[CRITIQUE] « American Nightmare », réalisé par James DeMonaco

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American Nightmare

Dans une Amérique rongée par la criminalité débridée et des prisons surpeuplées, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles, meurtres inclus, soient légalisées. La police ne peut intervenir. Les hôpitaux suspendent leurs services. Une nuit durant, les citoyens sont à même de définir leurs propres règles, et de faire leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Au cours d’une telle nuit hantée par la violence et le crime, une famille va devoir faire un choix – bourreau ou victime ? – face à un inconnu venu frapper à sa porte.

Jason Blum est un jeune producteur qui, depuis la fin des années 2000, enchaîne les records de rentabilité, grâce à la prolifération de « produits-buzz » aux succès colossaux au box office, tels que les opus de la saga Paranormal Activity, Insidious en 2011, le triomphe Sinister l’an dernier, et cette année, pas moins de 5 films (The Bay, Dark Skies, Insidious 2, American Nightmare, The Lords of Salem).

C’est aujourd’hui American Nightmare qui nous intéresse. Pour financer ce projet, l’heureux producteur s’est associé à la firme Platinum Dunes, créée par Michael Bay. Intitulé The Purge en VO, ce « petit » thriller horrifique, réalisé par James DeMonaco, fut un véritable carton outre-Atlantique il y a quelques semaines, auréolé d’un premier week-end à 30 millions de dollars, pour un budget très (très) modeste de 3 millions.

American Nightmare

American Nightmare, thriller d’anticipation, nous plonge dans une Amérique qui a résolu ses problèmes de chômage et d’insécurité en employant la manière forte. Dans un futur très proche (2022), une fois par an, l’espace d’une demi-journée, baptisée « la purge », les citoyens sont autorisés à évacuer leurs pulsions négatives pour détruire, piller et même tuer son prochain. Si le concept politiquement incorrect est plutôt salvateur sur le papier, et ouvert à un large public qui va au-delà des simples amateurs d’épouvante – les femmes notamment, séduites par le sous-texte sociétal du film, se sont ruées en masse dans les salles aux Etats-Unis – la déception à l’écran n’en est que plus cruelle.

Premièrement, car le postulat transgressif ne donne finalement lieu qu’à un énième home invasion movie hollywoodien, à ranger dans le même placard que Panic Room, Otage, Martyrs… et bien évidemment Chiens de Paille, le chef d’œuvre viscéral de Sam Peckinpah qui a lancé le genre aux Etats-Unis.  La fameuse fable moraliste attendue et la dimension contre-utopique sont abordées timidement durant l’introduction avec des prises de vues sous forme de reportages TV, les questions juridiques, morales, sociétales, religieuses (la société dirigée par un culte) y sont traitées très succinctement, voire bâclées, et American Nightmare ne transpire jamais, n’atteignant quasiment à aucun moment les hauteurs de son ambition.

American Nightmare

Secondo, car le second long métrage de James DeMonaco, quatre ans après le calamiteux Little New York (déjà avec Ethan Hawke), ne véhicule aucune tension, aucun enjeu dramatique décent, aucune forme de suspense, les rebondissements y sont prévisibles, les situations téléphonées, les comportements des personnages – archétypes – incompréhensibles, voire débiles : le bad guy incarné par le jeune Rhys Wakefield, sosie cheap de Jean Sarkozy, aux airs du Joker de Nolan et d’Alex, célèbre héros Kubrickien d’Orange Mécanique, qui épargne le héros, la teenager énamourée qui condamne les actes de son père, jugés immoraux, quitte à se mettre en danger de mort, le préado un peu geek qui ouvre les portes de sa demeure à un clochard en pleine purge, et enfin, la voisine déjantée qui supplie une mère de famille de la tuer après l’avoir lourdement menacée !!!.

La mise en scène de James DeMonaco est hélas également à déplorer. Cadré avec les pieds, American Nightmare ne permet à aucun moment de frissonner, ni même d’être en symbiose avec les personnages ou angoissé par leur destinée. La lumière, très sombre, ne transcende pas les images et perd la plupart des spectateurs en chemin. DeMonaco, également scénariste de Assaut sur le central 13 réalisé par le frenchy Jean-François Richet, pousse le vice jusqu’à remaker son propre film dans le dernier acte, avec l’intrusion des énergumènes menaçants à l’intérieur de la bâtisse.

Seules les prestations de Ethan Hawke & Lena Headey, qui se démènent comme ils peuvent, quelques séquences silencieuses, sans musique, et le travail de la chef costumière Lisa Norcia (les tueurs affublés de masques de femmes et munis de haches, machettes et mitraillettes, chouette trouvaille), permettent d’éviter la débâcle en donnant le change.

American Nightmare
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Conclusion

Produit par le désormais hypercôté Jason Blum, en association avec Platinum Dunes, la société fondée par Michael Bay spécialisée dans les remakes de films horrifiques, American Nightmare porte un titre original – The Purge  – malheureusement tristement prophétique.  D’un axiome de départ vraiment racoleur n’émerge en fin de compte qu’un home invasion de plus.

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