[CRITIQUE] « La Secte des Cannibales », réalisé par Umberto Lenzi

No Comment

New York, 1980. La ville est frappée par une série de meurtres au moyen de flèches trempées dans du venin de cobra.  La jeune américaine Sheila Morris part pour la Nouvelle-Guinée, accompagnée dans son voyage par un explorateur. L’objectif du voyage est la recherche de Diana la sœur de Sheila, disparue après avoir abandonné New York pour suivre Jonas Melvyn, leader d’une fantomatique « Secte de la Purification ». Les deux aventuriers devront faire face aux mille dangers de la jungle, au fanatisme du culte païen mais surtout à une féroce tribu de cannibales.

L’anthropophagie provenant du grec anthrôpos, « être humain », et  phagía qui se rapporte à l’action de « consommer »

Nous sommes à la fin des années 1970, le cinéma d’exploitation ou plus communément appelé « Cinéma Bis » envahit les salles obscures américaines et européennes. Tous les genres y sont représentés : Horreur, Giallo, Polar, Western ou encore Science-fiction, une certaine époque où le Bis est à son apogée. À chaque époque leurs références, les cinéastes italiens de renom comme Mario Bava ou Dario Argento préfèrent adapter les célèbres romans policiers qui déferlent dans l’Italie des années 30-40, connus pour leurs célèbres couvertures jaunes, qu’on appellera Giallo, mélange subtil de thriller hitchockien et d’ultra violence ou un célèbre tueur aux mains gantées n’est pas toujours celui qu’on croit. Certains cinéastes comme Sergio Leone, Sergio Corbucci ou encore Giulio Questi réalisent de nombreux westerns violents, cassant le mythe du héros américain et dépeignant une Amérique de l’ouest anarcho meurtrière. En 1972, l’un des plus emblématiques cinéastes du bis italien Umberto Lenzi présente à son tour un coup de force dans le cinéma d’exploitation en y réalisant Au Pays de l’exorcisme, premier film de genre à mettre en scène des cannibales dans des contrées lointaines d’Asie ou l’individu civilisé occidental s’y frotte, à mi-chemin entre le genre aventure et horrifique, le film est un succès et ce n’est que quelques années plus tard que d’autres cinéastes vont se ruer dans le genre en défrayant la chronique de ces dernières années : le cannibalisme au cinéma ou comment réaliser l’insoutenable, face à la censure, la justice, l’interdiction, la violence des critiques, les réalisateurs ne reculent devant rien.

Nous sommes en 1980, Dario Argento est à son apogée avec ses thrillers sanglants et ses films d’horreur comme Suspiria ou Inferno, Lucio Fulci vient de réaliser l’an dernier l’un de ses plus emblématiques films de zombies avec L’enfer des Zombies, sorte de préquelle du film américain Zombie de  George A.Romero. Ruggero Deodato a qui l’ont doit le très controversé Cannibal Holocaust, réalisé la même année s’est fait un nom dans le genre cannibal movie en réalisant en 1978 Le dernier monde Cannibale et sans oublier Sergio Martino à qui l’ont doit La montagne du dieu cannibale réalisé en 1978, autre célèbre film controversé. Umberto Lenzi, le fondateur du cannibal movie récidive en réalisant La Secte des Cannibales, sorte de série B ultra violente portant sur le thème du sectarisme et du cannibalisme des contrées lointaines exotiques en y ajoutant une petite touche d’érotisme. La Secte des cannibales inflige la nausée tant pour son côté macabre et violent que son réalisme qui en choquait plus d’un à l’époque.

La Secte des cannibales se différencie peu des autres films de cannibales réalisés à la même époque par ses autres comparses, l’histoire débute dans une des grandes villes du monde, New York en l’occurrence, le train de vie des new-yorkais est interrompu par une série de meurtres où des individus sont tués à coups de fléchettes empoisonnées. Après la mort du suspect, la police new-yorkaise enquête et contacte une jeune femme Sheila Morris qui tente désespérément de retrouver sa sœur ayant disparu depuis quelque temps. Cette dernière s’envole pour la Nouvelle-Guinée, une province de Papouasie administré par l’Indonésie situé en Océanie. Accompagnée d’un ancien déserteur de la guerre du Viêt Nam, tous deux finissent par retrouver la sœur de Sheila, devenue membre d’une secte étrange dirigé par un Melvyn Jonas, interprété par Ivan Rassimov, célèbre acteur italo-serbe et figure du cinéma bis. Se détachant progressivement de cette secte, le scénario est digne d’Apocalypse Now, nos protagonistes s’évadent et se perdent en pleine jungle, ils feront la rencontre infernale avec des tribus cannibales environnantes qui ne manqueront pas de les déguster à leur prochain festin.

Umberto Lenzi peine à gagner en crédibilité et en originalité, pour son film, il va tout bonnement avoir recours aux stock-shots, au mépris des droits d’auteur, il insérera tout au long du film, certaines séquences empruntées à bon nombre de films comme La Montagne du Dieu Cannibale, Le Denier Monde Cannibale ou encore réutilisant certaines scènes de son précédent film Au pays de l’Exorcisme. Les mises à mort d’animaux sont réelles.  Le réalisateur ne s’en arrête pas là, en 1981, fort du succès de Cannibal Holocaust réalisé par son compère Ruggero Deodato, il réalise Cannibal Ferox ou là encore, il démontre à la pellicule tout ce qu’il y de plus abject dans un film d’horreur.

Certaines scènes de la Secte des cannibales peuvent infliger la nausée, traumatisant au possible, nous y verrons une jeune Mei Mei Lai, jeune actrice anglo Birmane se faire découper et dévorer un sein, une autre actrice se faire amputer plusieurs membres pour les devorer, comme l’affiche du film le présente, le film peut prétendre être machiste, les femmes y sont souvent mal représentées, offrant leur corps aux hommes, elles finissent une fois sur deux dévorées. Au travers d’une secte combinant religion, naturisme et prises de drogues, elle s’inspire d’une célèbre secte ayant réellement existé celui du Temple du Peuple, tristement célèbre pour son suicide collectif survenu en 1978 à Jonestown en Guyana. Tout comme le film, la secte finit par se donner la mort, leurs fidèles se suicident avant l’arrivée des cannibales. La bande originale rétro du film sera d’ailleurs reprise pour Cannibal Ferox l’année suivante.

La Secte des cannibales entreprend la continuité du genre cannibale exploitation que le réalisateur a lui-même lancé, entre meurtres sordides et aventures macabres dans la jungle, Umberto Lenzi persiste et signe l’un de ses films les plus glauques de toute sa carrière.

Balance ton commentaire

Back
SHARE

[CRITIQUE] « La Secte des Cannibales », réalisé par Umberto Lenzi