[CRITIQUE] « III », réalisé par Pavel Khvaleev

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III poster

Une mystérieuse épidémie dévaste lentement un village d’Europe de l’Est. Ayia voit ainsi sa mère puis sa sœur, à leur tour contaminées. La médecine traditionnelle se montrant inefficace, Ayia se tournera alors vers une science moins orthodoxe…

Prix de la meilleure photographie au New York Horror Film Festival, une flopée de nominations dans divers festivals de part le monde et avec une équipe de tournage réduite et un budget de seulement 15 000€ le deuxième film de Pavel Khvaleev s’avère tout à fait recommandable. III reste pourtant très caractéristique du cinéma d’auteur d’Europe de l’Est : une voix off du début à la fin, du mauvais temps ou du soleil voilé et un village au look d’après guerre. Une composition moins clichée qu’elle n’y parait grâce à une image ultra léchée. Khvaleev signe le score de son propre film avec l’aide de son frère, puisqu’à eux deux ils forment le groupe électro Moonbeam depuis 2003. De ce mélange de procédés anciens et récents résulte une œuvre hybride qui se déroule on ne sait trop quand dans le siècle dernier. Une histoire intimiste et dramatique influencée par Silent Hill, premier film et jeux confondus. Son metteur en scène déclare également avoir été très inspiré par la musique de Akira Yamaoka, compositeur sur le film et les jeux.

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Le film s’ouvre avec une intro dans un hôpital psychiatrique qui ne prendra sens qu’à la fin, le tout sur un fond rocailleux. La combinaison de l’ensemble formant une étrange chorégraphie sur la musique industrielle et cérémonial du groupe russe. Le ton est donné, on peut commencer. La première scène présente les deux sœurs au centre du récit, courir joyeusement dans un champ de blé. Une caractérisation simple et efficace à la limite du conte. Le message est limpide, c’est sur cet innocent duo que plane la menace énoncée par le générique. L’amour sororal sera à la fois un socle et la raison pour laquelle le cauchemar devra être vécu. Bien vite, l’apparente gaieté des deux sœurs disparaîtra face au problème qu’elle rencontre. Une mystérieuse maladie cloue au lit leur mère, loin d’être la seule victime d’un fléau dévastant le village rustique où elles vivent. Esseulées, les deux sœurs comme le reste de la population ne peuvent que subir ce mal qui les accable. La médecine locale n’ayant que la mise en quarantaine comme solution, Ayia garde espoir dans sa foi et celle du père Herman, un ami de la famille.

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Sans misérabilisme III développe ses personnages et leur quotidien par le prisme de Ayia qui raconte ses pensées en voix off. Les valeurs familiales étant ici étroitement défendues, puisqu’indissociable de la religion. La sœur ainée n’ayant que pour but de protéger sa famille, ou du moins ce qu’il en reste. Par ailleurs, plusieurs plans de transitions révèlent le caractère isolé du village, et donc sa vulnérabilité. Un monde rural dans lequel il est plus facile d’influencer des personnes. Si le christianisme est accepté et pratiqué par tous, Ayia verra dans un ouvrage sur le chamanisme une possibilité plus concrète de sauver sa sœur, à son tour infectée. Le père Herman, à qui appartient le livre en question, enseignera à la jeune fille le rituel qui pourrait sauver Mirra. Pourtant, bien avant qu’il soit question de cette pratique, plusieurs séquences oniriques seront déjà intervenues. Plus poétiques qu’horrifiques, elles incarneront dans un premier temps l’avancée de la maladie. Comme pour le Silent Hill de Christophe Gans les couleurs des vêtements changeront progressivement au gré des épreuves traversées et de l’évolution dans l’horreur. S’il n’est pas question d’exorcisme ici, le but recherché est similaire. Sauver une âme torturée en affrontant ses peurs les plus ancrées. La destruction des souffrances psychiques devant par là même guérir physiquement le cops du patient.

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Un terrain inconnu gangrené par une maladie et maintenue par des monstruosités. Une psyché meurtrie représentée par des lieux sombres et délabrés. Ces mêmes lieux habités par des créatures humanoïdes monstrueuses plus effrayantes que dangereuses. C’est dans un monde oppressant et terrifiant que Ayia devra trouver la principale terreur de sa sœur. Des séquences glauques mais toujours fascinantes dans lesquelles on comprendra pourquoi III a remporté un prix pour sa photographie. La deuxième séance dans l’inconscient tout spécialement, comporte un extérieur des plus cataclysmique. Bien loin du village authentique et des champs de blé en somme. La musique omniprésente s’allie parfaitement aux images pour former un tout cohérent. Complémentaire mais jamais envahissante. Ça n’est pas sur ce plan que le film décevra mais bien dans son écriture (une constance en cette année 2015). En effet, le twist, car il faut toujours un twist, se montrera assez brouillon et peut être même incohérent à la première vision. Le sensationnalisme (à son paroxysme dans la deuxième immersion onirique), ne cessera de retomber pour ne presque plus se différencier de la réalité. Si le procédé sert la narration, il désamorce l’action, l’horreur et donc le divertissement. Au prix d’une ultime révélation aux sombres dessins cependant assez flous.

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Conclusion

III doit sa réussite à sa photographie travaillée et la musique oppressante de son réalisateur. Des acteurs débutants mais pleinement investis dans ce drame horrifique plus axé sur le larmoyant que les effusions de sang. Des maquillages convaincants pour un bestiaire inventif à l’inverse d’une conclusion un peu brouillon.

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