[CRITIQUE] « Housewife », réalisé par Can Evrenol

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Holly est victime d’un traumatisme après avoir assisté, enfant, au meurtre de son père et de sa soeur par sa mère. La rencontre avec le gourou d’un étrange culte va faire virer son existence au cauchemar.

La troisième journée de la XXIIIème édition de L’Étrange Festival au Forum des Images à Paris fut notamment l’occasion de découvrir le second long métrage du réalisateur turc Can Evrenol, Housewife, réalisé deux ans après un premier film (Baskin qui avait déjà eu les honneurs d’une projection lors d’une précédente édition du festival susnommé) aussi bien loué (en particulier pour ses effets sanglants, efficaces au demeurant) que décrié.

Malheureusement, force est de constater que ce second long-métrage échoue regulièrement à surprendre, égrainant dans un premier temps un nombre stupéfiant de clichés inhérents au genre horrifique épuisés jusqu’à la moelle, dont la persistance dans les productions de genre actuelles laisse songeur (jump-scare, musique d’ambiance d’une lourdeur pachydermique…). Cet ensemble indigeste est par ailleurs soutenu par une tendance à la sur-explication. Cette tendance à annihiler toute tentative de la part du spectateur pour faire un tant soit peu fonctionner son imagination (et à défaut son cerveau) est traduite dans Housewife par un usage récurant de l’insert, soulignant de manière vaine tout rebondissement.

Cette valse des clichés se trouve accompagnée par un bombardement de références à d’autres catégories du cinéma de genre ainsi qu’à des réalisateurs phares de l’horreur (surtout italiens). Si certaines de ses références sont parfois alignées de manière chaotique, elles tendent à montrer que Can Evrenol est bien un fan de cinéma horrifique axant avant tout son film sur la profusion et la générosité.  Housewife, dans ses premières minutes, inaugure cette intention de « rendre hommage à » de manière subtile avec une belle scène d’introduction, rehaussée de lumières bleues et orangées, et d’éléments-clés (présentation du trauma d’enfance de l’héroïne, fétichisation des poupées renvoyant au Profondo Rosso de Dario Argento, meurtre d’enfant invoquant l’ombre du Qui l’a vu mourir ? d’Aldo Lado…) typiques du giallo italien et renforcée par une photographie et une mise en scène soignée. Ce sens de la mise en scène et du montage fait par ailleurs partie intégrante des points forts du long-metrage.

Cependant, le film dégringole très vite en ce qui concerne cet aspect, en particulier dans son ultime séquence, puisque cet empilement de références les unes derrière les autres d’un grotesque achevé mêlé à une surenchère gore gratuite finit par tourner quelque peu à vide. Ainsi, nous passons de Mario Bava (avec une reprise d’un passage iconique de Shock les démons de la nuit), à Lucio Fulci (référence flagrante à L’au-delà et ses peintures prémonitoires mais également à Frayeurs avec une tentative de rendre hommage aux yeux saignants des victimes du père Thomas), puis à Clive Barker (les effets gores de ce climax final n’étant pas sans rappeler ceux d’Hellraiser II : Les Ecorchés de Tony Randel), avec un énorme détour par Lovecraft, Rosemary’s Baby et David Cronenberg.

Si cette histoire de trauma enfantin dérivant vers le film de secte à tendance lovecraftienne pourra apparaitre comme quelque peu confus, handicapée par un jeu d’acteur trop faible, des dialogues arrivant parfois comme un cheveu sur la soupe, et non foncièrement originale (mais Housewife ne cherche pas forcément à l’être), elle demeure intéressante notamment par le biais de la caractérisation du personnage d’Holly.

Housewife est finalement à l’image du foetus body horror-isé que tient Holly dans ses bras lors de l’ultime séquence du long-métrage paradoxalement risible et cauchemardesque (ou plutôt grand-guignolesque) à la fois : difforme. Le film une réflexion minimale sur les thématiques qu’il entend aborder (le perte d’êtres chers, la culpabilité, la dissociation entre rêve et réalité…). Néanmoins, quelques beaux plans ainsi qu’un final à l’atmosphère apocalyptique réussi (car assumé) parviennent à réequilibrer l’ensemble.

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