[CRITIQUE] «Darling», réalisé par Mickey Keating

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Darling

Une jeune femme solitaire est engagée pour garder une mystérieuse vieille bâtisse à Manhattan. Elle ne tardera pas à découvrir l’étrange passé de la maison et la réputation de celle-ci d’être hantée.

En 2011, Lauren Ashley Carter est révélée dans The Woman de Lucky McKee. 4 ans et un épisode de New York – Unité Spéciale plus tard, la jeune actrice est désormais dans tous les films de Mickey Keating. D’abord sur Pod, un thriller parano présenté au Marché du Film de Cannes en 2015, puis sur Darling, un hommage revendiqué aux films de Polanski, Kubrick et Goddard (rien que ça !).

Pour cette deuxième collaboration, le choix de la jeune actrice semble évident, tant son interprétation parfois excessive corrèle avec les vieux jeux d’acteur. Qu’ils s’agisse d’un choix conscient ou non, Carter incarnera très justement ce rôle de femme vulnérable et réservée. Le noir et blanc que revêtit l’intégralité du film participe lui aussi à l’aura recherchée. Les scènes d’extérieur dépeignent un New-York nostalgique, fidèle aux œuvres auxquels le film rend hommage. Un monochrome qui viendra sublimer les traits d’une actrice qui n’en a pas besoin. Bien qu’assister à une persécution psychologique est toujours plus attractif quand il s’agit d’une séduisante soubrette plutôt que d’un gros mec en slip.

Toujours dans le but de coller aux classiques qu’il cite, Darling se voit recardé au ratio 1.66:1 bien qu’il ait été tourné avec la RED, une caméra numérique. L’esthétisme occupe donc une place majeure dans ce thriller, d’abord via son casting, mais surtout dans les cadrages qu’opère Keating dans « le plus ancien immeuble de la ville ». Une demeure dont le sanglant historique nous est dévoilé dans les premières minutes par la propriétaire des lieux. Un passé qui comme Jack Torrance en son temps, n’effraiera pas une seconde « Darling » (qui ne se verra jamais appelé par son prénom).

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Si le talent de Keating est encore contestable, il n’en est rien du compositeur qui le suit depuis son premier film, Giona Ostinelli. Les compositions du suisse italien ponctuent chaque insertion de plans quasi subliminales et autres effets stroboscopiques. Un design sonore sur-mesure oppressant et immersif pour une série de plans saccadés, illustrant une folie grandissante. Les douces mélodies au piano et autres chansons romantiques ne cessent d’être interrompues par des sonorités stridentes et agressives. L’ambiance oscille sans cesse entre la quiétude que dégage le cliquetis d’une pendule et une tension provoquée par la sonnerie persistante du téléphone.

Aussi régulièrement que les changements de chapitres qui composent cette histoire, de larges plans de Manhattan rappelleront l’immensité d’une ville ou chacun est livré à sois-même. Le choix de ces vues récurrentes n’est pas laissé au hasard. Les plus anciens quartiers de la Grosse Pomme sont savamment cadrés afin de ramener cette dernière aux années 60, dans lesquelles se déroule l’histoire. Seules les voitures dans la rue, si on y prend garde, dénoteront quelque peu avec ce retour dans le temps.

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L’insécurité et ses conséquences sont au cœur d’une intrigue bel et bien présente. Le personnage du titre éponyme nous est présenté au moment de sa prise de fonction, on ne sait donc rien de son passé. Les effets d’une solitude imposée font directement penser à Répulsion. Le parallèle persistera lors de l’intervention d’un homme dans la vie de notre petite concierge. Le doute s’immisce alors entre la résurgence d’une expérience traumatisante et l’emprise de la résidence.

Les dialogues sont réduit au strict minimum et c’est du côté du design sonore et des composantes de l’immeuble que résidera des réponses. A commencer par une porte dont l’accès interdit exercera la fascination propre au danger. Un pendentif religieux et une citation latine s’imposeront à « Darling » comme des indices proférés par les lieux. Là encore, la référence subtile à Shining est renversée en une incitation à la folie, là où le proverbe en était la résultante dans le film de Kubrick. Le raffinement féminin est voué à s’entrechoquer avec les actes les plus macabres tandis que passé et présent viendront se confondre. Mais la mise en scène s’applique à ne pas perdre le public dans des séquences oniriques et le récit reste linéaire et structuré. Peut être même un peu trop au vu du nombre de chapitres divisant ces 76 minutes.

Comme à son habitude, l’inévitable Larry Fessenden viendra faire un petit coucou dans un rôle très secondaire. Évidemment producteur exécutif de Darling,  le new yorkais poursuit ses caméos dans l’horreur indé et continu ainsi de faire acte de présence dans la filmographie de Keating.

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Avec un réalisateur qui sait de quoi il parle et ne confond pas hommage et copie, Darling réussit à exister par soi-même. Une petite réussite dans le cinéma d’horreur indépendant, qui n’évite pas quelques défauts inhérent à l’expérimental. Aux antipodes d’une œuvre mainstream, la dernière collaboration Keating-Carter ne risque pas d’attirer les foules. Sa forme se confrontera à de nombreux réfractaires. D’apparence rétro le résultat est pourtant rafraîchissant dans un ciné indé dont l’ambition n’égale pas toujours sa liberté créative.

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