[CRITIQUE] « L’éventreur de New York », réalisé par Lucio Fulci

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A New York, plusieurs femmes sont assassinées de manière atroce par un tueur en série, connu pour être doté d’une voix de canard. L’inspecteur Williams se charge de l’enquête alors que les meurtres sadiques s’enchaînent…

Considéré comme le dernier giallo de Lucio Fulci, même s’il se rapproche nettement du style slasher classique, L’éventreur de New York est un long métrage très spécial dans sa carrière, particulièrement attaqué par la censure lors de sortie. Il signe là un film nihiliste qui abandonne presque tout lyrisme dans sa mise en scène. Le réalisateur profite d’un scénario typiquement giallesque pour servir une critique acerbe de la société, notamment la société américaine puisque l’intrigue se passe à New York bien que tout est été tourné à Rome. On sent comme un ras-le-bol de Fulci qui se veut moralisateur, jusqu’à se mettre en scène  de manière méta à travers un personnage marginal accusé à tord des horreurs sans nom qui se perpétuent dans la Grosse Pomme. C’est comme s’il se vengeait des critiques faites aux réalisateurs de films de genre quant à l’horreur et la violence de ce cinéma qui n’est pourtant qu’un reflet fictionnel de la réalité.

Malheureusement L’éventreur de New York a souffert avec le temps. Les zooms grossiers comme le jeu d’acteur peu convaincant lui rendent pas grâce. Mais si on occulte ses aspects de nanar, on est pris de plein fouet par un film très violent et provocateur dans son propos et sa mise en scène. Beaucoup de sexe et de gore viennent enrober une intrigue certes déjà vue mais qui plonge au sein des bas-fonds de la société, qu’elle soit  bourgeoise ou interlope, pervertie par le sexe et l’argent. Parmi les victimes se trouve Jane, une femme bourgeoise qui se laisse aller à des plaisirs sexuels malsains voire masochistes, et qui lors d’une scène marquante de L’éventreur de New York, a une expérience dont on ne sait reconnaître s’il s’agit d’ viol ou d’un acte volontaire. Si on peut reprocher à cette séquence d’être de trop et vulgaire, elle est pourtant représentative de ce que veut dénoncer Fulci. Ce que veut dénoncer ce dernier, c’est effectivement la perversion de l’homme moderne qui va jusqu’à abandonner toute morale et dignité. Même ses personnages principaux ne sont pas des exemples : l’inspecteur voit une prostituée (c’est d’ailleurs pourquoi le tueur s’amuse avec lui) il représente la justice mais se laisse entraver par ses passions. Il est aussi surpassé par cette enquête en décidant de faire appel à un psychologue qui ne vaut pas mieux lorsqu’il demande à être payé avant d’aider à attraper le tueur en série, mais ose pourtant jouer les philosophes sans réel effet sur l’issue finale.

Tout le monde en prend pour son grade et les femmes sont les premières à prendre cher. Dans la continuité de sa diatribe, ce choix semble logique puisqu’elles sont les objectifiées, hyper sexualisées dans cette société, en gros considérées comme étant le sexe faible, statut qui ne diffère pas d’un slasher ni d’un giallo ordinaire. Toujours dans ce sous genre, la violence vient compléter le trio gagnant des bassesses humaines que veut critiquer Lucio Fulci. L’érotisme et la mort se répondent à travers la réalisation, en effet on retrouve une symétrie entre les scènes par des gros plans sur les lèvres de Jane et ceux sur les coups mortels à l’arme phallique du meurtrier. Celui ci est aussi victime, moindre car il cède aussi à la violence, mais qui s’est perdu au point d’en devenir inhumain, d’où sa voix de canard et sa perversité sadique. C’est un homme comme tant d’autres, devenu fou pour un mobile tout à fait exagéré (sa fille amputée et abandonnée par une mère qui est partie au Brésil plutôt que de s’en occuper), mais qui enfonce encore plus loin le couteau dans la plaie

Ce tueur qui peut être aussi iconique qu’un Bill dans Black Christmas, est en symbiose avec les images à l’horreur graphique que le spectateur voit en vue subjective, encore et toujours pour dénoncer. L’ambiance va de paire avec l’étrangeté de cet antagoniste. L’usage du cinémascope, les plans rapprochés et ces crimes perpétués dans l’obscurité contribuent à ce paysage glauque et oppressant contre une population dégénérée.

4

Conclusion

Une des œuvres la plus provocatrice et morbide du réalisateur italien.

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