[CRITIQUE] « Nuits de cauchemar », réalisé par Kevin Connor

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Vincent et Ida Smith sont les fiers tenanciers d’un motel promettant aux voyageurs égarés ou épuisés de jouir d’un agréable repos. Vincent Smith a néanmoins plus d’une corde à son arc puisque outre ses activités de gérant, il propose à la vente rien de moins que la meilleure viande fumée de la région, préparée par ses soins avec l’aide sa sœur. Cette recette possède pourtant une origine surprenante. 

Nos recensions de la première salve de la collection Les trésors du fantastique récemment parue chez d’éditeur ESC Distribution se poursuivent et ne se ressemblent pas. Après la critique par notre chère et talentueuse Laura Lesouef de La nuit des vers géants de Jeff Lieberman (1976), voici venu le tour d’un titre bien connue des amateurs d’humour macabre au pays du sang et de la sueur : Motel Hell (le spectateur ignorera aisément un titre français, comme souvent, grotesque : Nuits de cauchemars) réalisé en 1980 par Kevin Connor. Extrêmement prolifique, doté d’une importante filmographie, le réalisateur, producteur et scénariste britannique ne semblait pourtant pas avoir trouvé dans le genre horrifique son domaine de prédilection. Débutant sa carrière de  metteur en scène en 1973 avec l’excellent Frissons d’outre-tombe, une série de sketchs d’épouvante avec notamment Peter Cushing et Donald Pleasance dans la plus grande tradition anglaise (voir le classique Au cœur de la nuit réalisé en 1945 par Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer), Kevin Connor affirma pourtant rapidement son intention de délaisser l’horreur pour se tourner vers l’aventure durant tout le reste des années 1970, comme en atteste des films tels que Le sixième continent (1975), Les Sept Cités d’Atlantis (1978) ou encore Le trésor de la montagne sacrée (1979).

Motel Hell, en plus de coïncider avec l’immense succès du genre horrifique au sein du marché de la VHS, marque son retour à l’horreur. Tout un pan du cinéma qui a vu passé entre temps quelques cataclysmes sur pellicule, qu’il s’agisse des films de zombies de George Romero et de Lucio Fulci (La nuit des morts vivants en 1968 pour le premier, L’enfer des zombies en 1979 pour le second), du premier giallo de Dario Argento (L’oiseau au plumage de cristal en 1970) ou encore de Black Christmas de Bob Clark en 1974, à la quasi-origine (le giallo était déjà passé par là) d’un genre voué à un succès conséquent. Néanmoins, un film en particulier reste, plus que tous les autres dans les esprits des spectateurs et critiques de l’époque par une approche réaliste, viscérale et poisseuse encore inédite : Massacre à la tronçonneuse réalisé en 1974 par Tobe Hooper (ce dernier avait par ailleurs été pressentie pour réaliser Motel Hell). Dans son sillage allaient prospérer une descendance entière de métrages dédiés à la rencontre explosive, entre deux Amériques : l’une citadine et l’autre rurale, marquée par le refoulement des instincts les plus primitifs et barbares. Ce courant du cinéma d’exploitation américain, tantôt nommé redneck movies ou encore hicksploitation (le terme hick signifiant péquenaud) se trouvait déjà en germe dans le 2000 maniacs du pionnier du gore (au cinéma) Herschell Gordon Lewis (1964) ou encore le fameux Délivrance de John Boorman (1972).

Avec Motel Hell, Kevin Connor entend donc s’attaquer au versant horrifique de ce sous-genre alors en pleine essor que l’on pense à un autre film de Tobe Hooper (Le crocodile de la mort en 1977) ou encore à des longs-métrage comme Mother’s Day de Charles Kaufman (1980). Néanmoins, le scénario, écrit à six mains – et expurgé de certains éléments particulièrement dérangeants prévus en amont comme des scènes zoophiles impliquant la sœur de Vincent Smith notamment – contant les sinistres faits d’armes d’Ida et Vincent Smith, va rapidement s’orienter dans une voie humoristique – très noire – et satirique à l’encontre des références sus-citées. Si une large partie du film est consacrée à la traque par nos rednecks allumés des pauvres bougres fouinant un peu trop près de leur réserve de viande séchée, le scénario n’hésite pas un seul instant à effectuer des sorties de pistes, prétextes à une succession de sketches surréalistes comme ce passage avec un couple échangiste se rendant malheureusement compte trop tard des véritables intentions du couple.

L’humour a ainsi tendance à prendre l’ascendant sur la terreur pure, si bien que se trouve opéré un renversement des codes du redneck movie. Contrairement aux exemples de films relevant de cette mouvance cités ci-dessus qui opposent des citadins civilisés d’une condition sociale généralement confortable et des habitants du Sud reculé des Etats-Unis ostensiblement montré comme déviants et pathologiquement atteints, Kevin Connor ne se montre pas forcément poli avec les victimes de Vincent et Ida Smith, en témoigne la galerie de personnages exposée dans Motel Hell, entre le shérif pervers, le couple échangiste neuneu, le prêtre lubrique ou encore des musiciens à l’intelligence d’huître avariée. A l’inverse, le « couple » psychopathe semble bien posséder un certain nombre de problèmes psychologique, mais n’en reste pas moins profondément humain avant tout, en témoigne l’arc narratif développé autour de la passion naissante de Vincent Smith pour une jeune fille que lui et sa sœur recueillent suite à un accident. Cette dimension confère une indéniable et troublante sympathie pour ces personnages, malgré leurs horribles agissements, renforcée par des acteurs particulièrement impliqués qu’il s’agisse de Rory Calhoun (Vincent Smith), figure des films de westerns américains, ou encore Nancy Parsons (Ida Smith).

Par conséquent, les spectateurs s’attendant à un film dans une veine « proto-Rob Zombie » (hormis peut être que le regard tendre posé sur les Smith peut être rapproché de son The Devil’s Rejects réalisé en 2005, le musicien-réalisateur n’ayant jamais caché son amour des redneck movies à travers sa filmographie) en terme de débordements graphiques ne pourront qu’être déçu car hormis les séquences nocturnes révélant le fonds de commerce des Smith (leurs victimes sont plantées en terre, tués puis transformées en chair à saucisse),dotées d’une magnifique photographie  par ailleurs, tirant le film vers une atmosphère inconfortablement cotonneuse on ne peut vraiment dire que le sang coule à flot et ce n’est pas le combat final assez pantouflard, citant ouvertement Massacre à la tronçonneuse qui dissipera ce sentiment, malgré le port par le tueur d’un attribut aussi terrifiant que grotesque que nous laissons au spectateur le soin de découvrir.

Cette absence de dosage ne dessert pas Motel Hell de façon positive, si bien que le film ne surprend finalement que peu, enchaînant les séquences se voulant inquiétantes mais enlisées dans une certaine lenteur si bien que le film se retrouve rapidement confronté à un problème de rythme. Les séquences horrifiques sont elles fréquemment désamorcées par le fait qu’elles ne sont filmées que d’un seul point de vue (celui de Vincent Smith et de temps à autre d’Ida) à l’exception il est vrai d’une seule, excellemment gérée en terme de travellings et de lumière,  mettant en scène deux très jeunes filles de famille aisée (tout du moins peut-on le supposer) dont la curiosité les poussent à franchir la porte de leur fumoir…

Pour la ressortie de ce classique – bien qu’inégal –  de la hicksploitation, ESC distribution nous permets de revoir le film dans un nouveau master restauré de qualité HD. L’édition se révèle néanmoins particulièrement avare en bonus, quand bien même l’entretien avec Marc Toullec, ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies, se révèle fort instructif en termes de présentation et d’analyse de ce film fort atypique.

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