[CRITIQUE] « La Tour Sombre », réalisé par Nikolaj Arcel

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Le dernier Pistolero, Roland Deschain, est condamné à livrer une éternelle bataille contre Walter O’Dim, alias l’Homme en noir, qu’il doit à tout prix empêcher de détruire la Tour sombre, clé de voûte de la cohésion de l’univers. Le destin de tous les mondes est en jeu, le bien et le mal vont s’affronter dans l’ultime combat, car Roland est le seul à pouvoir défendre la Tour contre l’Homme en noir…

Oeuvre monumentale signée de Stephen King, La Tour Sombre est la saga phare de l’auteur américain. Clé de voûte de sa bibliographie, elle est la jonction entre Shining, Misery, Ça ou encore Carrie. L’une des plus grandes fresques de la littérature qui met en avant de la SF, de l’horreur, de la philosophie ou encore de la physique, qui tient autant des chevauchées arthuriennes que du survival pur et dur. Son adaptation fut un development hell long de plusieurs années et trouve désormais le chemin des salles obscures. Nouvelle franchise ou plantage en règle ?

Si de grands noms comme Ron Howard se sont cassées les dents sur cette adaptation, c’est le danois Nikolaj Arcel (Royal Affair) qui hérite du bébé ou plutôt du monstre. Accompagné de trois compères, il entreprend de sauver les meubles de ce qui ressemble à rien. Adapter 5000 pages n’est pas chose aisée, peu de sagas peuvent compter sur une adaptation de chaque tome. Qu’il y ait des coupes, on s’en doutait. Qu’elles soient faites arbitrairement pour satisfaire au mieux le récit, on y était préparé. Que la narration soit ruinée, moins. L’un des premiers problèmes du film vient du changement de héros. Si Roland a.k.a. Le Pistolero est présent, il n’est qu’un second rôle, le leader étant Jake, le gamin de New-York. Passée la surprise, on suppose que cela va permettre de découvrir le monde et la Tour Sombre. Sauf que Jake ne sait rien et que le Pistolero distille ses interventions au compte-goutte, le spectateur reste donc sur sa faim. Les fans aussi car rien n’est fait pour les connecter hormis une voix-off qui énoncera les célèbres premiers mots du premier opus. Le reste n’est que prétexte à faire un film hollywoodien classique avec ses éternelles étapes : la rencontre des héros, le méchant, la séparation, le combat final. The End. L’avantage du film est que les scénaristes ont compris une chose : la saga est le centre névralgique du travail de Stephen King, on peut donc jouer à chercher les easter eggs d’autres films ou livres.

Si la narration est faiblarde – on reste poli -, le montage est une pure abomination. On devrait retirer aux monteurs le permis de monter après ce film. Les scènes s’enchaînent sans connexion ni grande logique. On coupe abruptement des dialogues, on clôt des scènes. La BO de Tom Holkenborg (Mad Max Fury Road) est reléguée à meubler puisque le seul morceau qui se remarque est le générique de fin. On assiste à une galerie de seconds rôles vides et absents au possible et à une narration hasardeuse. Cela se retrouve renforcé par un élément assez handicapant – ATTENTION SPOILERS – le film manque cruellement d’action. On compte les séquences sur peu de doigts et une seule scène rappelle la folie et le souffle épique des romans. FIN DES SPOILERS

Nikolaj Arcel est un réalisateur fantôme, sans empreinte ni style qui livre un film quelconque au possible. S’il a fait preuve de fulgurances et d’innovations cinématographiques, ce n’est pas dans ce film-là. Il peut remercier Idris Elbaparfait dans son rôle de Pistolero – et Tom Taylor qui incarne un Jake Chambers des plus sympas. Matthew McConaughey se retrouve dans la chemise col en V plongeant noire de l’Homme en Noir et continue ce qu’il sait faire de mieux : cabotiner. Le chèque devait être alléchant tant il semble au bord de la fuite dans ce film. Nikolaj Arcel ne remerciera pas aux Oscars son équipe en charge des FX tant ils sont douteux, faibles et peu engageants quant au vieillissement du film. On observe une grosse repompée des looks du Seigneur des Anneaux et une bataille finale qui manque sacrement de peps. Il remerciera quiconque a eu la merveilleuse idée de finir le film comme appelant une suite… ou pas… c’est selon le Shining on suppose.

Si La Tour Sombre est censé lancer une franchise multi-plateformes (on évoque trois films et deux ou trois séries TV de transition), il faut espérer que Sony comprenne qu’on ne peut se moquer de la Tour Sombre, après tout, elle protège le monde des démons.

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