[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Luz », réalisé par Tilman Singer

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Luz, une jeune conductrice de taxi, rentre dans un commissariat, blessée et désorientée. Au même moment, un psychiatre qui travaille pour la police est accosté dans un bar par Nora, une femme au comportement très trouble. Elle lui parle de Luz, son ancienne camarade de pensionnat, qui aurait des pouvoirs surnaturels. Nora demande au psy d’aider Luz. De retour au commissariat, celui-ci ne semble plus être tout à fait lui-même…

L’un des principaux atouts des festivals de genre comme celui de Strasbourg, c’est bien de pouvoir mettre en valeur de nombreux jeunes cinéastes talentueux, n’ayant très souvent que peu voire même aucun autre moyen de distribution pour leur oeuvre. L’exemple de Luz est tout particulièrement approprié (et surprenant) puisqu’en plus d’être le premier long-métrage du réalisateur allemand Tilman Singer, il s’agit également… de son film de fin d’études. Un nouvel arrivant surprise donc, cueillant bien volontiers notre curiosité dans l’espoir de trouver dans ce petit projet un futur grand potentiel du cinéma fantastique à venir, comme Dark Star avait pu l’être pour John Carpenter en son temps.

Tourné avec un budget de l’ordre des 120 000$ dans un immeuble désaffecté de Cologne, Luz accroche d’emblée notre regard et ce, dès son premier plan, par sa patte visuelle qui dégage une atmosphère d’ores-et-déjà déconcertante. Ayant fait le choix assumé de tourner son film au format pellicule, Tilman Singer entend bien là se rapprocher le plus possible des influences qui se dégagerons de tout son oeuvre. Ainsi, Luz s’inscrit dans une pure continuité du cinéma expérimental des années 70, avec ce grain d’image particulièrement poussé, mais surtout son intrigue alambiquée et bien plus axée sur les ressentis que sur une construction tangible.

Et c’est justement dans ce domaine que le bat blesse. Car on s’aperçoit très vite que derrière cette revendication d’influences, Luz n’a rien d’autre à mettre sous la dent de son spectateur, et ne se contente donc que de se reposer sur une imagerie, certes très stylisée, mais qui n’atteint jamais son potentiel terrifiant. Le comble de l’ironie étant que la faible durée du film (à peine 1h10) n’arrive même pas à tromper notre ennui, et on finit très vite par piquer du nez devant une intrigue confuse (pour ne pas dire incompréhensible), multipliant les strates d’intrigue et se terminant dans un final dont l’on souhaite juste s’échapper, mais pas dans le bon sens du terme.

C’est donc bel et bien un véritable sentiment de frustration que l’on ressent devant Luz. Une frustration de voir une oeuvre qui avait littéralement TOUT pour devenir une perle (une direction artistique très soignée, des moyens réduits utilisés avec intelligence, un éclairage donnant une allure mystique aux décors et une musique hyper efficace) mais qui brûle toutes ses cartouches trop vite, à cause de soucis venant à la source-même de l’oeuvre, à savoir son scénario et sa réalisation. Néanmoins, n’enterrons pas Tilman Singer trop vite. D’une part car le bonhomme est trop jeune pour cela et d’autre part car malgré tout, on perçoit parmi cette déception de vraies idées stylistiques que l’on aimerait bien voir exploitées à meilleur escient lors d’un futur projet plus ambitieux, on l’espère.

Luz
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Conclusion

Alors qu’il avait toutes les cartes en main pour réussir, Luz se perd malheureusement dans un trop-plein d’influences et surtout une histoire se voulant être expérimentale, mais qui nous laisse plutôt sur le carreau et finit par ennuyer. Mais Tilman Singer a du potentiel, c’est indéniable.

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