[CRITIQUE] « Blair Witch », réalisé par Adam Wingard

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Blair Witch

James et un groupe d’amis décident de s’aventurer dans la forêt de Black Hills dans le Maryland, afin d’élucider les mystères autour de la disparition en 1994 de sa sœur, que beaucoup croient liée à la légende de Blair Witch. Au départ, les jeunes étudiants s’estiment chanceux en tombant sur deux personnes de la région qui leur proposent de les guider à travers les bois sombres et sinueux. Mais tandis qu’ils s’enfoncent dans la nuit, le groupe est assailli par une présence menaçante. Peu à peu, ils commencent à comprendre que la légende est bien réelle et bien plus terrifiante que ce qu’ils pouvaient imaginer…

Il n’y a pas si longtemps, Karim Debbache a dédié l’une de ses chroniques à Paranormal Activity. Avec la pertinence qu’on lui connait, il a admirablement démontré les limites du film, qui n’était, au final, rien d’autre qu’un simple coup marketing, bien orchestré, et assez malin, il faut le reconnaître. Par la même occasion, il a donné une définition très lucide et pertinente sur la mode du found-footage: « Quelques exemples d’énormes succès ont pu laisser penser qu’il suffisait de donner une caméra pourrie à un acteur médiocre, pour que tout le monde se précipite en salles s’extasier devant des images moches, cadrées avec le cul« . Et si je m’autorise cette citation, c’est parce qu’elle résume, à mon sens, tout ce qui ne va pas dans ce nouveau Blair Witch.

James (James Allen McCune, r.) und Peter (Brandon Scott) stützen Ashley (Corbin Reid)

Mais avant de continuer, je tiens à faire une précision importante, qui n’engage bien évidemment que moi: Je n’aime pas le Projet Blair Witch. Je pense très sincèrement que c’est un très mauvais film, qui ne mérite ni son succès, ni sa réputation. De son dispositif jusqu’à la peur paranoïaque qu’il essaie d’installer, tout sonne faux, fabriqué, et programmé. Ce qui est plutôt ironique pour un film dont l’efficacité repose presque exclusivement sur sa capacité à rendre son sujet le plus crédible possible. Loin d’être l’un de ses précurseurs, il n’a fait que remettre le concept du found-footage sur le devant de la scène, et vu le spectacle auquel je viens d’assister, je ne suis pas sûr que l’on doive le remercier pour cela.

Pour commencer, où se situe réellement ce nouveau film? Ce n’est ni plus, ni moins, qu’un remake déguisé en suite, qui reprend à peu près le schéma de son modèle, pour le tordre à sa façon. L’occasion pour Wingard de s’approprier la franchise, de tenter de nouvelles choses, et d’y apporter une nouvelle grille de lecture? Non, évidemment, ce serait trop beau. Si vous avez vu le premier film, vous avez vu celui-ci. Et je n’exagère même pas. La seule chose qui différencie les deux œuvres, c’est la volonté de multiplier, de façon presque risible, le nombre de caméras présentes sur les lieux (drone, oreillettes, caméra de surveillance, caméscope, appareil photo, etc), et de transformer un spectacle minimaliste qui, dans sa misère, essayait d’être inventif avec presque rien, en festival de jump scares qui vous sautent au visage toutes les cinq minutes. Il serait vraiment temps que l’on arrête d’essayer de nous faire croire que la peur au cinéma se résume à faire sursauter ou hurler le plus de spectateurs possible. Ce n’est pas effrayant, ce n’est pas amusant, ce n’est pas sensationnel, c’est juste excessivement pénible.

Blair Witch

Quel constat peut-on alors faire sur le found-footage? C’est tout simplement une mode dépassée, un concept surexploité au point qu’il ne trouve de la vivacité que dans la surenchère. Et le problème de cette surenchère, c’est qu’elle brise les intentions de réalisme du dispositif, qui n’a alors aucune raison d’être. Elle vient directement parasiter des récits de plus en plus vides, génériques, et incapables de développer la moindre idée neuve. Elle pousse les personnages à agir de façon complètement illogique et irrationnelle, et surtout, elle complique la justification de la présence de caméras entre leurs mains. Dans Blair Witch, les défauts et les limites du found-footage sont tellement criants que le film ressemble très souvent, malgré lui, à une parodie de son modèle. Et c’est pour cette raison que cette suite est un lamentable échec, que l’on aura vite fait d’oublier, et qui, pour le coup, mérite la claque qu’elle s’est prise aux box office américain. La seule chose que l’on peut espérer de ce film, c’est qu’il emporte le found-footage avec lui dans sa tombe, et que l’on n’en entende plus jamais parler.

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