[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Killing », réalisé par Shinya Tsukamoto

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Japon, en pleine tourmente du XIXe siècle. Un rônin enseigne l’art du sabre à un jeune fermier sous l’œil réprobateur de la sœur de ce dernier. L’arrivée d’un bretteur hors pair et d’une bande de sanguinaires hors-la-loi va sceller le destin du jeune trio.

Quiconque développe un intérêt certain pour le cinéma d’horreur dit « expérimental » a forcément déjà dû entendre parler de Shinya Tsukamoto. Artiste japonais prolifique et multi-tâche, c’est à lui que nous devons des perles aussi perturbantes que mémorables comme Tetsuo : The Iron Man ou encore Tokyo Fist. Pour sa nouvelle création cependant, sobrement intitulée Killing, point de mégalopole japonaise étouffante ni même d’attirance à l’anarchie, mais plutôt une réappropriation vers le genre très codifié du chanbara… à la sauce Tsukamoto, cela va de soi.

Mais bien que la patte si particulière de Tsukamoto (entre sa réalisation quasi-intégralement en caméra à l’épaule et son montage volontairement brut) se ressentent au travers de Killing dès ses premières minutes, force est de constater que la saveur, elle, est différente. Non pas que son style s’amenuise ou s’avère inapproprié à un tel univers, bien au contraire, mais plutôt que l’on ressent que son réalisateur veut se démarquer des œuvres qui ont fait son succès, en prenant un sujet bien plus terre-à-terre, voire même mystique, qui risque d’en déconcerter plus d’un mais qui lui permet d’explorer des horizons nouveaux pour lui.

Une mystique qui se dégage notamment des personnages de l’intrigue eux-mêmes et permettent au réalisateur (par ailleurs acteur ici, une fois encore) de questionner le principe de loyauté et surtout de justice dans une société pacifiste se retrouvant entourée par la violence, littéralement. Une violence aux allures d’abord menaçantes mais qui va très vite dégénérer et brusquer le destin de nos personnages, certains devant se résigner à délaisser la paix pour céder au meurtre, comme un symbole d’émancipation nécessaire et inévitable.

C’est par ce biais que l’on s’aperçoit que Killing en dit bien plus sur notre société actuelle que son genre cinématographique et son contexte historique ne le laissent paraître à première vue. A l’aide d’un traitement assez fauché mais néanmoins très élégant du film de sabres traditionnel, Shinya Tsukamoto surprend et parle avant-tout de l’omniprésence de la violence et de la perversion, par delà même l’idée de notre honneur, spirituel ou social. Comme quoi, même au bout de son 14ème film, le réalisateur culte n’a rien perdu de sa rage contagieuse mais préfère prendre du recul pour mieux la faire ressentir.

Killing
4

Conclusion

Dosant avec parcimonie ses éclats les plus sanglants, Killing s’inscrit dans la parfaite continuité thématique de son réalisateur avec un récit en presque huis-clos à la fois fascinant et teinté d’un pessimisme noir sur notre pouvoir face à la violence. Un film qui surprend et dont les images gravent notre rétines.

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[CRITIQUE – FEFFS 2018] « Killing », réalisé par Shinya Tsukamoto