[CRITIQUE] Be My Cat: A Film for Anne, réalisé par Adrian Țofei

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Pour convaincre Anne Hathaway de jouer pour lui, un jeune homme roumain plein d’ambition décide de filmer la préparation de son film et pour ce faire il est prêt au sacrifice ultime.

Be My Cat: A Film for Anne est le premier long métrage du réalisateur roumain Adrian Țofei. Il joue non seulement le personnage principal mais est également derrière la production, le montage, le scénario, le son, bref Be My Cat est un projet très personnel, a noté qu’il est tourné comme un found-footage ce qui explique certainement l’omniprésence du réalisateur. Le film a été plébiscité par de nombreux festivals, on parle même d’une révolution pour le sous genre du found-footage et je ne peux qu’approuver. Fait amusant, l’idée de ce film d’horreur vient d’un sketch qu’avait fait le réalisateur dans son one man show The Monster en 2013.

Le film est tourné à la première personne. On suit le personnage principal du début à la fin qui est clairement un psychopathe, appelons un chat un chat (tavu la blague). L’acteur/réalisateur fait de l’excellent travail pour retranscrire la folie du personnage en passant par des rires psychotiques et des monologues glauques sur fond de musique roumaine révolutionnaire. Il est d’autant plus inquiétant sachant que des célébrités comme Anne Hathaway, par qui le réalisateur fictif est obsédé depuis qu’il l’a vue dans The Dark Knight Rises (il fait partie de cette espèce peu courante), ont sûrement déjà eu affaire à ce genre de fan hardcore. C’est donc un personnage à la fois intéressant, on apprend des choses sur lui qui permettent « d’expliquer » sa folie et de créer une forme d’empathie malsaine, et à la fois angoissant par son ambiguïté.

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Be My Cat: A Film For Anne est un film d’horreur très éprouvant et déstabilisant. Les scènes qui nécessitent de l’horreur graphique sont suggérées de manière très intelligente. Le personnage qui s’imagine parler à Anne à travers sa caméra explique ce qu’il compte faire à ses victimes, bien qu’il ne les considère pas comme telles, mais ne nous le montre pas. L’absence de gore ou de scènes trash au sens visuel du terme n’est pas un problème, ce à quoi on assiste est plus que suffisant. J’ai eu mal au cœur lors des séquences qui impliquent le réalisateur et les actrices, je ne cessais de me dire que j’aurais pu être à la place de ces filles, c’est à ce point que la frontière entre la fiction et la réalité est brouillée. Les réactions des jeunes femmes lorsqu’elles se rendent compte dans quel enfer elles sont ne sont pas surjouées, elles sont si naturelles que s’en est très troublant à regarder.

Ce malaise que procure le film n’aurait pas été possible s’il n’avait pas été réalisé sous forme de found-footage et Adrian Tofei l’a très bien compris quand on lit ses interviews. Le réalisme du film est glaçant, tellement immersif que j’en suis venue à me demander si je n’étais pas en train de regarder un snuff movie. C’est un film d’horreur parfaitement orchestré qui utilise le concept du found-footage à bon escient, un vent d’air frais dans le genre. Toute l’horreur est invoquée par les situations affreuses créées par le personnage principal. Ce dernier vacille entre le fou et le réalisateur, la différence entre les deux étant extrêmement floue cela rend le spectateur très inconfortable et le spectacle est effrayant au possible.

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Pour un premier film, celui ci a très peu voire aucun défaut. On pourrait reprocher une certaine longueur aux scènes qui incluent Bobby (il n’a pas de prénom mais j’ai envie de varier le vocabulaire) dans la rue faisant jouer ses actrices même si ces scènes participent au build-up du personnage et font arriver crescendo le moment où il pétera son câble. Le réalisateur a su varier les situations lorsque Bobby teste les performances de chaque actrice, dont une qui  nous laisse sur notre faim car elle aurait pu avoir un impact différent et plus important sur la tournure des événements. Il soulève également quelque chose d’intéressant sur l’idée même de faire un film (un film dans un film trop fort) qui dans ce cas provoque une frustration avantageuse à l’horreur recherchée. À plusieurs reprises, Bobby qui est en plein coït meurtrier rencontre des personnes randoms et personne n’agit. Pourquoi? Parce qu’il tourne un film. La fin de Be My Cat est particulièrement réconfortante par rapport aux quarts d’heure de souffrance psychologique que le film offrait jusque là. En effet, on se rend compte qu’Adrian Tofei n’a pas voulu faire un film d’horreur pour choquer mais pour capter une certaine essence et complexité de l’humain.

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