[CRITIQUE] « La Nonne », réalisé par Corin Hardy

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Quand on apprend le suicide d’une jeune nonne dans une abbaye roumaine, la stupéfaction est totale dans l’Église catholique. Le Vatican missionne aussitôt un prêtre au passé trouble et une novice pour mener l’enquête. Risquant leur vie, les deux ecclésiastiques doivent affronter une force maléfique qui bouscule leur foi et menace de détruire leur âme. Bientôt, l’abbaye est en proie à une lutte sans merci entre les vivants et les damnés…

Annoncé en grande pompe avec la sortie du surprenant Annabelle 2 : La Création du Mal, l’univers partagé Conjuring (triste monde tragique…) nous dévoile un an après son tout nouveau rejeton, La Nonne. Surfant sur l’idée de vouloir proposer un spin-off dédié à chaque esprit croisé dans le diptyque-phare de James Wan afin de creuser leurs origines, c’est désormais à l’antagoniste principale du second volet, plus connue sous le nom de Valak, de se joindre à la fête. Et pour mettre en scène cette nouvelle pierre à l’empire horrifique qu’est devenu Warner/New Line, la tâche fut confiée à Corin Hardy, vaillant réalisateur britannique, à qui l’on doit le fort sympathique Le Sanctuaire (The Hallow), sorti il y a de cela 3 ans.

© Warner Bros. France

Celles et ceux ayant déjà vu son premier essai savent que le bonhomme est bourré de ressources, et nous le prouve ici avec La Nonne. Couplée à la photographie très classieuse de Maxime Alexandre (chef opérateur fidèle de Alexandre Aja) et une direction artistique soignée, sa mise en scène propose de nombreuses idées visuelles agréables, en plus de convoquer de multiples influences assumées par le réalisateur mais jamais omniprésentes. Ainsi, l’esthétique globale se rapproche nettement plus d’une ambiance gothique anglaise digne des productions de la Hammer que de L’Exorciste et c’est très justement ce qui apporte au long-métrage un cachet visuel finalement assez intimiste (quoiqu’un peu trop « numérique ») et plutôt plaisant, tout particulièrement pour une production de cette envergure. Les plus aguerris pourront même trouver ça et là des petits éléments rappelant Evil Dead ou encore les films d’aventure à la Indiana Jones. Néanmoins, il est dommageable de voir Corin Hardy s’engouffrer à ce point dans le piège du « jump-scare à tout prix » en dépit d’une vraie atmosphère de terreur qui aurait parfaitement eu sa place ici, à tel point que l’on a plus peur de savoir quand l’orchestre s’apprête à nous percer les tympans pour la huitième fois que de savoir si nos personnages vont s’en sortir.

© Warner Bros. France

Ce mal commun à beaucoup de blockbusters horrifiques, on le doit surtout au scénario de Gary Dauberman, qui s’avère être LE gros point noir de La Nonne, au point de tirer vers le bas toutes ses bonnes idées et intentions de base. Le scénariste (par ailleurs derrière les deux films Annabelle ainsi que Ça) ne sait tout simplement pas quoi raconter ni même quoi faire de sa menace principale et cela se ressent terriblement tout au long du film. Ne sachant jamais quoi choisir entre un second degré au gore généreux (proche de l’esprit de Hardy) ou un premier degré constant, on se retrouve avec une histoire cousue de fil blanc, où les (rares) scènes horrifiques sont meublées par des dialogues prévisibles, voire nanardesques sur les bords, ou encore par des actions de personnages dépassant la logique humaine. Nous ne parlerons même pas de la tentative laborieuse de twist vouée à raccrocher les wagons avec le premier Conjuring (se déroulant 20 ans plus tard), s’attardant sur un infime détail et qui pue la paresse d’écriture. La Nonne donne donc cet étrange et triste sentiment de gâchis, et surtout d’opposition entre l’envie de Corin Hardy de créer une oeuvre à l’atmosphère « années 50 », qui aurait eu toutes ses chances de réussir et de se démarquer dans l’univers Conjuring, et celle de James Wan voulant à tout prix capitaliser sur sa franchise sans se poser de questions, compilant machinalement tous les clichés horrifiques les plus poussifs de ces dernières années. Mais dans un monde où La Nonne vient de réaliser le plus gros démarrage au box-office US de toute l’histoire de la franchise, qui pourrait lui donner tort ?

La Nonne

Conclusion

Malgré une direction artistique sobre et soignée, La Nonne souffre d’un terrible problème de scénario et de montage, tirant le film vers le piège du divertissement à jump-scares qui en fait trop et ne sait jamais vers quelle direction aller. Espérons que cela ne soit qu’une simple erreur de jeunesse pour Corin Hardy

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