n’est pas sans rappeler comme dit plus haut le caractère glauque d’Alice sweet Alice ou de Don’t look in the Basement (1973) de S.F Brownrigg. Et le magnifique et terrifiant flash-back final porteur de l’ensemble des révélations restées en suspens, tourné en sépia, ne viendra pas contredire cet état de fait. Là encore, Silent Night Bloody Night renforce son originalité en affirmant des influences évidentes, et plus lointaines, provenance de l’expressionnisme allemand, tant l’ombre de Robert Wiene semble planer sur cette séquence, clé de voute d’un excellent long-métrage (malgré plusieurs longueurs et un scénario souvent cryptique) que l’éditeur Bach Films nous permet désormais de redécouvrir dans des conditions agréables (tout du moins en comparaison avec les éditions VHS antérieurs).

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