[CRITIQUE] « Mandy », réalisé par Panos Cosmatos

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1983, une région déserte et sauvage. Red Miller est tombé profondément amoureux de l’attrayante Mandy Bloom. La vie qu’il s’est construite s’écroule soudainement lorsqu’une bande de créatures surnaturelles abjectes et dévastatrices fait irruption avec furie dans son paradis idyllique. Brisé, Red ne vit plus que pour une seule chose : les traquer et se venger.

Quand on observe la carrière cinématographique de l’inénarrable Nicolas Cage, on remarque vite que son dernier rôle véritablement marquant au cinéma remonte tout de même à 2010 avec Kick-Ass. Depuis, le bougre enchaîne plutôt les Direct-To-DVD fauchés que les projets prometteurs et ce, malgré sa réputation certaine. Mais 2018 pourrait marquer son retour sur le devant de la scène avec un curieux film projeté à la Quinzaine des Réalisateurs : Mandy de Panos Cosmatos.

Grandement remarqué au festival de Sundance en début d’année, Mandy est décrit par son réalisateur comme « un mélange entre Donjons & Dragons et Metallica ». Une alliance qui semble couler de source et qui correspond à merveille à l’univers de la star principale du casting. Néanmoins, plutôt que de foncer tête baissée dans la brèche du film bourrin et référentiel comme tant d’autres avant lui, Mandy est avant-tout un film sensoriel, qui n’hésite pas à multiplier les passages contemplatifs et atmosphériques, pour mieux faire exploser sa violence une fois le moment venu.

Le film nous plonge donc en 1983, dans une forêt américaine perdue entre rêve et réalité, où vivent sereinement Red, interprété par Nicolas Cage donc, et sa petite amie Mandy, incarnée par l’hypnotisante Andrea Riseborough. Mais leur cocon de solitude est perturbé alors qu’une secte rôde dans les parages et décide de s’en prendre à Mandy, sous les yeux horrifiés de Red. Après avoir été capturé et laissé pour mort, ce dernier décide de prendre les armes afin d’accomplir sa vengeance. Il est vrai qu’à première vue, on se demande bien ce qui détache Mandy des autres productions Z auquel le Nicolas nous a habitué depuis déjà quelques années mais tout son intérêt réside en réalité dans sa mise en scène et ses expérimentations visuelles, engloutissant le récit et ses enjeux dans la foulée.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Mandy est un film qui, par son parti-pris osé, risque d’en laisser plus d’un sur le carreau. Toute la première moitié de l’œuvre se résume effectivement à une accumulation de délires visuels jouant tour à tour avec la texture de l’image et des lumières excessives, le tout sur un rythme qui prend définitivement son temps. Inutile de dire que si cherchiez un « bête » actionner-fantastique, passez votre chemin immédiatement car il n’est même pas certain que la seconde moitié vous convienne davantage. L’action intervient enfin et se fait nettement plus gore, certes, mais toujours en accordant une place primordiale à l’esthétique et à l’ambiance avant-tout, créant un récit fantasmagorique assez inattendu.

Néanmoins, n’allez pas croire que Panos Cosmatos (également coscénariste du film) s’est contenté de proposer un objet contemplatif finalement très éloigné du fantastique, bien au contraire. Tout le long-métrage fourmille d’hommages à la culture de son enfance, que cela soit les romans de science-fiction, le heavy-metal ou même un attrait certain pour la série B et le gore, bien que celui-ci soit malheureusement trop souvent hors-champ. Mais à l’inverse de nombreux films empilant cet imaginaire sans exploiter leur impact sur notre pop-culture, le réalisateur de Mandy s’y immerge à 300 % afin de proposer un univers neuf dans la continuité de ses influences de jeunesse, sans toutefois en offrir une copie carbone.

En résulte ainsi un film qui, même s’il est loin d’être irréprochable sur bien des points, a le mérite de surprendre et de donner un vent d’air frais dans une production indépendante souvent parasitée par des références trop envahissantes. Ajoutons à cela un casting extrêmement plaisant à voir (mention spéciale à Richard Brake et à Bill Duke, venu faire coucou le temps d’une scène) ainsi que quelques touches d’humour absurde permettant de rythmer l’action (l’ahurissante scène dans les toilettes vaut à elle seule le visionnage du film) et vous obtenez une curiosité qui risque très fortement de faire fureur dans les prochains festivals dédiés au cinéma de genre, tout particulièrement en séance de minuit. Comme quoi, il ne faut jamais enterrer les stars d’action trop vite, et encore moins Nicolas Cage.

 

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