[CRITIQUE] « La Mort en ligne », réalisé par Takashi Miike

No Comment

Un soir, Yumi est témoin d’un étrange incident.
Son amie Yoko reçoit un message identifié comme émanant de son propre téléphone, mais daté de trois jours plus tard. Si la mélodie qui annonce l’appel lui est inconnue, Yoko reconnaît en revanche sa propre voix sur l’enregistrement : un cri d’effroi qui lui glace le sang. Elle raccroche et tente de ne plus y penser. Mais trois jours plus tard, Yoko meurt à l’heure et dans les conditions exactes du message prémonitoire.
Au lycée, un événement similaire se produit quelques jours seulement après la mort de Yoko. Un élève disparaît dans des circonstances inexplicables. A chaque nouvel appel, la sonnerie et le message spécifiques annoncent une mort certaine à leur destinataire, avec la date et l’heure exactes.
Yumi décide d’enquêter. D’autant que sa meilleure amie Natsumi a elle-même reçu un appel fantôme…

N’avez vous jamais ressenti la peur au cinéma ? Un semblant de bruit, une atmosphère calibrée pour rendre le spectateur plus mal à l’aise qu’il est déjà, des personnages qui auront raison de vous à travers leurs hurlements, un croquemitaine qui n’aura de cesse de vous hanter et ce après la fin du film ? C’est avec La Mort en ligne, film japonais d’épouvante que la peur reprend tous ses sens.

La Mort en ligne sort en salles en 2003, une certaine époque non lointaine dont le cinéma d’horreur Japonais, communément appelé J-Horror est déjà reconnu comme l’un des genres les plus populaires, en Occident ou dans son pays d’origine, les cinéastes nippones nous livrent de véritables frayeurs, c’est le cas par exemple de Ring, réalisé à la fin des années 1990 par Hideo Nakata, véritable phénomène culturel et devenu culte aujourd’hui, son autre film marquant intitulé Dark Water et réalisé en 2002, Kaïro de Kiyoshi Kurosawa réalisé en 2005 et sans oublier Ju-on de Takashi Shimizu sorti en 2002. Le public international est en liesse et savoure cette nouvelle vague de films effrayants. La fanfare hollywoodienne s’empresse également de tous les adapter en remakes, tantôt réussis tantôt désastreux.

Dans le cas de La Mort en Ligne, le cinéma d’horreur japonais s’étend sur le phénomène de la technologie, un simple téléphone portable, un appel mystérieux, une malédiction, des morts, un lourd secret et un dénouement. Tout comme Ring, les malédictions japonaises sont présentes partout et un simple objet ou élément tordent l’esprit du spectateur, c’est le cas pour une cassette vidéo VHS, une image malfaisante, un téléphone, une sonnerie dérangeante, un fantôme maléfique et sans concessions envers ses victimes, bien plus terrible qu’aucun prêtre catholique ou chamane bouddhiste ne peut faire face. Yumi, l’héroïne principale du film, présentée comme peu naïve est la moins insouciante de ses amis, elle aura droit de vivre l’un des cauchemars les plus redoutables de sa vie, notamment lorsqu’elle découvre un lourd secret de famille et un lien fondamental avec son yūrei (esprit malfaisant dans la culture japonaise).

Le film présente une atmosphère dérangeante, d’entrée de jeu, elle ne laisse aucun répit, le spectateur est immédiatement conscient que les personnages sont tous, sans exception, voués à leur mort et quand un fantôme surgit de nulle-part, l’héroïne principale du film prend conscience très rapidement du danger mais il est déjà trop tard, c’est l’hécatombe et les morts se multiplient. Tout comme d’autres films asiatiques, l’horreur y est viscérale, malsaine, elle cache à travers son essence, une tragédie horrible, un lourd secret bien trop horrible pour y être dévoilé mais dont les cinéastes nippones s’empressent de dévoiler, quitte à en choquer plus d’un. Le film aura droit à une suite, une série télévisée et un remake européen réalisé en 2008, ces derniers films iront crescendo dans la nullité.

Réalisé par Takashi Miike, le cinéaste japonais et plusieurs fois récompensé en festival, n’en est pas à son dernier coup d’essai. Adepte des films de yakuzas ultra-violents, auteur d’œuvres  très controversés au pays du soleil levant, comme Audition en 1999, Visitor Q sorti en 2001 et étant une adaptation japonaise de Théorème, film très controversé de Pier Paolo Pasolini sorti en 1968 et Ichi the Killer, réalisé en 2001, film de gangsters adapté d’un manga ultra-violent. Miike se range du côté des cinéastes japonais en mal de leur société et déjoue les codes de l’horreur et du fantastique afin de s’approprier leur propre genre de films dont les âmes les plus sensibles ne peuvent que s’abstenir.

Malgré quelques lenteurs et quelques scènes inutiles à l’histoire, La mort en ligne s’avère être un film extra audacieux et nous dévoile à toutes et à tous, ce qu’est la véritable peur au cinéma, une peur qu’on avait oublié depuis des décennies, à savoir établir des bases essentielles de ce qu’est le véritable genre épouvante, à la sauce japonaise et sans concessions.

 

Balance ton commentaire

Back
SHARE

[CRITIQUE] « La Mort en ligne », réalisé par Takashi Miike