[CRITIQUE] « Calvaire », réalisé par Fabrice Du Welz

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Marc Stevens est un jeune chanteur de charme pour personnes âgées qui, après un gala dans un village des Ardennes belges tombe en panne en pleine forêt et, guidé par Boris, un jeune homme étrange, aboutit à l’auberge tenue par Bartel. Celui-ci voit en Marc une « réincarnation » de son ex-femme Gloria et séquestre, viole, tond et enlaidit Marc afin qu’il ne soit pas une tentation pour les hommes du village proche, un village misérable où ne semblent habiter que des hommes et qui, pour assouvir leurs besoins sexuels, profitent des voyageurs occasionnels ainsi que des animaux qu’ils possèdent.

Le Calvaire est synonyme emprunté à la tradition chrétienne, celui de Jésus, fils de Dieu, contraint de souffrir et de porter sa croix afin d’y mourir sur le mont Golgotha en y attendant sa résurrection. À l’instar du prophète de Nazareth, Marc Stevens, le personnage principal du film voit son chemin de croix dans les marécages boueux des Ardennes, pourchassé par une horde sauvage de villageois en soif de sexe et de sang. Le Calvaire, c’est le changement opéré, le choc que va engendrer chez Marc : un nouvel homme prêt à accepter sa souffrance et donner raison à ceux qui l’ont séquestré. Marc se reconnaît en Gloria, la femme perdue de Bartel, vieillard sénile qui aux besoins de se remettre sur pied, préfère voir en Marc le retour en fanfare de sa femme qu’il rêvait tant de retrouver, mais les villageois sont là, présents, ils convoitent aussi son retour, c’est alors qu’une débauche de folie s’opérera au sein de ce village perdu ou règne la solitude, la frustration, la zoophilie et la convoitise, Bartel paiera de sa vie cette convoitise tandis que Marc mourra un temps et ressuscitera en un être changé.

Premier long-métrage du cinéaste belge Fabrice du Welz, ce dernier s’initie à l’horreur viscéral et choc en s’appropriant son hommage personnel à Massacre à la Tronçonneuse de 1974. Adepte du cinéma de genre européen explorant les pires psychoses, le cinéaste poursuit sa carrière en 2008 avec Vinyan, un thriller efficace moins marquant, tourné dans les contrées lointaines de la Thaïlande, essuyant par la suite un puisant échec avec Colt 45 (2014) thriller policier produit par Thomas Langmann avec Joey Starr et Gérard Lanvin. L’ambiance y est électrique, le cinéaste finit par claquer la porte suite à de trop nombreux désaccords et fâché avec certains de ses acteurs, le film est finalement terminé par Frédéric Forestier (Le Boulet, Stars 80). Profondément marqué par cette expérience, il revient au-devant de la scène afin d’écrire et réaliser Alléluia, thriller horrifique dans la même veine que Calvaire, marquant le retour de son acteur fétiche Laurent Lucas, sorte de relecture sanglante de l’histoire vraie des célèbres « tueurs aux petites annonces » ayant sévi dans les années 1940. L’exception n’enfreint pas la règle, le cinéaste Belge s’envole pour Hollywood où cette fois-ci il donne la réplique à Chadwick Boseman (Black Panther) dans Message From the Queen, narrant l’histoire d’un jeune Sud-africain mettant à profit sa vengeance dans les rues de Los Angeles.

Si le film se contente d’un scénario minimaliste au possible, il est un puissant hommage au rape and revenge et au survival horror, longtemps réservé au cinéma de genre américain, c’est donc l’une des rares et premières fois que l’on verra le cinéma de genre européen à l’oeuvre, notamment avec un sinistre décor, une région peu rassurante et tortueuse que représentent les Ardennes belges, le personnage n’est autre qu’un pion prit au piège par un groupe de villageois frustrés et abandonnés de tous, ce film rappelle fortement le film de John Boorman de 1972 Délivrance, et surtout Massacre à la Tronçonneuse à travers un clin d’œil mémorable qu’est la scène du dîner rappelant le supplice de Sally, l’héroïne principale interprétée par Marilyn Burns aux mains de la famille dégénérée de Leatherface. Le réalisateur déclarera trouver sa source d’inspiration à travers le film La Traque (1975) réalisé par Serge Leroy.  Les plans et éclairages rappellent l’intensité des films de Gaspar Noé, le directeur de la photographie Benoît Debie, s’étant illustré dans l’une de ses expériences fatidiques avant d’éclairer la quasi-totalité des films de Gaspar Noé (Irréversible, Enter The Void, Love) et connaîtra sa consécration à Hollywood notamment avec le film Spring Breakers (2013)

Laurent Lucas, personnage principal du film livre ici une prestation hors norme, longtemps cantonné aux seconds rôles, il représente un personnage livré à lui-même, naïf, timide, inoffensif et réservé, il sillonne les routes et autoroutes à bord de sa camionnette, il chante pour de vieilles dames, leur transmet l’amour et l’espoir. Tombé par hasard dans une auberge suite à la panne de sa camionnette, il est finalement pris d’amitié avec Bartel, le propriétaire des lieux, ce dernier finit par le séquestrer, le torture et le viole.

Devenu une petite icône du cinéma de genre français, Laurent Lucas sera aperçu sobrement dans bon nombre de films mêlant drame et horreur notamment avec Dans ma Peau (2002) de Marina de Van, un dangereux psychopathe dans Alleluia (2015) toujours réalisé par Fabrice du Welz et sans oublier Grave (2016) de Julia Ducournau où il interprète le père embarrassé de deux adolescentes en proie au cannibalisme.  Jackie Berroyer, habitué à la comédie française, livre ici une prestation envoûtante, déviante et hallucinante, confirmant son talent et jeu d’acteur très réaliste. À noter aussi l’apparition de Brigitte Lahaie, actrice connu dans le milieu du cinéma érotique français ainsi que l’acteur Philippe Nahon, longtemps cantonné à des rôles sombres et névropathes (Haute Tension, MR73, Seul contre tous, Irréversible)

Calvaire est un film angoissant, malsain, il est devenu au fil des années, une pierre angulaire du cinéma de genre franco-Belge, son réalisateur, Fabrice du Welz signe ici son premier et marquant film de genre de toute sa carrière, déviant et qui vous prend aux tripes, Calvaire est un chef-d’oeuvre, une renaissance d’un genre longtemps enfoui et à découvrir pour n’importe quel cinéphile.

Calvaire
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Conclusion

Calvaire est un film angoissant, malsain, il est devenu au fil des années, une pierre angulaire du cinéma de genre franco-Belge, son réalisateur, Fabrice du Welz signe ici son premier et marquant film de genre de toute sa carrière, déviant et qui vous prend aux tripes, Calvaire est un chef-d’oeuvre, une renaissance d’un genre longtemps enfoui et à découvrir pour n’importe quel cinéphile.

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