[CRITIQUE] « It Comes at Night », réalisé par Trey Edward Shults

No Comment

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

2016. Trey Edward Shults, un jeune réalisateur américain de 28 ans, passe pour la première fois du court au long-métrage avec Krisha. Jusque-là plutôt discret sur les radars des cinéphiles, il se fait remarquer dans plusieurs festivals, raflant sur son passage un prix de la critique à Deauville en 2015 et le John Cassavetes Award aux Independent Spirits Awards 2016. Nommé quatre fois à Cannes, ce premier long est un véritable succès critique, sur lequel Shults semble s’appuyer pour se lancer dans un second format long.

Poussé à la production par la petite étoile montante du cinéma de genre indé A24 (The Witch, Green Room), It Comes at Night se plonge, comme avec Trisha, au cœur d’une famille coincée dans un huis-clos forcément étouffant. Pourtant, le réalisateur transpose la maisonnée dans un cadre post-apocalyptique, et perd ses personnages au milieu des bois. Si ça sent le film bien lourd à plein nez -des films d’horreur dans les bois, on en a soupé n’est-ce pas-, Trey Edward Shults parvient miraculeusement à faire de ce trope un excellent thriller psychologique.

Tout commence avec un regard caméra. Celui d’un homme visiblement malade, les joues boursouflées par des pustules argentées et l’œil hagard. On le tue, on le met dans une brouette, on le brûle, on pleure. In medias res, le réalisateur lance son spectateur dans une situation asphyxiante qui ne trouvera son explication que plus tard : menée par le puissant Joel Edgerton, la famille choisie par l’œil du cinéaste se carapate dans une cabane en forêt, fuyant derrière ses rondins de bois une maladie inconnue et contagieuse qui se serait répandue dans tout le pays.

Et là se concentre toute la puissance de la réalisation derrière It Comes at Night. Grâce à l’incertitude qui règne autour de la maladie-origine, contamination, symptômes-, tout est susceptible d’être, aux yeux des personnages, porteur de l’infection. D’un intrus qui s’infiltre à la recherche de vivres ou d’un enfant mystérieusement somnambule, tous les moyens sont bons pour faire pression sur des personnages déjà à bout. On assiste à leur lente descente aux enfers, moins causée par la menace extérieure que par l’angoisse qui grandit au fur et à mesure sur leurs visages déformés : le jeune Travis accumule d’affreux cauchemars, le père est paranoïaque, la mère impuissante, les nouveaux venus toujours suspects… Avec un sens du rythme imparable, qui passe sans ambages du calme de bûches que l’on découpe à la fureur de cris affolés, Trey Edward Shults donne à son scénario une ampleur impressionnante.

Si l’angoisse passe par un rythme qui ne laisse de répit que pour mieux l’interrompre, la caméra de Drew Daniels fait une grosse partie du boulot. Sa steadicam se faufile le long de couloirs sinueux faiblement éclairés, entre les arbres dépouillés d’une forêt sans couleurs, se pose en gros plan sur les visages dont elle scrute les moindres variations… Avec une bande-son quasi-inexistante, l’angoisse est presque entièrement véhiculée par l’esthétique léchée – un joli mix desaturé entre The Lobster et The Witch – d’une caméra qui exploite la moindre ombre, le moindre regard pour dessiner l’angoisse en germination. C’est bien sûrement tout ce qui fait la réussite d’It Comes at Night : tout se passe à l’intérieur quand tout devrait se passer à l’extérieur.

Balance ton commentaire

Back
SHARE

[CRITIQUE] « It Comes at Night », réalisé par Trey Edward Shults