[CRITIQUE] « L’Enfer des Zombies », réalisé par Lucio Fulci

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Un navire accoste au port de New York sans âme qui vive, à l’exception d’un zombie qui attaque deux des Gardes côtes. La fille du propriétaire du bateau, Anne Bowles, interroge les policiers présents sur la scène du crime afin d’obtenir des informations sur son père, qui se trouvait aux Antilles. Avec l’aide du journaliste Peter West, ils décident d’aller enquêter sur place. Ils se rendent sur l’île tropicale de Matu . Ils y rencontrent le docteur David Menard, qui tente d’éradiquer une pandémie ramenant les morts à la vie, l’île ne tarde pas à être infestée de zombies…

Nous sommes à l’aube des années 1980, George Romero renouvelle le cinéma de genre, surfant sur le phénomène Herschell Gordon Lewis, tout en exprimant sa frustration et ses désillusions de l’époque, il remodèle les zombies, des hommes et femmes revenus d’outre-tombe pour s’attaquer à l’humanité. Dès lors, le cinéma de genre est en extase. Des réalisateurs et des scénaristes racontent à leur tour des histoires sordides et tout aussi sanglantes. Bravant les interdits au pays de l’Oncle Sam, c’est à l’autre bout du monde, essentiellement en Italie, au pays de Pavarotti et de Fellini, que des cinéastes réputés préfèrent délaisser les westerns spaghetti au profit de l’horreur à l’état brut. Après une initiation dans le domaine du thriller violent, connu sous le nom de Giallo, certains cinéastes italiens préfèrent surfer sur la vague de cinéma d’horreur qui déferle dans les salles obscures du monde entier et essentiellement en Europe, où le cinéma américain rencontre ses abonnés et amateurs. C’est le cas de Lucio Fulci, grand cinéaste de son époque, concurrent d’autres réalisateurs italiens tels que Dario Argento, Mario Bava, Joe d’Amato, Umberto Lenzi et d’autres, qui va révolutionner le cinéma de genre Bis italien et lui donner une dimension inégalée, car doté d’une fureur artistique, allant jusqu’à faire écho aux Etats-Unis. S’étant illustré dans le giallo (L’emmurée vivante,  La longue nuit de l’exorcisme…) le cinéma comique (Obsédé malgré lui), films pour enfants (une adaptation de Croc-Blanc de Jack London) et le même western (Le temps du massacre, les Quatre de l’apocalypse…), Fulci se lance tête baissée pour réaliser l’un des films d’horreur les plus glauques de toute l’histoire du cinéma italien L’Enfer des Zombies, sorti un an après Zombie de George Romero, reprenant les bases et thème du film, un World War Z cauchemardesque et abominablement sanglant.

C’est en 1979 que L’Enfer des Zombies sort en salles, préférant s’approprier faussement le titre d’une suite d’un film américain réalisé par Romero. C’est donc par malice que Fulci donnera le titre Zombi 2 à son film, prêtant à confusion, et préférant surfer sur le succès mondial de Zombie (1978) en anglais Dawn Of the Dead. Le film est probablement une préquelle à La Nuit des Morts Vivants, réalisé en 1968 par ce même Romero, délaissant le côté contestataire de l’époque notamment celle du bourbier vietnamien et dans un second temps du phénomène de société de consommation à outrance. Pour L’Enfer des Zombies, il est hors de question de se placer comme un vulgaire réalisateur d’une suite, il entreprend d’explorer les origines directement à la source du mythe du Zombie, sorti tout droit des mythes et légendes caribéennes. Avec Fulci, pas de phénomènes contestataires, ses pairs l’ont déjà fait à travers la violence des westerns spaghetti, du temps des années de plomb, ce dernier prime sa vision surnaturelle et fantastique du mort-vivant, une force ténébreuse, tout droit sortie de l’enfer, se déchaînant sur l’humanité. Ce n’est pas un hasard si Fulci enchaînera coup pour coup trois autres films mettant en scène encore une fois des zombies putréfiés, sortis tout droit des portes de l’enfer, que l’on surnommera La trilogie des portes de l’Enfer comprenant Frayeurs(1980), L’Au-Dela(1981) et La maison près du Cimetière(1981) Le cinéaste se consacre dès lors, dans l’horreur, les thèmes de fantastique, surnaturel, gore, ténébreuse et frayeur baroque sont ses spécialités.

L’Enfer des Zombies se déroule dans deux lieux différents et pas si éloignés, d’un côté, le New York de la fin des années 1970, où un zombie putréfié surgissant de nulle part s’attaque à un garde côte new-yorkais, lui dévorant au passage la jugulaire. Ce dernier se fait abattre et se jette à l’eau. est-il bien mort ? Le garde côte américain emmené à l’institut médico-légal ne va-t-il pas se réveiller d’entre les morts ? La première scène du film est sanglante, démente, elle donne le ton du film, Fulci veut choquer, dégoûter, quitte à en faire vomir plus d’un.  Filmé à la manière d’un thriller, deux personnages font leur apparition et décident de mener leur enquête qui les conduira jusqu’à une île perdue au beau milieu des caraïbes. Là encore, Fulci se surpasse, étant probablement fan des Dents de la Mer réalisé quelques années auparavant par un jeune cinéaste du nom de Spielberg. Il fait confronter un zombie aquatique errant dans la mer face à un requin blanc. Arrivés à bon port, nos protagonistes, rejoints par d’autres, font la rencontre d’un mystérieux médecin expatrié qui tente de trouver une solution rationnelle et cartésienne à un phénomène étrange : des êtres morts ne cessent de revenir à la vie et sont en proie au cannibalisme. Le médecin, assiste de manière impuissante à la dégustation de sa femme par des morts-vivants affamés. Par la suite, l’île est rapidement infestée de zombies. Les corps enterrés d’anciens soldats conquistadors espagnols se réveillent après plusieurs siècles et nos personnages ne manquent pas d’êtres attaqués et contraints à se défendre. Certains, dévorés atrocement, laissent leur vie, . Après diverses aventures, les seuls survivants comprennent à présent que le monde est menacé, les morts ont envahi le monde dont la ville de New York. La marche des zombies atteint le pont de Brooklyn et l’enfer des Zombies commence.

Doté d’un génie cinématique, Fulci nous entraîne dans ses pires craintes et cauchemars, égalant le chef-d’œuvre de Romero et se positionne comme le nouveau maître du cinéma de genre transalpin. L’enfer des Zombies est probablement l’un des films les plus violents et les plus aboutis du cinéma de genre, malgré plusieurs tentatives afin de relever le niveau. Depuis, les zombies sont devenus des sprinters hors pair et rares sont les cinéaste ayant pu atteindre la folie de Lucio Fulci, délaissant le côté cannibale amazonien à ses pairs comme Rugero Deodato ou Umberto Lenzi. Fulci persistera, après le succès de L’enfer des zombies dans des scénarios dotés d’une dimension infernale et glauque, parfois dénués de sens, avec morts vivants, meurtres atroces et effusions de sang. Sa trilogie infernale citée un peu plus haut, nous fait explorer les pires mythes horrifiques jamais réalisés auparavant. A noter également une bande-son imposante et prenante, composée par Fabio Frizzi. Ce dernier s’associera bon nombre de fois avec le cinéaste (L’au-delà, Frayeurs, Manhattan Baby…).

Hécatombe visuelle et horrifique, L’Enfer des Zombies est la source du mythe zombiesque du cinéma de genre, la pierre angulaire du cinéma Bis et sans doute l’un des chefs d’œuvres marquants de la fin des années 1970.

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