[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Piercing », réalisé par Nicolas Pesce

No Comment

Reed quitte sa petite famille pour une nuit à l’hôtel. Dans une chambre luxueuse, il attend une prostituée pour mettre à exécution son grand fantasme criminel. Jusqu’à l’arrivée de cette femme, il répète inlassablement ses gestes…

A la grande surprise de bon nombre de cinéphiles, les adaptations cinématographiques de l’oeuvre gargantuesque de l’auteur japonais Ryu Murakami ne fût adapté sur le grand écran qu’à très peu de reprises, et très souvent de façon confidentielle. Tout juste sauvons nous de cet amas de films le désormais culte Audition de Takashi Miike, toujours aussi déconcertant et marquant, même bientôt 20 ans après sa sortie. Alors forcément, quand un réalisateur à l’univers si prometteur comme Nicolas Pesce (à qui l’on doit The Eyes of My Mother) décide de s’attaquer à une oeuvre de l’auteur, en l’occurrence ici Piercing, il y avait franchement de quoi être enthousiaste à l’idée.

Fidèle à l’imaginaire de son auteur d’origine, nous sommes ici plongés dans les arcanes de la vie amoureuse et sexuelle, prenant une fois encore des tournants aussi morbides que cyniques. Néanmoins, à l’inverse d’un Audition, Nicolas Pesce va retravailler son scénario afin de donner à Piercing un ton nettement plus porté sur l’humour noir et surtout profondément influencé par l’esthétique et l’atmosphère du giallo. Un hommage notable d’ailleurs par sa bande-originale, uniquement composée de thèmes classiques du style, notamment celui lancinant des Frissons de l’Angoisse de Dario Argento. Une atmosphère référentielle donc, mais qui ne parasite aucunement l’intrigue que le film veut nous raconter.

Porté par un casting tout simplement génial entre une Mia Wasikowska troublante et perverse à souhait ainsi qu’un Christopher Abbott complètement perdu face à ce qui ne devait être qu’un assassinat sans gravité, Piercing s’amuse à ne se dévoiler que progressivement et laisser volontairement le spectateur dans le flou pendant une bonne partie du récit. Brouillant les pistes pour mieux nous prendre à revers lorsque le film décide de vraiment partir en vrille, l’intégralité du scénario se déroule d’une très belle façon, maniant avec brio passages tendus et notes d’humour glauque mais parfaitement approprié à la situation.

En d’autres termes, Piercing est ce que l’on peut appeler une très belle petite découverte. Impressionnant visuellement sur bien des aspects (dont cet usage de maquettes donnant des plans nocturnes absolument magnifiques), le film s’inscrit dans cette parfaite logique de film de festival faisant mouche à coup sûr et dont on ressort le sourire aux lèvres (quoi qu’un peu dégoûté) et avec des images (toutes plus déconcertantes les unes que les autres) plein la tête. On attend désormais de pied ferme ce que Nicolas Pesce compte nous offrir avec son reboot de The Grudge car en terme d’univers glauques, on peut désormais dire qu’il s’y connait.

Piercing

Conclusion

Très éloigné du précédent film du réalisateur, Piercing est une bien jolie découverte, laissant la part belle à son casting en totale liberté et à un humour féroce qui risque de satisfaire bon nom d’amateurs de comédie noire. Ça ne renouvelle en rien le genre, soyons clairs, mais ça reste extrêmement plaisant à voir.

Balance ton commentaire

Back
SHARE

[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Piercing », réalisé par Nicolas Pesce