[CRITIQUE] «Holidays», réalisé par Collectif

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Holidays affiche US

Plusieurs histoires horrifiques autour de périodes festives comme Noël, Pâques, Halloween ou la Fête des mères.

Le thème de l’anthologie horrifique du moment : Revisiter l’iconographie des fêtes de la manière la plus déviante. Soit la définition de la filmographie de Michael Dougherty. Comme on ne le répétera jamais assez, le film à sketchs trouve ses réussites quand il n’y a qu’un réalisateur à la barre. Concept majoritairement boudé au profit des films omnibus. La nouvelle preuve en est, avec pas moins de 10 réalisateurs aux commandes de 8 histoires et donc 1 film. Une nouvelle condition semble s’imposer dans ce sous-genre : Les talents impliqués ont tous un long métrage à leur actif ou sont au moins des faiseurs confirmés. Une astuce qui s’avère plus souvent commerciale qu’artistique.

Le fantastique côtoie le fait divers mais l’image (en dehors du ratio) restera sensiblement la même. Sur ce point, Holidays peut paraître tout à fait fréquentable. Chaque segment ayant un thème différent, l’homogénéité visuelle reste la solution pour lier tout ça. Les quelques écarts donnent justement tout le sel à certaines fête9s. Les fantasmes d’une adolescente sont ainsi représentés via des couleurs pop qui viennent trancher avec celles de son triste quotidien. Les fêtes sont abordées dans l’ordre chronologique du calendrier. Kevin Kolsch et Dennis Widmyer (Starry Eyes) ouvrent ainsi les hostilités avec une Saint Valentin qui n’a pas à rougir face à ces successeurs.

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En témoigne une Saint Patrick toujours en milieu scolaire, qui affiche la réalisation brouillonne de Gary Shore. Le metteur en scène de Dracula Untold apporte avec cette histoire de grossesse particulière, la pierre la plus faible du présent édifice. Là où certaines histoires s’attaquent à la célébration qui leur est attitrée en seulement 3 séquences, la Saint Patrick enchaîne les scènes. En résulte 9 mois ultra saccadés au ton complètement incertain. Du drame intimiste à la prophétie grotesque le tout agrémenté de références à côté de la plaque. Il est donc judicieux d’enchaîner avec une veille de Pâques dans la tranquillité d’un doux foyer chrétien. Nicolas McCarthy (At The Devil’s Door) fait s’interroger une fillette entre le lien assez flou entre la résurrection du Christ et le lapin de Pâques. Une réponse aussi glauque qu’amusante mettra fin à ses questions. Ainsi qu’à ce troisième segment dans lequel on pourra discerner l’un des principaux défauts du film. Des fins aussi abruptes que frustrantes viennent conclure plusieurs célébrations. Au court de Holidays, on s’aperçoit que certains sketchs reposent uniquement sur leur twist. Il sera alors assez désagréable d’avoir à attendre 10 minutes pour assister à un plan d’une fraction de seconde en guise de conclusion.

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La Fête des Mères de Sarah Adina Smith est justement l’un des dignes représentants des défauts précités. Le postulat est similaire à celui de Bad Biology de Frank Henenlotter, mais la tonalité est ici bien plus grave. Une jeune femme qui tombe enceinte à chaque rapport rejoint une cérémonie de fertilité (Cherchez l’erreur). Elle se retrouve alors dans un ranch perdu dans le désert entourée de femmes qui n’arrivent pas à concevoir. Il est alors évident pour ceux qui en doutaient encore, que ce petit train des fêtes est placé sous le signe de la femme. Le seul homme à apparaître dans ce segment ne prononce pas un mot et sa seule présence ne sert qu’à souligner son inutilité. L’image masculine n’a pas finie d’être dénoncée et définie sous ses plus mauvais aspects.

Comme le prouve le sketch suivant, le presque excellent Fête des Pères de Anthony Scott Burns. Avec encore aucun long métrage à son actif, le jeune réalisateur s’en sort pourtant mieux que ses confrères réputés. Si l’on écarte encore une fois le syndrome de la fin bâclée dont Holidays semble souffrir. La narration se montre aussi fluide et précise que les indications sur un magnétophone d’un père disparu. Jocelin Donahue est aussi bonne que dans The House of the Devil. Et l’image léchée dont bénéficie l’ensemble du film est ici sublimée par des cadrages au service de cette vaste chasse au trésor. Portée par une maîtrise du suspense et une tension grandissante, cette fête des pères se  terminera dans une incompréhensible déception.

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Le dernier tiers s’articule autour des nouvelles technologies. Utilisées dans un procédé vengeur à la Saw pour Halloween ou pour dénoncer le consumérisme imposé par Noël. Tandis qu’un Réveillon du Nouvel An se voit sauvé de la solitude grâce à un site de rencontres. Kevin Smith est visiblement plus intéressé par une déclinaison de son Yoga Hosers plutôt qu’à proposer une création originale. Le cinéaste iconoclaste n’insuffle guère d’esprit d’Halloween à son segment, trop occupé à étaler ses dialogues vulgaires et à exposer sa brochette de blondes. Le constat ne sera pas plus glorieux pour Noël et son casque de réalité virtuelle spéciale fantasmes. Malgré l’implication d’une figure de la comédie plus habituée à prêter sa voix que son visage, Seth Green n’apporte pas plus d’humour à cet avant dernier conte, loin d’être un cadeau. La faute au réalisateur qui a été refilé à ce 25 Décembre, responsable de Dark Skies par le passé, Scott Stewart.

Deux âmes pathétiques viennent clôturer ces vacances. Lorenza Izzo (Knock Knock) incarne une jeune femme aussi désabusée que le spectateur à ce stade du film. Si la résonance horrifique ne se fait pas attendre dans le nouvel an du producteur d’Holidays, on regrettera son traitement à contre-pied. Très loin d’une grande fiesta comme souvent mise en scène au cinéma pour le changement d’année. Adam Egypt Mortimer conclue le calendrier avec un twist gentiment rigolo-gore mais le manque de peps l’emporte.

L’aspect purement technique s’oppose finalement à ce qu’il emballe. Avec 10 réalisateurs impliqués, il serait injustifié de sortir le champagne pour saluer le nombre d’idées. Les enjeux dramatiques se voient automatiquement sabotés et les sketchs humoristiques sont rarement drôles. Des festivités assez mornes au regard de l’ambition du projet.

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Conclusion

Quelques idées bien vite oubliées par un manque d’énergie et d’audace.

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