[CRITIQUE] « Driller Killer », réalisé par Abel Ferrara

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Un artiste peintre perd peu à peu ses esprits jusqu’à se transformer en tueur en série opérant la nuit dans les rues de New York armé d’une perceuse. Le jour, il ne se rappelle plus de ses escapades nocturnes…

Abel Ferrara a commencé sa carrière de réalisateur avec un film pornographique (Nine Lives of the Wet Pussy). Driller Killer est néanmoins considéré comme son premier « vrai » film, œuvre choquante qui aurait tellement plu à William Friedkin que ce dernier poussa la Warner à produire son long métrage suivant L’Ange de la vengeance, un autre slasher empruntant les codes du rape & revenge.

Driller Killer est un film sale (il a figuré dans la liste des Video Nasties jusqu’en 2002) a l’instar de Reno (interprété par Ferrara lui même), un Van Gogh des 70’s qui essaie tant bien que mal de survivre dans un New York underground, pauvre et violent qui partage des similitudes avec celui illustré par Lucio Fulci dans L’Éventreur de New York.

L’art et surtout l’artiste sont les thèmes majeurs de Driller Killer. Reno est un artiste qui veut vivre de sa peinture sans grande réussite, un peu comme l’a vécu Charles Manson avec la musique. L’escalade de sa folie est assez bien retranscrite pour que le spectateur puisse s’identifier au personnage principal. L’art est censé être gage de liberté mais c’est le seul moyen de revenu pour Reno. Pendant toute la durée du métrage, il travaille sur une peinture qu’il considère comme son chef d’œuvre, la recherche de la perfection se fait en parallèle de sa dégradation mentale. Il est en proie à des hallucinations qui sèment le trouble autour des meurtres qu’il commet. Sont-ils réellement de son fait ou se les approprient-ils comme sa manière de se libérer des contraintes que lui imposent son art et son quotidien?

Le milieu rudimentaire dans lequel il évolue ne l’aide pas non plus à s’émanciper. Quand des musiciens punks viennent s’installer à côté de chez lui, le bruit incessant des répétitions l’empêche de se concentrer, aussi sa compagne Carol ne se gêne pas pour lui venter les louanges du groupe voisin, qui contrairement à Reno, est populaire grâce à leur art. La goutte de trop est versée lorsque Carol le quitte pour le leader du groupe et que le marchand d’art rejette son tableau pour lequel il s’est donné corps et âme et qu’il a dédicacé à celle qu’il aime. C’est alors qu’après avoir perdu tout ce à quoi il pouvait encore s’accrocher qu’il va vriller pour de vrai et tuer son entourage, gardant le meilleur pour la fin dans une scène finale digne des plus glaçantes légendes urbaines.

La réalisation est en communion avec le paysage crade et urbain qu’elle capture. Elle a parfois des allures de film pornographique filmé dans un garage pourri à l’image de ces personnages atypiques, d’anciens hippies qui s’adonnent au libertinage ou encore au satanisme pour Reno, dans un espoir vain de liberté aussi basse soit-elle. American Psycho s’inspire énormément de Driller Killer, ces deux psychopathes ont des hallucinations dans lesquelles ils s’adonnent aux meurtres, leurs victimes sont des sans abris, mais les symboliques ne sont pas les mêmes. Notre Reno national s’en prend à ces hommes car ils sont ce qu’il pourrait devenir, des êtres abandonnés au plus haut point et dont le monde se fout. En les tuant il fuit cette vie compliquée et prend le contrôle de son avenir. On peut très bien considérer Patrick Bateman comme un artiste vu la façon dont il met en scène sa vie et bien que ce soient des personnages différents notamment par leur classe sociale, ce sont deux citoyens new-yorkais aux personnalités double le jour et la nuit, qui cherchent juste à survivre; qui s’évadent et dominent grâce au meurtre.

Conclusion

Un slasher viscéral et singulier du cinéma d’horreur underground.

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