[CRITIQUE] « My Friend Dahmer », réalisé par Marc Meyers

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Jeffrey Dahmer est un jeune homme issu d’un foyer familial dysfonctionnel, méprisé par ses camarades. Aux prises avec des pulsions meurtrières qu’il concrétise sur des animaux, il  attire l’attention d’un groupe de lycéens décidés à faire de lui leur mascotte à ses dépens.

Des écrits underground de Poppy Z. Brite (Le corps exquis, 1996), au cinéma grand public (Le silence des agneaux de Jonathan Demme, 1991), indépendant (Henry, portrait d’un serial killer de John McNaughton, 1986), voir confidentiel en passant par le domaine des séries (Dexter et Minhunter pour ne citer qu’eux), la bande dessinée (From Hell d’Alan Moore et Eddie Campbell, 1991-1996) et les courants musicaux les plus déviants (Peter Sotos, ex-membre du projet power-electronics Whitehouse et son fanzine Pure), la fascination exercée par les tueurs en série célèbres n’a cessé et ne cesse de trouver une résonance au sein de la culture.

My Friend Dahmer, film indépendant réalisé par Marc Meyers s’intéressant à l’un des plus fameux tueurs en série américain, Jeffrey Dahmer, condamné pour l’assassinat de dix-sept jeunes hommes entre 1978 et 1991, tend à confirmer cet état de fait. A ceci près que, nonobstant le fait qu’il s’agisse d’un exercice relativement nouveau pour le réalisateur américain (ce dernier s’était jusqu’à présent davantage investit dans la romance avec How he fell in love en 2015 et du drame avec Harvest en 2010), le dernier film de Mars Meyers possède une origine singulière, laquelle lui confère une part importante de son intérêt.

My Friend Dahmer est en effet l’adaptation du roman graphique du même nom, conçu par le dessinateur Derf Backderf. Ce récit, aux graphismes « crumbiens » en diable, se focalise sur la jeunesse de celui que l’on surnommera le cannibale de Milwaukee, plus particulièrement sur ses années au lycée de Richfield, petite ville de l’Ohio. Au cours de cette période, Jeffrey Dahmer devient la « mascotte » d’un groupe de camarades de classe, amusé par sa simulation de comportements autistiques au sein des couloirs de son établissement et de lieux publics et développe également, à l’ombre des regards, ses pulsions morbides, par l’intermédiaire de pratiques déviantes sur des cadavres d’animaux. L’œuvre graphique – et par corolaire son adaptation sur pellicule – tire sa richesse du fait que Derf Backderf ait réellement fait la connaissance du tueur en série en devenir, lors de son arrivée, dés 1972, au lycée de Richfield.

Néanmoins, et de manière quelque peu paradoxale, ce focus singulier, différent d’autres films abordant la thématique des tueurs en série (en les montrant principalement dans leur vie d’adulte, orientation propice à la monstration des meurtres) désert l’impact du long-métrage, lequel aurait pu constituer une intéressante des causes psychologiques de sa folie. Le parti pris d’évoquer Jeffrey Dahmer principalement par le prisme d’un groupe de camarades provoque en effet un décentrage vis-à-vis d’un axe narratif qu’il eut été intéressant de développer : l’exploration approfondie des traumas psychologiques de Jeffrey Dahmer comme facteurs explicatifs de sa folie meurtrière, alors en gestation. Ce point est par ailleurs accentué par le fait que, si le jeune homme nous est montré comme étant en proie avec un environnement hostile (notamment symbolisé par une famille hautement dysfonctionnelle et une grande solitude en environnement scolaire), celui-ci semble lui procurer un sentiment de relative indifférence, tant il est présenté dés la séquence inaugurale du film comme une personne instable.

Si différentes explications qui parsèment My Friend Dahmer constituent autant de voies passionnantes, notamment son alcoolisme précoce et son homosexualité refoulée, elles demeurent malheureusement très largement survolées, à l’exception d’un passage onirico-morbide mettant en scène un personnage réceptacle des fantasmes du tueur, particulièrement beau par ailleurs. L’exploitation approfondie de ses différentes thématiques aurait probablement conférées davantage de liant au scénario de récit filmique confectionné par Marc Meyers.

My Friend Dahmer se démarque en revanche de manière indéniable sur le plan de sa mise en scène et de sa photographie. La réalisation, particulièrement contemplative est admirablement mise au service de ce récit très centré sur les scènes intimistes. La grande qualité du travail de reconstitution de l’Amérique des années 1970 est également notable, facilitant de fait l’immersion dans le métrage. Impossible enfin, de ne pas rendre justice à la performance impressionnante de Ross Lynch. Ce dernier fait littéralement corps avec le personnage qu’il incarne, à travers une interprétation constamment sur le fil du rasoir. Si il ne constitue pas le nouvel horizon indépassable du film de tueur en série ou de psycho-killer (mais là ne réside pas son ambition), My Friend Dahmer n’en constitue pas moins un métrage intéressant et de qualité à bien des égards.

My Friend Dahmer
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Conclusion

Malgré un manque de développement de pistes narratives à même de faire plonger le spectateur plus avant dans les rouages psychologique de Jeffrey Dahmer, My Friend Dahmer se démarque par une approche contemplative du thème du tueur en série.

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