[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Profile », réalisé par Timur Bekmambetov

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Deux faux profils entrent en contact sur Facebook : une journaliste qui se fait passer pour une jeune révoltée convertie à l’Islam, et un djihadiste manipulateur, qui promet l’amour dans un paradis syrien. Mais la journaliste est mal préparée à la cour assidue que lui fait ensuite sur Skype l’irrésistible Bilel.

Développé pour la première fois en 2015 avec l’efficace mais trop creux Unfriended, le genre du screen-life repose sur un concept simple mais au potentiel immense : Une intrigue ne prenant place qu’à travers un écran d’ordinateur. Une idée novatrice qui rappelle un peu celui du found-footage, à savoir très viable économiquement mais qui nécessite un énorme travail d’adaptation et d’inventivité pour le rendre intéressant et pertinent à l’écran. Et alors que son penchant « thriller » est actuellement dans les salles françaises avec le sympathique mais sous-exploité Searching – Portée Disparue, parlons ce qui est, à ce jour, son utilisation la plus intéressante : Profile.

Contrairement à ses prédécesseurs, qui restaient dans le domaine de la fiction, Profile prend le risque d’adapter une histoire vraie, et pas des moindres, celle d’une journaliste (française dans la vraie vie, anglaise dans le film) ayant enquêté sur les recrutements de l’État Islamique par le biais des réseaux sociaux. Une idée qui semblait donc pleinement appropriée pour un procédé comme le screen-life et qui ainsi, permet à Timur Bekmambetov (pourtant habitué à des blockbusters grossiers) de porter son idée le plus loin et le plus efficacement possible, renforçant au maximum l’implication du public dans cette exploration fascinante et risquée, où tout peut basculer au moindre faux pas.

Bien qu’éloigné du registre horrifique pur (on est clairement là dans du thriller d’enquête dans tout ce qu’il y a de plus traditionnel), le long-métrage sait se montrer prenant et angoissant dans ses instants les plus tendus, tout particulièrement grâce à sa forme. L’omniprésence du danger entourant notre journaliste-héroïne (et par la même occasion, nous) maintient l’intrigue dans une tension permanente qui prend tout son sens lors d’un dernier quart d’heure où l’on a véritablement envie de se cacher les yeux, de peur que le pire ne se produise sous nos yeux. Et pourtant, croyez-le ou non, le film n’est pas non plus avare en petites notes d’humour (très souvent noir, bien entendu) assez inattendues mais pourtant extrêmement efficaces, permettant de rythmer efficacement son déroulé, en plus de nous laisser souffler le temps de quelques minutes.

Après n’avoir été que trop peu exploité avec Unfriended et Searching – Portée Disparue, le screen-life prend enfin avec Profile toute son ampleur et nous offre une exploitation pertinente et terrifiante de son potentiel. Sans jamais recourir à la provocation choc gratuite ni même au propos politique trop appuyé, Timur Bekmambetov propose une réflexion riche du pouvoir massif acquis par les réseaux sociaux s’ils se retrouvent entre de mauvaises mains… Le concept n’en est qu’à ses balbutiements mais nul doute que dans quelques années, le screen-life deviendra un objet d’étude filmique absolument passionnant sur la place prépondérante de la technologie dans nos propres vies.

Profile
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Conclusion

Savant intelligemment exploiter son concept et doser son suspense, Profile est la meilleure incursion dans le domaine du screen-life à l’heure actuelle. Timur Bekmambetov semble avoir trouvé le bon filon pour générer un cinéma novateur et introspectif sur nos générations informatisées, pourquoi que cela dure sans virer jusqu’à l’overdose.

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