[CRITIQUE] « Prevenge », réalisé par Alice Lowe

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Suivant les conseils avisés de son fœtus, une femme enceinte décide de s’adonner à l’auto-justice et se débarrasse de tous ceux qui se mettent en travers de son chemin.

Bien que Prevenge soit sa toute première réalisation, Alice Lowe est loin d’être une débutante dans la sphère indépendante anglaise. Second rôle dans Hot Fuzz de Edgar Wright ou encore rôle principal dans Touristes de Ben Weathley, Lowe s’est attachée à un certain type de cinéma déviant, mais non sans une certaine sensibilité. Et pour son tout premier film, on ne peut pas dire qu’elle ait choisi la facilité.

Alors qu’elle était réellement enceinte, elle imagine l’histoire barrée de Prevenge, à savoir une jeune femme devenant meurtrière sous les ordres de son fœtus, qu’elle va écrire et tourner en l’espace de trois semaines seulement. La performance est à saluer, mais le film va-t-il au delà de son concept plus qu’original ?

Au vu des conditions dans lesquelles le film fut tourné, il est évident que les moyens alloués, que cela soit en matière d’acteurs ou même de décors, soient extrêmement limités. Mais contre toute attente, c’est bel et bien ce qui fait la force du long-métrage. Alice Lowe adopte le parti-pris de se focaliser uniquement sur Ruth (la femme enceinte/serial-killer) et ses agissements, ne laissant au final que très peu de place (voire aucune) au monde qui tourne autour d’elle. On se sent ainsi entièrement immergé dans son petit univers épris de solitude du début à la fin. Solitude qu’elle essaye tant bien que mal de combler sans jamais arriver pleinement à ses fins. Cette atmosphère, elle est également renforcée par une réalisation finalement très « indépendante » avec l’utilisation fréquente de caméra à l’épaule et à l’importance donnée aux gros plans sur les visages des personnages.

C’est de cette façon que l’on peut contempler toute la justesse de jeu de Alice Lowe, qui interprète Ruth, en plus d’écrire et réaliser le film. Toute l’innocence éprouvée par le personnage ressort à travers l’écran et notre identification à elle est quasiment instantanée. De même, la relation qu’elle entretient avec son fœtus ne tombe jamais dans le ridicule, bien au contraire. Alors qu’on pouvait craindre des relents bis et « over-the-top » que n’aurait pas renié Frank Henenlotter, leur relation (uniquement basée sur le dialogue en voix-off, puisque l’on ne voit jamais le fœtus) est finalement très naturelle et organique. Cette notion « d’organique », on la ressent aussi dans la manière dont est écrit le scénario du métrage, notamment les dialogues. Tout sonne très brut, sans aucune fioriture… voire même trop par moments, ce qui fait que l’histoire semble difficilement compréhensible sur certains points-clés, même pour les plus assidu(e)s d’entre nous.

Néanmoins, difficile de ne pas saluer la grande sincérité qui caractérise Prevenge. Bien loin des idées préconçues que l’on peut se faire à base de meurtres sanglants et/ou de femme aussi meurtrière qu’une Béatrice Dalle, le métrage se présente avant-tout comme un vrai drame humain. Drame auquel on aurait rattaché quelques moments sanglants qui, il faut bien l’avouer, savent nous surprendre et nous dégoûter lorsque ceux-ci éclatent au grand jour. Mais l’intention de la réalisatrice/scénariste/actrice n’est absolument pas de nous faire frissonner à base d’excès gore injustifiés, mais plutôt de nous montrer le parcours d’une femme prête à tout pour son enfant. Il n’y a qu’à voir les très nombreuses touches d’humour noir distillées ça et là, souvent présentes pour désamorcer la tension des scènes de meurtres mais qui sont également là pour nous rappeler la dimension humaine de son récit.

Vous l’aurez compris, Prevenge dispose des forces et des faiblesses typiques des premières réalisations indépendantes mises sur pied en si peu de temps. Ce que le récit perd en cohérence et en fluidité, il le gagne en puissance et en sincérité et à ce titre, il est clair que Alice Lowe s’est véritablement surpassée (artistiquement mais surtout physiquement) pour porter ce projet plus qu’inhabituel à bout de bras. S’il ne va sûrement pas changer votre vie, Prevenge est tellement honnête dans sa démarche qu’il serait dommage que vous passiez à côté, ne serait-ce que par curiosité.

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