[CRITIQUE] « La Mémoire Assassine », réalisé par Won Shin-Yun

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Byung-su est un ancien tueur en série souffrant de la maladie d’Alzheimer. Lorsque de nouveaux meurtres sont commis près de chez lui, il décide de mener l’enquête, persuadé de savoir qui se cache derrière ces atrocités. Le danger est d’autant plus grand qu’il en vient à soupçonner le nouveau petit ami de sa fille. À moins que tout ceci ne soit que le fruit de son imagination et que le seul tueur en liberté ne soit personne d’autre que lui-même.

Depuis quelques années apparaissent des thrillers asiatiques à la réception généralement positive et presque dithyrambique, les derniers en tête étant Tunnel et Creepy, d’ailleurs appréciés par la rédaction. S’il trouve son public, La mémoire assassine, primé à Beaune en 2018 et (malheureusement) seulement distribué en France sur la plateforme e-cinema.com, se retrouvera facilement au palmarès de ces films sud-coréens qui marqueront.

Bien que le scénario d’une chasse à l’homme meurtrière dans un paysage rural paraisse de prime abord déjà vu, Won Shin-Yun arrive à être authentique grâce à son intrigue racontée depuis le personnage Byung-su Kim (interprété par l’émouvant Seol Kyeong-gu), atteint d’Alzheimer. Ce point de départ est évidemment prétexte à des twists, tout ce qui nous est montré est biaisé ainsi il est difficile de savoir le vrai du faux. Le film joue aisément avec cette ambiguïté pendant 2h, qu’il pousse toujours plus loin jusqu’à la limite du fantastique dans son retournement final. Néanmoins, des gimmicks comme le tic facial ou le bosquet de bambous où Byung-su se réveille après ses blackout, lien tragique de son passé et métaphore de sa mémoire hasardeuse, permettent de distinguer les moments de démence de ceux lucides. Ces deux aspects opposés de son esprit malade s’entrechoquent sans cesse, retranscrits par une réalisation classieuse qui fait usage de ralentis ou de travellings compensés synonymes des souvenirs ou des retours à la réalité qui frappent de plein fouet ce Dr Jekyll et Mr Hyde moderne et touchant.

Byung-su n’est pas seulement difficile à cerner à cause de son état mental, c’est aussi un assassin d’abord présenté comme une victime. Il s’identifie comme un justicier, mais petit à petit la réalité de ses crimes émerge de sa mémoire, le mal et le bien se mélangent. Sans ses souvenirs de meurtriers, est-il un homme bon ou reste-t-il toujours un assassin? L’identité est une notion que le réalisateur questionne constamment, même s’il semble donner sa propre réponse à travers son jeu du chat et de la souris entre les deux tueurs, semblable sur papier à celui de J’ai rencontré le diable de Kim Jee-Woon. Cet anti-héros malmené est d’autant plus difficile à apprivoiser car Won Shin-Yun n’en fait pas une figure maline dénuée de personnalité, il est devenu ce qu’il est à cause de son enfance vécue sous la maltraitance de son père et le décès de sa sœur. Il en va de même pour l’antagoniste sain d’esprit, Min Tae-Joo (Nam Gil-Kim), lui aussi rené (lol) d’une vie difficile. Tous les deux ont été trahis par une femme, et s’ils ne sont pas si différents l’un de l’autre c’est pour mieux interroger ce qu’est l’identité et son rapport à la justice, les conséquences du passé et de l’oubli.

La famille est également une conception mise à mal dans La mémoire assassine. L’autre protagoniste qui vient compléter le trio principal est, comme dans la majorité des thrillers sud-coréens, une femme qui n’est autre que Kim Eun-hee (Kim Seol-Hyun), la fille de Byung-su. C’est un personnage important pour la caractérisation de son père, elle est sa vraie part d’humanisme et ce qui le raccroche à la vie. L’amour d’un parent va bien au delà des liens du sang, même s’il aura fallu un accident comme d’une volonté divine pour le punir du mal fait et lui ouvrir les yeux. C’est ce que recherche vainement Tae-Joe, l’amour, sans quoi il n’est finalement qu’un meurtrier sociopathe. Ce dernier est l’autre identité de Byung-su, sa mauvaise part qui persiste malgré l’amnésie et la folie, Won Shin-Yun brouillant les pistes jusqu’à la fin.

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