[CRITIQUE] « Don’t Breathe – La Maison des Ténèbres », réalisé par Fede Alvarez

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Don't Breathe

Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter leurs foyers. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Il y a maintenant un peu plus de trois ans, Fede Alvarez se révélait au monde en signant un premier film risqué, mais ô combien réjouissant: Le remake ultra-gore d’Evil Dead. Avec la bénédiction de Sam Raimi, son mentor, le jeune réalisateur Uruguayen a parfaitement su s’approprier, et retranscrire, l’esprit avec lequel le film culte de 1983 a été conçu. En refusant les effets spéciaux numériques, en dosant intelligemment ses jump-scares, et surtout, en filmant l’horreur sans demi-mesure, de façon frontale, Alvarez montrait déjà de grandes ambitions, ainsi qu’un véritable amour pour le cinéma d’horreur. Alors forcément, lorsque ce dernier annonce que son second long-métrage se fera à nouveau avec la collaboration de Sam Raimi, et qu’il mettra de nouveau en scène Jane Levy, une actrice bien trop sous-estimée, l’excitation a vite fait de grimper.

Don't Breathe

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Don’t Breathe tient toutes ses promesses. Mieux encore, il confirme qu’Alvarez est un véritable artisan de l’horreur, capable de s’approprier les codes du genre et de les transcender par une mise en scène inventive, qui, une fois de plus, ne s’impose aucune limite. D’un geste évidemment bien plus assuré (vous pourrez vous extasier devant un plan-séquence hallucinant), il va au-delà de la simple démonstration technique, et pousse le film jusqu’à l’expérience sensorielle, jouant avec les nerfs avec un sadisme jubilatoire. Le réalisateur a bien compris que l’horreur était aussi une affaire d’ambiance, ici poussée à un tel degré d’angoisse qu’elle coupe, littéralement, le souffle. Si on a de quoi s’interroger sur le sous-titre français qui l’accompagne, Don’t Breathe ne pouvait pas mieux nommer l’identité et les intentions premières du film. Éclairé d’une main de maître par Pedro Luque (Directeur photo de The Silent House), le film navigue entre plusieurs influences visuelles Wes Craven et son Sous-Sol de la Peur notamment), et se démarque par son jeu habile sur la lumière, ici au cœur de l’horreur et de l’une des meilleures séquences du film. S’il est moins outrancier qu’Evil Dead, et beaucoup moins sanglant, Don’t Breathe propose, néanmoins, une vision de l’horreur très crue, brutale, l’impact ne se faisant pas au niveau des « effets », mais à celui de l’imagerie, souvent extrême et jusqu’au-boutiste. Pour faire court: Si vous êtes sensibles, attendez-vous à être sauvagement secoués.

Quant à l’écriture, si elle reste narrativement assez « classique », c’est au niveau du fond qu’il est intéressant de la décortiquer. Accompagné par son co-scénariste Rodolfo Sayagues, Alvarez s’approprie les récurrences du home invasion afin de les détourner des clichés dans lesquels il est facile de tomber, et transforme peu à peu son film en un pur survival, impitoyable. Thriller, film d’horreur, survival, home invasion, Don’t Breathe englobe les genres et sous-genres dans un même tout, et puise dedans avec une générosité hors-normes. C’est ce qui fait son étonnante richesse, une richesse que l’on ne retrouve presque plus dans les productions actuelles. En somme, c’est une vraie bouffée d’air frais. Plus intéressant encore que cette fusion de genres, c’est le contexte social dans lequel les personnages évoluent, et ce qu’il raconte sur leur mode de vie. A l’instar d’It Follows, le film prend place à Détroit, autrefois une métropole grouillante, l’une des plus grandes villes des Etats-Unis, aujourd’hui en décomposition, presque abandonnée, et frappée par la pauvreté et le crime. Dans un tel décorum, le film gagne une profondeur supplémentaire en exploitant une autre forme d’horreur, celle du déclin urbain où il n’est désormais question que d’une lutte désespérée pour la survie, au détriment de toute valeur morale, de toute dignité.

Don't Breathe

Enfin, pour conclure, difficile de ne pas évoquer le casting sensationnel qui donne du cœur, et du sang, au long-métrage. Jane Levy y est tout simplement mémorable. Capable de tout jouer, elle livre ici la prestation la plus impressionnante de sa jeune carrière. Nul doute qu’avec plus de rôles de ce calibre, elle ira loin. Dans le coin opposé, le vétéran et méconnaissable Stephen Lang, aveugle, qui propose un jeu très nuancé, dont l’ambiguïté fait des ravages au niveau du tensiomètre. Une gueule et un physique taillés sur mesure pour un rôle robuste, auquel il donne une profondeur sensible, et malsaine. Ce qu’il faut retenir, au final, c’est que pour dix daubes réalisées par des incompétents, que l’on nous lance à la figure chaque année à coups de campagnes marketings foireuses, il y a parfois un Fede Alvarez, qui sort du lot et se tue à la tâche afin que le genre ne s’éteigne pas, et conserve cette splendeur qu’on lui connait, qui n’appartient pas seulement au passé. En cela, Don’t Breathe s’impose tout simplement comme le choc horrifique de l’année. Immanquable.

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