[CRITIQUE] « Get Out », réalisé par Jordan Peele

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Couple mixte, c’est la première fois que Chris va rencontrer de la famille sa petite amie Rose. Petit à petit, l’ambiance va devenir oppressante et inquiétante pour Chris sans qu’il ne sache réellement la sombre supercherie qui l’attend.

Get Out signe les premiers pas de Jordan Peele dans le cinéma de genre, réalisateur qui, à ce jour, était surtout connu pour son duo avec le comédien Keegan-Michael Key sur la chaîne américaine Comedy Central, et récemment à la tête de la comédie Keanu, sortie en 2016. Si le racisme est un « thème » sous-jacent dans les films d’horreur (les films de Romero, le cliché du « black guy always die first », etc) et en mettant de côté les comédies horrifiques des Wayans (Scary Movie, A Haunted House), Get Out est le premier à en faire son sujet principal de manière frontale.

La démarche a beau être nouvelle et salutaire, Peele ne réinvente pas le genre. La forme est tout ce qu’il y a de classique, le cahier des charges du thriller horrifique (aussi efficace soit-il) ne fait pas dans l’originalité. Car ce qui compte avec Get Out c’est son fond, prendre un schéma connu du film d’horreur pour un sujet aussi lourd est une entrée en matière simple mais efficace qui espérons-le, ouvrira la porte à des prochains réalisateurs indépendants engagés. [Attention spoilers]

Basculant sans cesse entre thriller, comédie et horreur, Get Out est tout aussi divertissant qu’il est angoissant et Peele ne renie pas son amour pour la comédie. L’ironie de certaines situations, les doubles-sens et les passages absurdes créent cette sensation de malaise au visionnage, une leçon d’écriture dont nos superbes comédies françaises actuelles racistes sous couvert d’humanisme devraient s’inspirer. On peut toutefois reprocher au film d’être prévisible ou encore un manque de subtilité (ce qui est un peu contradictoire, surtout qu’il aurait pu faire pire). En effet, il y a beaucoup d’indices sur le chemin que va prendre l’intrigue, mais Get Out fait partie de ceux qui méritent d’être vus une seconde fois, alors ces grosses ficelles prendront un autre sens encore plus sarcastique et intéressant. Le réalisme des actions et des situations engendrées par le postulat de base (le couple mixte) va au fur et à mesure faire naître une tension, tension qui se ressentira dans les moindres faits et gestes de la famille de Rose. On découvrira par la suite que tout n’est qu’un jeu, un simple cliché de ce type de films comme el famoso jump scare de l’animal qui fonce sur le pare-brise, devient détourné (un peu à la Scream mais de manière moins percutante).

A prendre comme un horror slow burn, l’ambiance de Get Out se rapproche beaucoup de celle de The Invitation ou encore de The Visit, également produit par BlumHouse dernièrement à l’origine du retour d’un Shyamalan plus en forme que jamais. L’introduction n’est pas sans rappeler Halloween (une ruelle sombre dans un quartier bourge, c’est forcément Halloween) voire It Follows (ce qui revient presque à dire la même chose), mais l’inspiration la plus flagrante serait The People Under The Stairs de feu Wes Craven. Les phrases ou scènes métaphoriques sont très présentes, le « trou de l’oubli » par exemple est une mise en abîme qui aura un impact beaucoup moins puissant si vous ne voyez pas Get Out en salle. Non seulement ce virage fantastique a sans doute été emprunté au magnifique Candyman, mais surtout la critique sociale qui, bien qu’elle soit différente dans les deux œuvres (en tout cas au premier degré), a un impact important dans son contexte. Get Out se pose à l’époque actuelle de l’Amérique post-Obama mais arrêter l’analyse à cela serait réducteur pour le film. Il est aussi question du racisme ordinaire toujours teinté par l’ère coloniale/esclavagiste notamment lors de la séquence du bingo où Chris est littéralement mis aux enchères (et les serviteurs noirs de la famille Armitage); de façon plus générale, le racisme est traité sous ses formes les plus ambiguës et universelles.

Jordan Peele n’hésite pas à s’amuser avec sarcasme autant du côté des riches blancs, par exemple la scène avec le seul invité asiatique qui pose la seule question intéressante à Chris (Daniel Kaluuya), que du côté de Rod (son meilleur ami joué par Lil Rel Howery) notamment lorsqu’il raconte sa théorie sur la disparition de Chris à trois policiers noirs et qu’ils se moquent de lui. Enfin comme on pouvait s’y attendre, cette histoire ne pouvait que mal se finir. A partir de la révélation finale digne d’un pitch de série b, le film vire au slasher, cette catharsis toujours bienvenue. Pas de plan élaboré pour se venger, Chris ne cherche qu’a survivre et s’enfuir de ce cauchemar vivant. Ce dernier acte plutôt vite expédié a le mérite de ne pas faire dans le spectaculaire, Get Out aurait pu se faire prendre à son propre jeu et forcer sur l’ironie de la vie tavu mais choisit de finir sur une note aussi légère que consternante

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