[CRITIQUE] Double assassinat dans la rue morgue, réalisé par Robert Florey

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Tandis que le docteur Mirakle se livre à d’étranges expériences sur un gorille, des cadavres de femmes sont retrouvés dans la Seine. Un étudiant en médecine, Auguste Dupin, se charge de l’enquête.

Années 30, Etats-Unis. Le gothique, qui n’est pas un genre à proprement parler, devient petit à petit une référence majeure -aussi bien esthétique que scénaristique- pour les cinéastes de l’époque, et plus particulièrement pour ceux qui s’adonnent au cinéma de genre. L’horreur et le fantastique se délectent des bizarreries, contradictions, tabous et ambiances malaisantes du cinéma gothique. Né en prenant appui sur l’expressionnisme allemand –Murnau et Lang en ont fait un grand et brillant usage-, il repose aussi sur des codes scénaristiques très clairs. C’est la raison pour laquelle, avec ses atmosphères étranges et ses imaginations fantastiques, Edgar Allan Poe devient la marotte des réalisateurs américains de l’époque. Robert Florey livre ainsi une adaptation très libre de Double assassinat dans la rue morgue en 1932, Edgar G. Ulmer monte Le chat Noir en 1934 et Lew Landers s’attaque au Corbeau en 1935. Double assassinat dans la rue morgue amorce donc le cycle « Allan Poe » dans le cinéma des années 30, empreint d’une réalisation très caractéristique de cette époque.

Il est d’abord important de rappeler que l’adaptation que livre Florey de la nouvelle de Poe est très libre. On y retrouve le Paris façon 19ème siècle, les meurtres de femmes, une histoire de singe et son mythique personnage Auguste Dupin -détective créé par l’auteur qui reviendra dans plusieurs de ses œuvres suivantes. Pour le reste, c’est un peu du freestyle. Florey a fait un bon film académique, qui n’est pas d’une originalité fracassante. Comme mentionné précédemment, il s’inscrit dans la droite lignée de ses prédécesseurs comme Fritz Lang. Logique lorsqu’on sait qu’à la direction de la photographie se trouve Karl Freund, déjà présent sur les films Metropolis de Lang et Dracula de Tod Browning -très inspiré du Nosferatu de Murnau. L’esthétique y est, bien sûr, essentiellement gothique et l’on retrouve la géométrie tordue expressionniste, les jeux marqués entre ombres et lumières, les codes vestimentaires censés refléter l’intériorité des personnages -le méchant, dr Mirakle, tout de noir vêtu et les jeunes femmes drapées de blanc…

Le film s’inscrit dans cette lignée gothique, avec des scènes comme celle où le singe vient ravir une jeune femme, son ombre s’abattant sur elle, exactement comme l’ombre du comte Orlok s’abattait sur le corps de sa victime dans Nosferatu en 1922. On a l’impression d’assister à un joyeux mash-up entre Nosferatu, Frankenstein -ce qui n’est pas étonnant puisque Florey a été remercié du tournage du film et que Double assassinat dans la rue morgue lui a été offert à titre compensatoire- et une préfiguration de kingkong. Sympathique sans être transcendante, la suggestion reste pourtant de mise lorsqu’il s’agit de susciter l’effroi, dans une réalisation qui, même si elle tend parfois vers le ridicule, ne touche pas à la classe des canons du genre. L’ensemble reste donc moyen à cause de la faiblesse d’un scénario qui ne permet pas de renouveler les codes que Florey s’emploie à gentiment imiter. Petite mention pour Bela Lugosi, qui tient son rôle à merveille et porte le film de son mono-sourcil.

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