[CRITIQUE] « Ex Machina » réalisé par Alex Garland

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Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

« Ex Machina » : vous avez sans doute dû taper cela sur Google pour tomber sur cette critique, peut-être le nom du Cinéma Club ou cliquer sur un lien Twitter/Facebook. Vous êtes quoi qu’il en soit concerné par le sujet que ce film aborde. Celle de la domination technologique, de l’intelligence artificielle à un niveau très avancé et de comment les moteurs de recherche et réseaux sociaux peuvent connaître notre vie beaucoup plus que nos proches pour servir de base de données à ces robots. Alex Garland, qui a travaillé sur 28 Jours Plus Tard, La Plage ou encore Sunshine aux côtés de Danny Boyle, s’attaque donc à un sujet de plus en plus actuel vous l’aurez compris. Il met en scène le test de Turing dans un thriller tournant autour du robot Ava ainsi que de Nathan, son inventeur mégalo multimilliardaire et un de ses employés, Caleb, qui passera l’examen avec cette I.A.

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Alex Garland nous met dès le début dans la peau de son héros, Caleb, joué par Domhnall Gleeson. L’employé de la multinationale et moteur de recherche BLUEBOOK possédant 95% du capital dans le domaine se retrouve gagnant d’une loterie en interne lui permettant de rencontrer Nathan (Oscar Isaac), son big boss, pendant une semaine dans sa forteresse. On ressent immédiatement les interrogations qui viennent à l’esprit de son personnage sur cet étrange patron qui vit reclus en Alaska dans des décors magnifiques et naturels, eux. La première rencontre entre notre héros et Nathan donne le ton : celui-ci n’est pas comme les autres. Nathan est fort physiquement, très intelligent mais surtout possède ses propres démons facilement visibles. Il ne s’en cache pas. Une lutte psychologique entre lui et son employé à travers des dialogues d’une rare intelligence se met immédiatement en place, lutte que va rejoindre plus tard Ava (Alicia Vikander) dans ce triangle pas comme les autres. Ils se testent tous mutuellement tout en s’alliant ou en rivalisant.

Caleb comprend vite qu’il va prendre part à un test de Turing. Nathan a tellement confiance en sa personne qu’il décide de ne pas cacher la forme robotique d’Ava tout en lui donnant un visage humain féminin. Le film s’entrecoupe de différentes sessions pendant lesquelles Caleb discute avec Ava et tous deux commencent à nouer des liens forts. Alex Garland arrive avec brio à transmettre à l’écran un climat de suspicion autour d’Ava : est-ce que celle-ci ment à Caleb lorsqu’elle lui dit de se méfier de Nathan ? Cela fait-il parti du test ? Est-elle tellement avancée qu’elle a assimilé les méthodes de manipulation ? Le spectateur est autant dans le flou que le jeune employé qui ne sait plus à qui se fier.

Ex-Machina-Gallery-01Au fil de Ex Machina le mystère s’épaissit et il devient impossible de déceler le pourquoi du comment. La claustrophobie qu’engendre la forteresse fortifiée de Nathan met dans l’inconfort avec cette impression qu’il est impossible d’en sortir sans l’autorisation du propriétaire des lieux peu enclin à se laisser dominer. Pourtant Caleb est entouré des décors magnifiques (ceux de Norvège même si le film se déroule en Alaska) et offrant une grande liberté en apparence : comment partir étant donné que le seul moyen est d’utiliser un hélicoptère qui ne reviendra que dans une semaine à une heure précise ?

Alex Garland aurait pu opter pour une maison totalement moderne pour un personnage comme Nathan mais non. Il mélange éléments futuristes mais également matériaux naturels. Impossible de situer l’époque dans laquelle se déroule cette histoire grâce à ce choix, sauf qu’elle est beaucoup plus proche que ce que nous pensons. Comment le dit Nathan : il ne faut pas savoir « si » mais « quand ».

Esthétiquement Ex Machina est donc de toute beauté vous l’aurez compris. Le costume porté par Alicia Vikander pour jouer Ava est à la fois simple et tellement humain tout en gardant un gros côté robotique. Elle possède uniquement un visage humain mais ses multiples expressions arrivent à créer chez le spectateur un sentiment de proximité avec celle-ci. Si le choix avait été fait de lui offrir un corps entièrement artificiel le résultat aurait sans doute été différent pour nous comme Caleb.

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Smartphones, réseaux sociaux, qu’on l’accepte ou non ces technologies ont pris une part importante dans nos vies. Alex Garland le dit lui même « Dans Ex Machina, je me rallie plus volontiers aux robots ». Le film vous oblige à prendre position sur notre avenir face aux machines. Sans se vouloir inquiétant ou dramatisant le réalisateur nous pousse à réfléchir sur notre survie alors que nous serons sans doute capable un jour de développer des intelligences artificielles qui pourraient assimiler rapidement des connaissances mais surtout ne pas connaître la mort. Nathan le dit lui même : les deux choses qu’on ne peut éviter sont « la mort et les emmerdes ».

Ava connait tout de nous qui regardons Ex Machina. Elle a assimilé grâce à nos caméras frontales qui servent nos « selfies » les émotions humaines sur nos visages et sait les reproduire à la perfection. Grâce à BLUEBOOK et son énorme base de données qui domine 95% de notre planète, elle connait tout de nous, ce que nous voulons, ce que nous chercherons, comment nous agissons. Ava est un personnage unique auquel Alicia Vikander sait donner vie.

Ça pousse à réfléchir, non ?

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