[CRITIQUE] « American Nightmare 4 : Les Origines », réalisé par Gerard McMurray

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Pour faire passer le taux de criminalité en-dessous de 1% le reste de l’année, les « Nouveaux Pères Fondateurs » testent une théorie sociale qui permettrait d’évacuer la violence durant une nuit dans une ville isolée. Mais lorsque l’agressivité des tyrans rencontre la rage de communautés marginalisées, le phénomène va s’étendre au-delà des frontières de la ville test jusqu’à atteindre la nation entière.

5 ans après le premier volet de la franchise Blumhouse, l’Amérique replonge dans le chaos pour un (ultime ?) volet qui sert de prequel aux trois premiers. Exit James DeMonaco, qui signe tout de même le scénario, et bienvenue à Gérard McMurray. Que vaut ce quatrième opus vendu comme politique et polémique ? Réponse dans notre critique, garantie sans aucun lien avec le parti des « Nouveaux Pères Fondateurs ».

La dystopie initiée en 2013 par Jason Blum et James DeMonaco permet, de par sa nature de dystopie, d’explorer tous les visages de l’Amérique par le prisme de l’horreur. Le premier – American Nightmare – reprenait le principe du home invasion tout en justifiant sa violence via l’expérimentation. Le deuxième – American Nightmare 2 : Anarchy – plongeait un citoyen dans un quartier pris par la Purge. Enfin, le troisième – American Nightmare 3 : Elections – replongeait les personnages du 2 dans un rapport d’invasion inversé et surtout beaucoup plus politisé, élections américaines obliges. Ce quatrième volet est clairement dans la même veine puisqu’il raconte la première Purge qui se déroule sur une île proche de New-York City et dans un quartier à la population pauvre, majoritairement de couleur. Vous rajoutez des caïds, des mercenaires et des masques et vous obtenez le brûlot anti-Trump et ultra-violent voulu par Blumhouse.

L’écriture est clairement le point faible du film. L’introduction des personnages est beaucoup trop longue que ce soit du côté des Purgés comme du côté des Purgeurs. On part du principe qu’un parti prônant la défense de la Nation accède au pouvoir et va utiliser la Purge comme manœuvre politique. Tout cela avec une bienveillance des médias proche d’applaudir les massacres et exactions comme un soutien de la population, désireuse de gagner de l’argent. Là où le film prend une tournure intéressante, c’est quand il quitte les sentiers prévus pour charger Trump et ses soutiens sans aucune honte. Si le premier meurtre respire le cliché afro-américain à plein nez (comme le premier sang versé), la Purge en elle-même copie les images malheureusement célèbres des défilés pro-White qui ont secoué l’Amérique post-Obama. On oublie rapidement les identités des héros et anti-héros pour basculer, en théorie, de tout coeur avec eux. Il y a de la violence graphique, des moments assez tendus et suffisamment de révélations pour captiver. Comme avec tout film d’American Nightmare, voire même de Blumhouse en général, les moments plus calmes se révèlent au-mieux drôles au pire insipides et inutiles.

Après trois films, James DeMonaco a laissé sa caméra au petit nouveau Gérard McMurray et cela n’est pas un choix anodin. Si sa filmographie n’est pas fournie, un film retient l’attention : Fruitvale Station; qu’il a produit. Dans le film de Ryan Coogler (Black Panther), on suivait Oscar Grant (Michael B. Jordan de Creed) dans les 24 heures précédent sa mort, assassiné par des policiers américains. On peut voir ce quatrième American Nightmare comme la réponse qu’aurait eu la communauté dont est issu Oscar Grant si elle avait eu armes et carte blanche pour se venger. Election de Donald Trump oblige, les policiers ont des looks de miliciens nazis avec tatouages, cheveux blonds et casques façon Jin-Roh – La brigade des loups. On retrouve par moment des plans comme sortis du jeu vidéo Wolfenstein. La caméra est souvent posée, rarement nerveuse avec un jeu sur les lumières et le son qui favorise le jump scare. Cette tare propre aux productions Blumhouse est ici réduite à peau de chagrin. L’accent est clairement mis sur la façon qu’à cette communauté à réagir à la Purge plus-qu’à copier la trilogie originelle. L’ambiance est plus urbaine et surtout plus hip-hop notamment via la bande originale du film qui mêle Lil Jon, Offset et 2Chainz, Kendrick Lamar, Rich The Kid, Desiigner ou encore les prodiges de Rae Sremmurd. A nouveau, on commence par des clichés sur la musique afro pour finir sur des chants d’émancipation et de libération.

Comme dans tout American Nightmare, le casting mêle acteurs connus et moins connus. Après Ethan Hawke et Lena Headey, puis Frank Grillo, c’est Marisa Tomei (The Wrestler, Spider-Man Homecoming) qui est la tête d’affiche et surtout le visage de la Purge. Un choix intéressant mais clairement sacrifié sur l’autel de l’action et de la violence. Elle constituait le point de repérage pour le spectateur, elle n’est qu’un visage parmi d’autres. Du côté des participants de la Purge, rien de neuf, on retrouve l’héroïne forte tête, le boulet de service et le bad boy tout en muscles et en armes. C’est peut être ce point qui rapproche ce quatrième opus des autres films de la franchise.

S’il n’apporte rien de neuf sur sa forme, American Nightmare 4 : Les Origines propose une variation différente du thème ô combien éclusé de la Purge : une variation plus politique, plus sociétale, plus viscérale aussi. En somme, une variation des mutations que connait l’Amérique actuellement et de ce qu’elle pourrait devenir dans un futur proche et moins dystopique.

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