[CRITIQUE] « Alien : Covenant », réalisé par Ridley Scott

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Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

Véritable géant de la science-fiction, on ne présente plus Ridley Scott. Le cinéaste est considéré aujourd’hui comme un auteur majeur du genre. Ayant signé des classiques tels que Blade Runner, Legend ou Gladiator le réalisateur revient une fois de plus vers la saga qu’il a créée. Après le très ambitieux mais contesté Prometheus (2012), il poursuit la narration de ce précédent volet en situant l’action d’Alien : Covenant, dix ans après. Avec un rythme de création soutenu (presque un film par an), il est aujourd’hui une figure majeure de l’Hollywood actuel.

Avec ce sixième opus de la saga Alien, Ridley Scott ose le blockbuster ultra-ambitieux aussi bien sur sa forme que sur son fond. Aucun doute sur le fait que Covenant  divisera encore plus le public que ne l’avait fait Prometheus. En effet le cinéaste a l’indéniable courage de proposer un film complexe qui ne livrera pas toutes ses clés de lecture d’un coup. Jonglant habilement avec les codes du genre et les thèmes de sa propre saga Scott nous livre un film d’anticipation (maladroit par moments) atypique et qui en déroutera plus d’un.

Ce qui crée le charme intriguant d’Alien Covenant c’est la satisfaction de voir un film qui se refuse à tenir la main de son spectateur de la première à la dernière minute. Aujourd’hui, c’est devenu un réel courage de la part d’un réalisateur d’oser brouiller les pistes et de créer des zones d’ombre scénaristiques. On oublie trop souvent que le questionnement est une thématique essentielle de la science-fiction. Malgré l’exception Premier Contact, tout est toujours hyper expliqué et détaillé dans le cinéma d’anticipation actuel. Ridley Scott va à l’encontre de ces logiques commerciales en intensifiant les interrogations posées par Prometheus sans jamais vraiment y répondre. La science-fiction c’est avant tout le questionnement constant et l’absence de réponse.

Irait-on reprocher à 2001, l’Odyssée de l’espace de ne pas donner de réponses à l’apparition subite d’un monolithe noir dans une suite d’hôtel de style Louis XVI tenu par des extraterrestres ? Le scénario brumeux de Covenant décevra donc surement l’attente des fans mais satisfera au contraire le regard d’un cinéphile à la recherche de singularité.

Le film évite habilement le second problème posé par les exigences du public actuel. Effectivement, il évite toute bouillie psychologique et questionnements sans fondement dont sont victimes tous les personnages des films grand public. Chaque prise de décision constitue un avancement du scénario plutôt que des interrogations psychiques futiles. Les protagonistes évoluent au fil de l’histoire sans que la mise en scène nous en fasse un diagnostic cérébral toutes les dix minutes.

L’aspect poétique de certaines scènes au sein de cet énorme blockbuster est bien trop rare pour ne pas être notifié. Par moments les enjeux scénaristiques sont laissés de côté pour laisser place à des instants suspendus dans le temps et la narration. La poésie s’installe alors dans ces brèves minutes d’intimité et crée une certaine fraîcheur au sein des rapports entre les personnages.

Le talent de Scott consiste aussi à réutiliser subtilement les codes de la SF et ceux de sa propre saga à travers une série de clins d’œil qui trouvent leur place dans la narration du film. Les références à Star Wars ou 2001 ne se transforment jamais en pur mécanisme de réalisation. La mise en scène iconique du cinéaste nous offre certains plans magistralement composés et pensés. Hommages à des tableaux, reproduction d’esquisses de Giger (créateur du monstre d’Alien) et paysages apocalyptiques ; la composition des plans suffit à captiver l’attention. Chaque mouvement de caméra est accompagné d’une impressionnante fluidité et d’un implacable sens du détail. Le cinéaste surplombe avec ambition les vastes paysages apocalyptiques et mystérieux d’une planète en ruine.

Mais Covenant mérite aussi d’être vu pour le jeu impressionnant de Michael Fassbender, qui ne fait que confirmer l’étendue de son talent. Le scénario  donne à son personnage une omniprésence capitale, au centre des relations et des tensions.

Il ne s’agit pourtant pas d’un parfait film de science-fiction, malgré ses nombreuses prises de risques audacieuses. Car les mécanismes clichés de la mise en scène Hollywoodienne reprennent souvent le dessus, et ruinent certaines scènes. Le long-métrage est aussi maladroit ; parfois dans son traitement trop sérieux des événements, ou par le biais de certains effets stylistiques qui paraissent ridicules.

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