[CRITIQUE] « Phase IV », réalisé par Saul Bass

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Un mystérieux signal est lancé de l’espace. Sur Terre, dans le désert d’Arizona, des fourmis noires d’une espèce inconnue attaquent les humains.

Connu de tout le monde pour avoir conçu les magnifiques génériques de Psychose, Autopsie d’un meurtre de Preminger et bien d’autres grands films, Saul Bass a réalisé en 1974 son seul et unique long métrage: Phase IV. Au niveau cinématographique, la période de la guerre du Vietnam aura vu naître bon nombre d’oeuvres sf dystopiques et d’anticipation. Des premiers Planet of the Apes à Soleil Vert sorti un an avant Phase IV, ce dernier reste sans doute un des films  les plus singuliers de ce sous-genre.

À l’opposé de son aîné Des monstres attaquent la ville (Them!) sorti exactement 20 ans plus tôt, les vilaines bébêtes de Saul Bass ne sont en rien extravagantes puisque de vraies fourmis ont simplement été filmées par l’intermédiaire de prises vues macroscopiques. Le réalisme apporté par cet artifice pourtant basique (on ne fera pas la blague) rend le film d’autant plus glaçant. Cette manière de mettre au même niveau les insectes et les hommes par le biais du cinéma apparaît de plus comme parfaitement logique. En effet, ce n’est plus un rapport de force qui s’établit et l’important réside dans la problématique suivante : l’entité la plus intelligente survivra. Thème de l’intelligence qu’on retrouve d’une certaine façon dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Les réfèrences au film de Kubrick parsèment par ailleurs le film, de l’apparition de monolithes à un gros point lumineux rouge inquiétant en passant par nos scientifiques enfermés dans leur bulle de laboratoire en guise de vaisseau spatial. En effet, les fourmis usent de stratagèmes pour mener à bien la bataille, afin que les hommes en face utilisent leur cerveau plutôt que de continuer avec une artillerie néfaste pour leur environnement, principale cause des séries B/Z sauce Godzilla à laquelle Phase IV n’échappe pas.

Le réalisateur fait également un usage intéressant de la voix off. D’abord en tant que Dr Hubbs (Nigel Davenport), le narrateur plante le décor de manière factuelle mais lorsque celui ci meurt, c’est son jeune collègue (Michael Murphy) qui prend le relais des opération et donc du rôle de narrateur. Cette fois le ton change et devient plus fataliste et alarmant ainsi que poétique.

On pourrait interpréter ce choix comme un discours métatextuel sur son époque. L’égocentrique Dr Hubbs représenterait la vieille génération, celle qui a choisi de faire la guerre, ce que fait également le personnage contre ces fourmis, dans un premier temps en explosant leurs constructions puis en tentant de les éliminer par le biais de produits chimiques, sans jamais réfléchir à la réelle nécessité du geste. Dans cette continuité, son collègue James serait la génération suivante qui en subit les conséquences, la tête pensante mais un espoir peut-être perdu. Le lieu principal de l’action -une zone desertique en Arizona – est également représentatif de cette idée de monde détruit où tout reste à reconstruire. James et Kendra, une jeune adolescente orpheline des alentours, sont les seuls survivants: lui est l’intelligence, elle est la virginité, ces deux entités combinées pourraient créer l’être parfait. Phase IV se termine sur une fin ouverte et donc ne donne pas de réponse formelle, à ceux qui regardent de décider d’un meilleur futur, ou non.

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