[CRITIQUE] « A Cure for Life », réalisé par Gore Verbinski

No Comment

Lockhart, jeune cadre ambitieux, est lancé sur la trace de son patron disparu dans un mystérieux centre de bien-être en Suisse. Pris au piège de l’Institut et de son énigmatique corps médical, il découvre peu à peu la sinistre nature des soins proposés aux patients. Alors qu’on lui diagnostique le même mal qui habite l’ensemble des pensionnaires, Lockhart n’a plus d’autres choix que de se soumettre à l’étrange traitement délivré par le centre…la Cure.

Ce n’est pas la première fois que Verbinski se tourne vers le cinéma d’épouvante, en effet il avait déjà expérimenté le genre avec  Le Cercle : The Ring en 2002. Le réalisateur s’est ensuite dirigé vers Disney pour réaliser les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Le cinéaste a su nous livrer de bons blockbusters très ambitieux en accord avec ce que lui demandaient les studios. Il a su imposer une mise en scène fluide et rythmé avec un sens esthétique et un art de la composition certains. En 2013 il signe The Lone Ranger toujours en association avec Disney, c’est sûrement l’un des blockbusters les plus ambitieux et intelligent de ces dernières années. À travers ce western, Verbinski s’autorise une critique de l’Ouest Américain tout en citant les grands noms du genre assez subtilement. Malheureusement le film fut un échec monumental témoignant peut être de la finesse du long-métrage n’étant pas calibré pour un public de masse.

Et A Cure For Life vient se placer dans la droite lignée de son précédent film.  Verbinski réalise un film d’horreur très particulier allant à l’opposé des principales tendances commerciales du genre qu’il manipule. Le film est loin d’être parfait, devenant assez lourd et maladroit par moments. Mais le cinéaste laisse le spectateur réfléchir en ne lui livrant jamais tous les éléments essentiels à sa compréhension. C’est un choix de mise en scène assez ambitieux au sein d’une grosse production financée par la Twentieth Century Fox. Malheureusement plus le film avance plus les élans dramatiques démesurés sont fréquents (la faute aux producteurs ?). Effectivement Verbinski confie qu’il a du mal à croire qu’un gros studio comme la Fox ait accepté de produire son film, on peut donc penser que la pression sur le travail du réalisateur était assez forte.

Le film a donc le mérite d’assumer complètement sa démarche artistique et ses références. Le cinéaste cite Shining, The Tenant, Rosemary’s Baby et Ne vous retournez pas comme principales références. Ce que ces films ont en commun c’est leur démarche d’approche du genre fantastique ou horrifique. Lorsque l’on pose la question à Verbinski de comment il situe son film par rapport à ces inspirations, le réalisateur répond que pour lui il existe deux manières d’aborder une histoire au cinéma. La première consiste à tendre la main au spectateur, en le guidant ainsi tout au long du film et en éclairant sa pensée dès qu’il en a besoin. Et la deuxième c’est lorsque la main du réalisateur pousse le public au cœur de l’obscurité de son film, en refusant de lui donner tous les indices nécessaires à sa compréhension. A Cure for Life s’inscrit parfaitement dans ce deuxième type de narration, ce qui est parfaitement cohérent avec les films dont il est inspiré. Le réel patient de la cure thermale c’est le spectateur car nous sommes livrés au même questionnement que le personnage principal. Verbinski explique en effet que l’on ne voit plus ce genre de films aujourd’hui pour lui. La majorité des grosses productions horrifiques (et de tout autre genre) choisissent la facilité qui consiste à guider minutieusement le spectateur en lui expliquant tout et en ne laissant pas de place à son interprétation personnelle.

Chaque éléments du film a été minutieusement et longuement travaillé, et ça se ressent tout de suite. L’aspect esthétique du long-métrage est très intéressant également, la composition et les couleurs de chaque plan sont extrêmement biens conçues. Le sanatorium devient un lieu vivant, chacune de ses pièces, chacun de ses couloirs est parfaitement capté par la mise en scène. Verbinski révèle que le processus de réalisation et de tournage ont étés extrêmement longs par rapport à la majorité des productions actuelles. Il avait besoin d’être capable de conceptualiser entièrement son film dans sa tête avant d’utiliser sa mise en scène pour capter minutieusement tous les éléments nécessaires à l’atmosphère de son long-métrage.

Dan DeHaan  interprète le rôle principale de Lockhart et s’avère être l’acteur parfait pour le rôle. Son physique et son jeu colle très bien à son personnage en questionnement constant sur sa propre lucidité. Il a même insisté pour effectuer lui-même sans trucages une longue scène de noyade assez impressionnante.

Avec A Cure for Life, Gore Verbinski nous rappelle qu’il existe encore aujourd’hui certains réalisateurs à la tête de productions d’horreurs ambitieuses capables de ne pas brosser le public dans le sens du poil. Même si le film est loin d’être un sans-faute, il a le mérite d’assumer ses références assez particulières tout en sollicitant constamment l’intelligence de son spectateur. Malgré un crescendo dramatique assez décevant le film sait créer une ambiance bien particulière portée par le jeu excellent de Dane DeHaan et la mise en scène millimétrée de Verbinski.

Balance ton commentaire

Back

L’info continue sur facebook

L’Agenda du genre (Août 2017)

Au cinéma :

En vidéo :

Sur Netflix :

SHARE

[CRITIQUE] « A Cure for Life », réalisé par Gore Verbinski