[CRITIQUE] « American Guinea Pig : Bouquets of Guts and Gore », réalisé par Stephen Biro

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Deux jeunes femmes sont séquestrées par un groupe de réalisateurs de snuff movies agissant pour le compte d’une mystérieuse organisation.

Produits entre 1985 et 1990, les six métrages (en réalité sept si l’on prends en compte le segment Guinea Pig : Slaughter Special produit en 1988 et proposant un best-off des meilleurs moments des quatre premiers films de la série) de la saga japonaise des Guinea Pig, s’imposèrent rapidement, notamment à travers le marché de la VHS, comme une référence incontournable de la cinéphilie déviante, de part les extrémités montrées à l’écran. Si l’intention initiale du dessinateur de mangas horrifiques Hideshi Hino, créateur de la série et de son concept, était de transposer sur pellicule son univers macabre, la saga connut une pluralité de tons, au gré des réalisateurs qui s’attelèrent aux différents épisodes, du voyeurisme crasse avec le premier segment Guinea Pig Devil’s Experiment (1985), au film de torture (le second volet Guinea Pig 2 : Flowers of Flesh and Blood, 1985) en passant par le gore teinté d’humour noir (Guinea Pig 3 : He Never Dies, 1986, Guinea Pig 5 : Android of Notre Dame, 1989 et Guinea Pig 6 : Devil Woman Doctor, 1986) jusqu’à la décomposition envisagée de manière poétique et romantique dans Guinea Pig 4 : Mermaid in the Manhole réalisé en 1988. Immanquablement, comme dans beaucoup de séries de films, la qualité se trouve être légèrement bancale. Si les épisodes 3, 5 et 6 peuvent se révéler divertissants, Devil’s Experiment, Flowers of Flesh and Blood ainsi que Mermaid in the Manhole (ces deux derniers ayant été réalisés tous les deux par Hideshi Hino) ressortent très clairement du lot. Le premier raconte le calvaire d’une jeune femme capturée par un groupe d’hommes, préfigurant de manière troublante celui, bien réel, subie par Junko Furuta en Novembre 1988, séquestrée et torturée à mort par de jeunes garçons. L’affaire judiciaire qui suivit la découverte du corps eu un retentissement nationale dans le pays et en particulier dans les médias. Le second se focalise sur la torture filmée de manière chirurgicale d’une jeune femme capturée par un psychopathe grimé et coiffé d’un casque de samouraï. Surpassant The Devil’s Experiment en terme de débordements sanglants, ce second volet inaugure également l’aura de souffre de la saga après que l’acteur américain Charlie Sheen, après avoir visionné une copie du film, l’envoya au F.B.I, persuadé d’être en possession d’un réel snuff movie.

Quant à Mermaid in the Manhole, constituant probablement le tout meilleur opus des Guinea Pig, il s’impose comme le récit tragique et monstrueux d’une idylle impossible entre un peintre et une sirène. Cette dernière, recueillie au sein de l’appartement du peintre initie une lente décomposition, qui ne manquera pas de rappeler aux amateurs les visions organiques et poétiques chères à Lucio Fulci ou à Jorg Buttgereit. Interrogeant de manière très claire le rapport du spectateur aux images violentes dés lors qu’elles sont expurgées d’un cadre médiatique ou encore d’un côté comique instaurant par là même une distanciation rassurante – essentiellement en ce qui concerne les deux premiers films – en ce qui concerne , la saga Guinea Pig s’est ainsi imposée tel un maître étalon du cinéma trash japonais, bien que rapidement dépassée en outrances par Tumbling Doll of Flesh de Niku Daruma (1998) ou encore plus récemment par Grotesque de Koji Shiraishi (2010), qui reprend d’ailleurs un schéma analogue à Flowers of Flesh and Blood. L’annonce d’une relecture américaine de l’une des pierres angulaires du cinéma trash mondial avait alors de quoi intriguer, d’autant que son réalisateur, Stephen Biro, est très loin d’un inconnu dans le milieu de l’underground celluloidé puisqu’il est le cofondateur du fameux label américain de DVD Unearthed Films ayant édité – outre l’intégralité des Guinea Pig – un certain nombre d’excellent titres déviants à l’instar de Where the dead go to die de Jimmy ScreamerClauz (2012), Mecanix (2003) de Rémy M. Larochelle ou encore le dérangé 964 Pinocchio (1992) de Shozin Fukui. A noter que le film de Stephen Biro nous parvient en France dans une luxueuse édition agrémentée de bonus pertinents (making-off, retour sur les effets spéciaux…) au format mediabook préparé par l’excellent – et culte – éditeur Uncut Movies, bien décidé à démocratiser ce format particulièrement prisé outre-Rhin. Merci à eux pour leur travail acharné et rigoureux. De part la poésie morbide qui émane de son titre principal et de son sous-titre, ainsi que son scénario, American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore (2015), se présente tel un hommage directement au second opus des Guinea Pig, Flowers of Flesh and Blood. Néanmoins, le réalisateur et distributeur américain introduit une différence de taille.

Si dans Flowers of Flesh and Blood, un unique point de vue est adopté (l’identité du cameraman demeure inconnue), American Guinea Pig : Bouquets of Guts and Gore nous propose d’assister au tournage d’un authentique snuff-movie, impliquant le démembrement lent ,douloureux et visiblement ritualisé de deux jeunes femmes installées sur des tables surmontées d’un linge blanc, par un équipe de trois personnages masqués agissant pour le compte d’une mystérieuse organisation. Découpage de mâchoire, tranchage de jambes, écorchements de la peau et mutilations optiques à l’aide d’un arsenal impressionnant d’armes blanches font ainsi parties des réjouissances au programme de cet objet filmique tenant avec une facilité déconcertante la dragée haute en terme de choc graphique à la saga nippone, aidé en cela par toute une batterie d’effets spéciaux pour la plupart d’un réalisme total. Bien que le film ait été tourné en 2015, la qualité de l’image n’en laisse rien paraître, jonglant entre un format VHS granuleux et crapoteux et un format DV, davantage propre, introduisant alors une habile rupture de ton entre deux gros plans sur les plaies suintantes de nos deux infortunées. Un esthétisme très ancré dans les années 1970 donc, qui offre une nette différenciation bienvenue avec l’aseptisation des home invasion et autres torture porn ayant déferlés en DTV ces dernières années. Par ailleurs, si Flowers of Flesh and Blood demeure la référence principale de Stephen Biro, il n’est pas interdit de penser au méconnu et sordide The last house on dead end street, réalisé par Roger Michael Watkins en 1973, contant le tournage par le réalisateur Terry Hawkins (interprété par Roger Michael Watkins lui même) accompagné de sinistres compagnons masqués de plusieurs snuff-movies. La scène-pivot de cet ofni, très audacieuse pour l’époque – le démembrement frontal d’une jeune femme allongée sur un linge blanc filmé en plongée – n’est pas sans faire écho au contenu d’American Guinea Pig : Bouquets of Guts and Gore. L’hommage à Flower of Flesh and Blood se fait en outre davantage direct lorsque l’on aperçoit un colis (contenant probablement une copie du massacre auquel le spectateur vient d’assister) dont l’expéditeur est Charlie Sheen… Enfin, à travers ‘un final laissant présager le pire (tout en ayant l’intelligence de suggérer ce que A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) montrait de manière outrancière et peu subtile), American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore, achève de renforcer un malaise poisseux et indéfectible.

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