[CRITIQUE] « Alien, la Résurrection », réalisé par Jean-Pierre Jeunet

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Deux cents ans après la mort de l’officier Ripley, une équipe de généticiens ressuscite la jeune femme en croisant son ADN avec celui d’un Alien. Le cauchemar reprend. A bord de la station Auriga, Ripley donne naissance à un fils qui lui est aussitôt enlevé. Prisonnière, elle s’efforce de renouer avec son lointain passé humain. Bientôt un autre vaisseau rejoint l’Auriga. Parmi l’équipage composé de brutes et de mercenaires, Ripley découvre une belle jeune femme, Call, avec laquelle elle ne tarde pas à se lier d’amitié.

Quatrième et dernier volet de la saga originelle Alien, c’est au tour de Jean Pierre Jeunet de récupérer le flambeau des mains de David Fincher et de faire ses preuves.

Morte à la fin d’Alien 3, Ripley se voit ressuscitée 200 ans plus tard par la société Weyland. Devenue sarcastique au possible car elle n’a plus rien à perdre (une bonne excuse pour pardonner son jeu presque inexistant), son personnage déjà triste et suicidaire sur Fiorina 16 atteint ici son paroxysme. De punchlines en punchlines, elle donne la réplique aux autres membres de l’équipage tous aussi névrosés dans une symbiose digne d’un actioner façon Predator, et dont la folie se reflète tout autant dans la mise en scène où se succèdent des plans Terry Gilliam-esques. Le générique aux aspects Cronenberg-iens instaure un malaise voulu et tenu tout au court du long métrage. On le ressent à travers le design visceux et poisseux des aliens (ces derniers n’ont jamais été aussi réalistes). Leur nid est un pur lieu de cauchemar blobesque. Cependant rien ne sera plus délicat que les interactions des personnages entre eux et avec les aliens pour qui le moyen de communication se résume à des coups de langue, au sens figuré ou non. 

Parfois risible ; une scène de basket-ball sortie de nulle part (Los Angeles 2013 ou Catwoman, vous choisissez) en témoigne Résurrection n’en est pas moins joussif et même malin par certains aspects. Bien que le ton se démarque nettement et qu’en ressort une ambiance aux aspects de série b sf/fantastique du milieu 20ème, qui tend vers le grotesque notamment à cause de personnages caricaturaux (Robert Rodriguez devrait être jaloux du Christie de Joss Whedon) et de scènes exagérées, le sequel de Jeunet est le plus poussé de la saga et fait enfin évoluer la mythologie (hors Prometheus et Covenant). Les aliens sont une espèce qui a évolué, leur instinct de survie et leur intelligence sont plus développés que jamais. L’exemple le plus parlant est la scène où deux aliens se battent pour créer une brèche grâce à leur sang fait d’acide afin de s’échapper. L’intrigue elle, se base sur les desseins intérieurs de Weyland, exposés frontalement : créer une armée à partir de ces extra-terrestres.

Quand bien même les œuvres de Cameron et Fincher suivaient plus ou moins le chemin du slasher/huit clos sans veritables variations quant au concept de l’espèce alien, celui ci garde les mêmes sous-genres mais approfondie drastiquement le mythe. C’est en ça le film Alien le plus Alien de la franchise, après celui de Ridley Scott (on en viendrait même à se questionner sur l’utilité des spin-offs). Il n’occulte pourtant pas les précédentes histoires puisqu’il parsème quelques scènes comme des clins d’oeil aux autres volets sans pour autant se raccrocher aux wagons scénaristiques. Cette quatrième partie clôture parfaitement le voyage de Ripley. Lors du dernier plan, elle revoit enfin sa planète mère après x années de survie acharnée. Cette happy end (restant à discuter), espoir ultime de Ripley, aurait pu être totalement différente, la fin de la version director’s cut nous montrant un Paris détruit et apocalyptique, allant toujours plus loin dans le cercle vicieux fataliste.

« Mère » nature, féconde, est un symbolisme (parmi tant d’autres) primordial de la franchise. Le destin aura voulu que Ripley perde sa fille biologique, échoue à l’adoption de Newt et devienne mère porteuse d’un « enfant » dont elle ne veut pas. Cependant elle ne renoncera jamais et l’ambition féministe suggérée de son personnage à travers ses combats n’est plus à démontrer. Dans le dernier acte, elle fera face à sa monstrueuse créatrice, qui déjà ne pouvait l’attaquer dans Alien 3, et pleurera lorsque son petit fils mi-homme mi-alien sera exterminé par ses propres soins, privilégiant la survie de l’espèce humaine à son propre intérêt, à l’instar de la Reine. Sa relation ambiguë (d’abord expressément homo-érotique forcée par des allusions sexuelles) avec Call, interprétée par Winona Ryder, progressera dans ce sens. Call deviendra une alliée autant qu’un substitut de sa fille. Les deux femmes étant alors des androïdes, se battent dans un environnement dominé par les hommes et partagent les mêmes intérêts. 

« Mother » dans Le huitième passager devient « Father » pour Auriga, le lieu de création et mutation. Les métaphores christiques ne manquent pas, d’un vulgaire « holy bible » quand Call infiltre le système de la station pour la contrôler, au principe même de la renaissance/résurrection de Ripley. Weyland est omniprésent au travers de ses subalternes scientifiques qui mènent leurs expériences divines. On retrouve là les premisses de Prometheus, avec ce dernier chapitre, Whedon (au scénario) et Jeunet ont parfaitement compris et assimilé les volontés cinématographiques de Ridley Scott.

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