[CRITIQUE] « Dans le noir », réalisé par David F. Sandberg

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Dans le Noir

Enfant, Rebecca était terrifiée par le noir. Une fois partie de chez elle, elle croit avoir enfin dépassé ses frayeurs enfantines. Désormais, c’est au tour de son petit frère Martin de subir le harcèlement des phénomènes surnaturels qui lui ont fait perdre la raison : une créature malfaisante hante à nouveau les murs de la maison et semble, d’une étrange manière, liée à leur mère Sophie. Rebecca comprend alors l’urgence de la situation et redoute l’imminence du danger qui surgit dans le noir…

Que se passe-t-il lorsqu’un petit court-métrage décide de passer au long, porté par l’immense machine Hollywoodienne ? Lights out, l’effrayant court-métrage qui avait retourné le web en 2014 avec plus de 20 millions de vues, n’aura pas manqué de marquer les esprits. On y faisait la rencontre d’une femme seule qui, sur le point de se coucher, distingue une ombre se détacher du noir… Deux ans plus tard, David F. Sandberg reprend les ingrédients de son succès avec Dans le noir (à ne pas confondre avec In the dark (don’t breathe) de Fede Alvarez), version longue d’un bijou dont le format était idéal. Car David F. Sandberg, malgré la maîtrise de l’effroi dont il fait montre, se perd un peu dans un scénario bourré de poncifs censés remplir le creux des minutes qui s’allongent.

Dans le Noir
© Warner Bros

En allant voir des films de genre, on cherche tous, d’une façon ou d’une autre, à convoquer des peurs, des démons ou constructions inconscientes; et ceux qui fonctionnent le mieux auprès du public sont souvent ceux qui font appel à l’inconscient collectif. Dans le noir ne manque pas son coup de ce côté là et devrait plaire, malgré le maigre budget de 5 millions de dollars avec lequel le film a été réalisé, à un grand éventail de personnalités. En faisant appel à la peur commune (et panique) du noir, qui ravive de douloureux souvenirs enfantins, David F. Sandberg réactive des frayeurs enfouies, et mieux encore : car ce qui nous rassure, quand on a peur, c’est de se dire que rien n’est vrai, qu’on imagine tout, qu’on est irrationnels; Dans le noir tente au contraire d’amplifier la peur en lui donnant une explication rationnelle, presque scientifique. Il tente, seulement, car les incohérences du scénario dévorent une réalisation qui aurait pu être géniale.

En effet, au début du film, on ne sait absolument rien sur cette présence qui assassine et hante sans raison. Et là, la formule est efficace : jump scare à point, silhouette terrifiante et bruitages craquelants nous clouent au fond du siège. Malheureusement, David F. Sandberg  ne se contentera pas de cette formule qui, s’il l’avait conservée, aurait permis au film de gagner en substance. Là, il sacrifie l’ignorance terrifiée au profit d’une explication farfelue, mi-mystique mi-scientifique, qu’il laisse découvrir au spectateur d’une façon totalement incohérente : Rebecca tombe, comme par hasard, sur un énorme carton contenant toutes les informations à propos de cette présence maléfique. Elle s’avère en fait être le fantôme d’une femme, Diana, qui était atteinte d’une maladie l’empêchant de s’exposer au soleil et qui serait morte suite à une expérience ratée. Elle serait alors revenue hanter sa seule amie, la mère de la famille. Un peu faiblard, et franchement pas convaincant. De plus, David F. Sandberg saupoudre ces inconsistances d’une couche de gnan-gnan tout à fait insupportable, qui atteint son apogée à la toute fin du film lorsque Rebecca se blottit, sauvée, dans les bras de son mec et qu’ils se susurrent mutuellement à l’oreille : « On ne s’abandonnera jamais, il ne faut jamais s’abandonner ».

Dans le Noir
© Warner Bros

Pourtant, ces personnages stéréotypés (mère folle, gamin effrayé, grande soeur bombasse) et invincibles, cette morale en sucre et ces explications abracadabrantesques sont tout juste sauvés par une réalisation très bien rythmée, qui n’en fait jamais trop, et par une bande-son géniale signée Benjamin Wallfisch, qui se passe parfaitement de l’image pour terrifier. Les séquences jouent habilement sur l’ombre et la lumière, dans l’immensité d’un espace qui tour à tour provoque le soulagement quand rien ne s’y passe, et l’effroi dès qu’une présence vient l’habiter.

Globalement, l’impression reste mitigée. Si le court-métrage était brillant, le long parvient tout juste à être bon, jonglant de manière presque schizophrénique entre un scénario bourré de clichés et d’inconsistances, et une réalisation pulsée bien comme il faut. On sort tout de même rincés par les coups de chaud, avec, au fond de la gorge, un petit-arrière goût de regret…. En espérant que la suite sera meilleure !

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