[CRITIQUE] « Orgie Sanglante », réalisé par Herschell Gordon Lewis

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Quand madame Fremont engage le fanatique égyptien Fuad Ramses comme traiteur pour le mariage de sa fille Suzette, elle commet l’erreur culinaire du siècle. Fuad prépare un festin sanglant fait de membres humains de jeunes femmes qu’il prend comme victimes et qu’il découpe à la machette, perpétuant un ancien rite égyptien, afin d’honorer une Déesse. Prenant la jambe d’une femme qui prend un bain, le cerveau d’une autre sur la plage et la langue d’une blonde sexy, Fuad planifie d’ajouter Suzette au menu.

Il y a un an, Herschell Gordon Lewis quittait ce monde, emportant avec lui ses œuvres plus glauques les unes que les autres. Il héritait déjà autrefois de titre honorifique de la paternité du gore au cinéma. Historiquement l’un des tous premiers cinéastes à mettre en scène des histoires sordides et horribles il y a une cinquantaine d’années. Nous sommes en 1963, c’est une époque où la ségrégation raciale, le Code Hays et les mœurs puritaines plantaient le décor d’une société américaine qui allait changer. Un certain cinéaste modeste redonnait un nouveau souffle au cinéma de genre, préférant opter pour  la coulée de sang, la sauvagerie meurtrière en réalisant l’un des tous premiers films « gore » du cinéma, intitulé Orgie sanglante (Blood Feast)

Blood Feast est une œuvre à part entière dans le cinéma de débauche, délaissée dans les annales des films de série B étranges et bizarroïdes, le film a semble-t-il ouvert une brèche dans l’histoire de l’horreur cinématographique américain, Lewis filme le sang à travers la pellicule en couleur et même si cela s’apparente à de la gouache ou à de la sauce tomate, Lewis tente vainement de choquer son spectateur. Crâne scalpé, langue arrachée, jambe amputée, tous les détails sont bons afin d’intensifier l’horreur et le malsain. Ce sera donc l’un des films les plus glauques de l’époque, une bande-son tout aussi terrifiante et un thème inexploré depuis : le cannibalisme à travers rites et croyances occultes.  En effet, le film suit la longue épopée sanglante d’un mystérieux personnage traiteur oriental, adepte des rites de l’Égypte Ancienne, désireux de vouloir ressusciter une ancienne déesse égyptienne nommée « Ishtar » Ce n’est que quelques années plus tard qu’un certain jeune cinéaste du nom de George Romero, enfant rebelle du cinéma et contestataire à un plus haut point, utilisera à nouveau le thème du cannibalisme pour sa Nuit des Morts Vivants, là encore ou la chair humaine est le symbole d’une autodestruction progressive

Inspiré des représentations sanguinolentes du Théâtre du Grand-Guignol à Paris, Blood Feast n’a pas la prétention d’être un film culte et travaillé, les acteurs ne sont pas non plus dans leur plus grande forme, loin d’être un film amateur, ce film est bricolé, loin de l’esthétique des années 1960, le metteur en scène préfère s’atteler vers le personnage Fuad Ramses et ses névroses meurtrières mystiques plutôt qu’à l’héroïne pin up Suzette, interprétée par l’actrice en vogue Connie Mason

Pierre angulaire dans la carrière de Herschel Gordon Lewis et œuvre emblématique émergeant du cinéma de genre, le réalisateur persiste et signe dans la suite de sa carrière en 1964 avec 2000 Maniacs, où cette fois-ci, le cinéaste caricature les mœurs étranges des populations du sud des États-Unis, Color me Blood Red (1965) et The Wizare of Gore (1970). La carrière du metteur en scène se verra par la suite submerger par la nouvelle concurrence de jeunes cinéastes quelques années plus tard.

Beaucoup trop lointain et vieilli, Orgie Sanglante est historiquement parlant, l’un des plus généreux cette époque en matière d’hémoglobine et de suspense, un spectacle étrange qui aura le mérite d’inspirer bien d’autres dans l’histoire du cinéma de genre, Herschel Gordon Lewis reste l’un des cinéastes les plus audacieux et novateurs de ce dernier siècle, Blood Feast est une marque de l’histoire, un musée des horreurs à découvrir pour n’importe quel curieux ou passionné de cinéma.

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