[CRITIQUE] « No Dormiras », réalisé par Gustavo Hernández

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Dans l’Uruguay des années 1980, Bianca, une jeune adolescente souhaite devenir une grande actrice de théâtre. Elle est repérée par Alma, une metteuse en scène charismatique ayant fondé sa renommée sur une vision particulière de l’art théâtral, impliquant pour les actrices et acteurs qu’elle dirige, d’expérimenter des états physiques et psychologiques extrêmes tels que l’insomnie, afin de délivrer des performances uniques. Elle convainc la jeune fille de participer au sein d’un hôpital psychiatrique désaffecté entouré de sombres secrets de participer aux répétitions de l’une de ses pièces, restée inachevée. Cependant, d’étranges phénomènes ne tardent pas à se produire, plongeant Bianca dans la terreur et la torpeur.

Contrairement à ses voisins hispaniques tels que le Mexique ou le Brésil, l’Uruguay n’est pas précisément le premier pays venant à l’esprit lorsque l’on évoque le cinéma de genre, et plus encore d’horreur, d’Amérique du Sud. Pourtant, il s’agit belle et bien de la provenance de No Dormiras, second long-métrage du réalisateur Gustavo Hernández.

Ce dernier avait auparavant suscité un certain intérêt par l’intermédiaire de sa première réalisation, La Casa muda (2010) dans laquelle une jeune fille tente de s’échapper d’une maison détenant de sombres secrets. Le coup d’éclat du film reposait notamment sur sa structure, à travers un tour de force technique : soixante dix-huit minutes filmées en une seule prise, sans coupure. Ce goût pour les décors impressionnants se réaffirme dans No Dormiras, puisque l’intrigue du film se déroule dans sa quasi-entièreté au sein d’un ancien hôpital psychiatrique dans lequel Bianca (interprétée de manière très juste par Eva de Dominici) , une jeune fille aspirant à devenir une grande actrice de théâtre, se laisse entrainer afin de participer volontairement aux répétitions d’une pièce d’Alma (personnage auquel Belén Rueda apporte un charisme certain), metteuse en scène excentrique, expérimentant sur ses acteurs des techniques extrêmes, dont la privation de sommeil afin d’obtenir d’eux des performances uniques.

Cette thématique de l’exploration des limites physiques et mentales dans l’art et de la recherche du sacrifice de soi au profit de la perfection artistique était déjà au cœur du récent Masks (2012) d’Andreas Marcshall, lequel présentait également, sous la forme d’un hommage au Suspiria (1977) de Dario Argento (et plus généralement au giallo) une jeune fille, Stella, intégrant au sein d’une ancienne école de théâtre, une troupe adepte de méthodes éprouvantes afin de parfaire le jeu. No Dormiras partage par ailleurs avec Masks ce goût de la référence giallesque par le biais de certains dispositifs esthétiques tels que des jeux de lumières chromatiques au cours de séquences cauchemardesques, laissant songer à du Mario Bava.

Le choix de développer une réflexion sur la mise en jeu par l’artiste de sa propre existence afin de privilégier le geste artistique et créatif est vraisemblablement l’élément original de No Dormiras, là où d’autres longs-métrages auraient prit le parti de filer la métaphore politique (le film se déroule dans l’Uruguay des années 1980, soit précisément au moment où le pays connaît une période de dictature militaire), d’autant plus au sein du cinéma du cinéma de genre hispanique, notamment en Espagne, où ce procédé a toujours trouvé un terrain d’élection, de l’Esprit de la ruche de Victor Erice (1973) à L’Echine du diable de Guillermo del Torro (2001). Jusqu’où est t-on prêt à se mettre en danger pour créer ? Cette création doit t-elle nécessairement passer par la souffrance ? Gustavo Hernández entend traiter ces questions au sein d’un canevas (le huit-clos) quelque peu classique mais relativement efficace d’autant qu’il sait à la perfection tirer parti des décors exceptionnels dont il dispose, notamment l’hôpital psychiatrique, sur lequel est effectué un réel travail de mise en valeur par la mise en scène et la photographie.

Si l’argument de l’insomnie comme facteur de l’apparition de visions cauchemardesque chez Bianca, propice à l’introduction d’éléments horrifiques demeure habile, il est néanmoins regrettable que le réalisateur ne fasse appel qu’à des tics habituels et usés tels que des jump-scares relativement convenus et sans grande inventivité, malgré certains moments de tension réussis. De plus, Gustavo Hernández se perd quelque peu dans la zone de floue qui entoure l’explication de ces visions et autres phénomènes anormaux en multipliant les angles et pistes de réflexion mais en prenant pas la peine d’en creuser quelques-unes (notamment la suggestion de l’hérédité familiale, suggéré par le père de Bianca, doté de problèmes psychologiques et qui offre au film ses scènes d’intimité et de tendresse familial). Cette carence principale affaiblit malheureusement No Dormiras à mi-parcours. Cependant, son dernier acte, particulièrement ambigu, conclut de belle manière cette seconde réalisation tout de même convenu dans son registre.

No Dormiras
2.5

Résumé

Si il ne révolutionne en rien un cinéma horrifique hispanique quelque peu en berne ces dernières années, No Dormiras constitue toutefois un long-métrage efficace, pourvu d’une thématique passionnante mais exploitée de manière trop éparse pour emporter totalement l’adhésion.

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