[CRITIQUE] « Rage » – Réalisé par David Cronenberg

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Apres un accident de moto qui l’a complètement défigurée, une jeune femme est soignée par un chirurgien esthétique. Il en profite pour faire une expérience aux conséquences inconnues. Après un mois de coma, elle se réveille brutalement. Son métabolisme a changé et un nouvel orifice est apparu sous son aisselle

Années 70 : des réalisateurs se consacrent à l’horreur à leur façon, des grands noms comme Tobe Hooper ou Wes Craven émergent du cinéma de genre et participent à l’essor du Nouvel Hollywood, un cinéma brut, violent et plus réaliste que jamais. Quelque part un peu plus au nord,  David Cronenberg, jeune cinéaste canadien tente de séduire le public nord-américain et européen en réalisant divers courts-métrages pour se consacrer finalement au long-métrage. Nous sommes en 1975, Cronenberg réalise son troisième long-métrage, il lui attribuera le titre de Frissons (Shivers en version anglaise), mélange de science-fiction et d’horreur, le succès est unanime, Cronenberg se fait dès lors remarquer, de festival en festival, le cinéma de genre canadien prend son envol, Frissons est un film malsain, répugnant, mais il est authentique et effraie son public autant qu’il l’interpelle, un film d’horreur expérimental et fantastique à travers un spectacle ultra-violent et gore, Cronenberg signe déjà son premier film précurseur du genre.

Deux ans plus tard, en 1977, Cronenberg récidive à nouveau et réalise l’un de ses premiers films cultes qui vont dans le sens et la continuité de Frissons, il l’intitulera Rage (Rabid). Comme son précédent, il est un savant mélange de science-fiction et d’horreur sur fond de contamination. Préférant surfer sur le mythe du zombie, très en vogue à cette époque depuis La Nuit des Morts Vivants (1968) le succès est grandissant, Cronenberg rejoint la table des grands maîtres de l’horreur. Son coup de maître ? S’amuser à explorer les pires mutations du corps humain, ce sera sa marque de fabrique, Cronenberg s’impose au cinéma en choquant, il effraie ses spectateurs, et créer un monde malsain, où les expériences se ratent les unes des autres et où l’horreur prend son envol, ce sera donc son univers qu’il développera dans bon nombre d’autres films réalisés par la suite avant de s’immiscer dans le thriller toujours et avec un peu plus de violence. Cronenberg ne perd pas une goutte de sang, et s’amuse à transformer le corps humain en un bouilli de chair et de sang. Cronenberg est le chirurgien de l’horreur, adepte des expériences interdites et où ses personnages n’en sortent que très rarement indemnes.

Rage est écrit et réalisé par Cronenberg lui-même, tourné au Canada,  l’histoire tourne autour de Rose, jeune et jolie fille, victime malgré elle d’un accident grave de moto,  agonisante, elle est rapidement prise en charge et opérée d’urgence dans une mystérieuse clinique dirigée par un médecin adepte des opérations expérimentales : la greffe de peau.  Vous l’aurez déjà compris, l’expérience se révèle être un échec, sans le savoir, Rose n’est plus elle-même, après s’être réveillée de son coma, Rose ressent une très forte envie de sang, impossible d’ingurgiter quoi que ce soit par voie orale, Rose est munie d’un orifice (ou d’un nouvel anus) situé au niveau de son aisselle, un horrible dard semblable à celui d’une abeille se cache dans ce mystérieux orifice et sert à tuer ses proies qui auront le malheur de s’approcher trop d’elle. Rose se nourrit de sang à sa manière, les victimes de cette dernière contractent par la suite la rage et deviennent elles aussi assoiffées de sang. Le virus se propage et la ville où Rose se balade (Montréal en l’occurrence) est en état d’urgence et la loi martiale est décrété, c’est le début d’une longue hécatombe.

Premier vrai film choc de Cronenberg, ce dernier continu dans sa lancée en nous présentant tout une gamme d’histoires sordides, ce sera le cas de Chromosome 3 où une femme donnant naissance à d’horribles petites créatures, à la suite d’un traitement psychiatrique qui a mal tourné, La Mouche, ou l’individu un peu trop sur de lui-même se transforme peu à peu en mouche, Videodrome ou l’expérience télévisée tourne au cauchemar, bref, des chapitres expérimentaux horrifiques cherchant à nous prendre aux tripes. Cronenberg est aussi le cinéaste contestataire, comme Romero, il aime dénoncer à sa manière toutes sortes de phénomènes, Frissons et Rage dénoncent en partie le domaine de la chirurgie, Chromosome 3 est une violente charge contre la psychanalyse, ExistenZ pointait du doigt le domaine du jeu vidéo et ses dérives et A History of Violence dénonçait la société américaine et ses dérives ultra-violentes.

Rage démontre au travers des expériences scientifiques, que l’homme est amené à se détruire par lui-même, au gré des recherches et de la science, l’homme intelligent se surpasse et périt dans ses expériences les plus folles, c’est le cas de l’héroïne, Rose, magistralement interprétée par Marylin Chambers, plus connue à cette époque comme l’actrice phare du domaine érotique et pornographique, cette dernière est un cobaye, un nouvel espoir pour la médecine et la chirurgie, mais qui très vite se transforme en cauchemar et devient une créature dévastatrice hors de contrôle. Rose se nourrit du sang des autres à l’aide de son dard chirurgical dont le corps n’est plus celui d’un être humain normal mais d’une espèce d’insecte vampirique. Les victimes deviennent à leur tour assoiffées de sang avant de périr. C’est la rage,  l’expression de la peur de la maladie, de la contamination et des virus, en particulier celui du sida, maladie émergente et encore méconnue à cette époque.

Rage s’inscrit dans la lignée des pépites horrifiques expérimentales que constitue la filmographie de David Cronenberg, là où le fils Brandon Cronenberg a échoué, avec son premier long-métrage réalisé en 2012 Antiviral, c’est bien évidemment cette maîtrise constante des codes de l’horreur que son père parvient à piquer au vif son spectateur, lui laissant un sale goût dans la bouche, à la fois un rendu hommage honnête et novateur sur les films de morts-vivants et de contamination. Il est une marque de fabrique jamais vu dans le cinéma de genre, là ou encore, les espoirs avaient déjà porté ses fruits, celui d’un réalisateur émergeant qui aura défrayé la chronique. Cronenberg, le seul et unique réalisateur de talent.

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