[CRITIQUE SERIES] « Tokyo Vampire Hotel, saison 1 » – Le bilan de fin de saison

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Le jour de ses 22 ans, Manami va se retrouver au cœur de l’affrontement de deux clans de vampires, les Dracula et les Corvin, qui s’opposent depuis des siècles. Mais tout ceci ne lui arrive peut-être pas par hasard…

Amazon s’est lancée sur le marché de la VOD en voulant concurrencer Netflix. Les deux géants du streaming ont donc appliqué la même politique : proposer des contenus audacieux, novateurs et surtout développés dans les pays ciblés. Netflix est arrivé en France avec la série Marseille, Amazon Prime Video débarque au Japon avec Tokyo Vampire Hotel, une série de 10 épisodes qui a été remontée en un film de 2h30 dans certains festivals. Après sa sortie il y a un an en terres nippones, la série de Sion Sono débarque en France.

Sion Sono est connu pour ses films barrés, emplis d’humour, de bizarreries et de trouvailles, le tout surmonté d’un montage énergique et rythmé en diable. Le voir réaliser une série de 10 épisodes est à la fois l’assurance de passer un moment unique mais aussi de basculer dans un WTF des plus complets. Pour le coup, le pilote de Tokyo Vampire Hotel donne le ton. Après un respect pur des films classiques de vampires, à savoir un résumé de l’intrigue sur des panneaux noirs, le cinéaste japonais décide d’organiser un petit massacre qui mêle corps, explosions, tuerie et orgasme sur un fond musical rythmé. Il va enchaîner cette technique dans chacun des 10 épisodes de la série. On assistera tour à tour à des scènes de vies quotidiennes perturbées par une violence inattendue, exacerbée et vivifiante.

L’histoire est assez foutraque, comme souvent chez Sion Sono. On suit une jeune femme, Manami, qui découvre le jour de ses 22 ans qu’elle est la « descendante » de Dracula. Elle se retrouve traqué par des vampires disciples du Comte et par des Neo-Vampires qui veulent les détruire. Jusqu’ici tout va bien. Là-dessus, vous rajoutez un timing – en gros deux heures – et la perspective de la fin du monde et vous obtenez un projet plus proche des habitudes du réalisateur. Mais, en bon disciple d’Edogawa Rampo et de son ero guro nansensu, il faut une forte dose de sexe et d’érotisme gore. Comment faire ? En enfermant tout ce petit mode dans un hôtel où règnent le vice et la luxure et vous obtenez Tokyo Vampire Hotel.

Forcément avec un pitch pareil, cela ne peut que partir en grand n’importe quoi et cela va être le cas. Après un premier épisode rythmé et efficace – même si classique dans son contenu -, le deuxième est un virage à 180° avec un retour en arrière pour combler, déjà, les questions du début. Chaque épisode est ainsi construit comme un diptyque, un jeu de miroirs pervers où le premier reflète le deuxième et inversement. On nous présente une galerie de personnages et de lieux complètement fous. Des vampires lookés façon Alice Au Pays Des Merveilles, des lieux étranges – mention spéciale à l’hôtel qui rappelle celui du Shining de Stanley Kubrick – et surtout une galerie de seconds rôles délirants au possible.  On vous laissera apprécier la mise en scène au cordeau de certaines scènes impliquant les majordomes et les soldats de sexe féminin.  Il n’a pas hésité à tourner dans la mine de sel du Turda en Roumanie pour coller au-mieux à son envie grandiose. Son casting, enfin, contient des visages connus de son univers : Kaho, Tomite Ami ou celle qui l’inspire Kagurazaka Megumi. On appréciera de retrouver Akihiro Kitamura (The Human Centipede – First Chapter) qui est ici fabuleux. 

Ce produit hybride – mi-film de vampire, mi-comédie, mi-drame, mi-blockbuster – contient tout ce qui peut faire plaisir aux fans de Sion Sono : des jeunes filles tueuses et sexy, des visions de génie, des fulgurances visuelles et auditives – gros coup de coeur sur la bande-son rock et classique qui pompe allègrement les thèmes célèbres du cinéma – et une réflexion sur  la société moderne et ses travers. S’il y a une surenchère gratuite de gore et de provocation – comme dans TAG –, on retrouve la touche de calme assez rare dans la filmographie du réalisateur de Suicide Club et cela contribue à éviter l’accident industriel qu’on aurait pu craindre. Un véritable travail est accordé aux scènes d’action mais aussi aux couleurs avec les dominances du rouge, du bleu et du jaune qu’on pouvait déjà apprécier dans un de ses derniers projets, Antiporno.

Deuxième série de Sion Sono, Tokyo Vampire Hotel se destine aux fans du bonhomme mais est un excellent point d’entrée pour celles et ceux qui veulent découvrir le travail d’un monument du cinéma asiatique.

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