Coups de Gore #11 | Mélodies horrifiques d’un nouveau genre

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Chaque mois, le CinemaClubFR vous propose une sélection de films basée sur un thème. Dans cet onzième Coups de Gore, il ne sera pas question de films, mais plutôt des musiques qui les composent. Outre les thèmes cultes comme celui de L’Exorciste, de Halloween ou de Saw, la rédaction vous a déniché quelques perles…

ABOMINATIONS RISING – EVIL DEAD – ROQUE BAÑOS

Jane Levy in TriStar Pictures horror EVIL DEAD

Compositeur espagnol, Roque Banõs est considéré comme l’un des meilleurs compositeurs de son pays. En s’essayant à un projet américain tel que Evil Dead, une horde de deadites l’attendait au tournant. Force est de constater qu’il rend hommage à la composition originale signée Joseph LoDuca. Tantôt doux et mélancolique, tantôt vibrant et acéré, il ne faut pas croire qu’on ne peut pas réinventer le thème d’un classique. La mélodie Abominations Rising sort du lot. Utilisé lors du climax, la musique donne corps à la scène : brutale, nerveuse, massive. Un score terrifiant qui signe le final en apothéose d’un des meilleurs remakes de la décennie. [Alexandre]

PENSIONE PAURA (TITOLI) – PENSIONE PAURA – ADOLFO WAITZMAN

Si Mario Bava, Sergio Martino ou encore Dario Argento font habituellement partie des réalisateurs les plus cités ayant œuvrés dans le giallo, abstraction est souvent faite de certains metteurs en scène qui ont livré certaines bobines parmi les plus fascinantes, tordant ce genre ô combien codifié afin de l’emmener dans des territoires définitivement autres, à tel point que leur rattachement stricto-sensu au giallo ne relève aucunement de l’évidence, comme peuvent en témoigner des titres tels que La maison aux fenêtres qui rient de Pupi Avati (1976), Macchie solari d’Armando Crispino (1975) ou encore La mort a pondu un œuf de Giulio Questi (1968). Francesco Barilli fait indéniablement partie de cette famille de réalisateurs ayant souhaité se placer au delà des conventions du genre afin de créer des œuvres uniques, particulièrement ambitieuses, autant sur le plan plastique que des thématiques abordés, à la croisée de plusieurs genres. Chez Francesco Barilli, le giallo se trouve contaminé de l’intérieur par d’autres formes, souvent fantastiques, donnant lieu à l’installation de climats d’inquiétante étrangeté et d’atmosphères fantasmagoriques, proches du domaine du rêve ou du conte. Ce n’est sans doute pas un hasard si sa première réalisation marquante, Le parfum de la dame en noir (1974), faux giallo mettant en scène de manière sublime le parcours onirico-cauchemardesque d’une femme hantée par la disparition de la figure maternelle plongeant dans la folie (remarquablement interprétée par Mimsy Farmer), constitue une relecture mortifère d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Francesco Barilli récidivera trois ans plus tard avec une nouvelle pièce maitresse de sa filmographie, constituant elle aussi un faux giallo : Pensione Paura (1977), dont le versant musical va ici nous intéresser. Véritable conte noire à l’ambiance éminemment poisseuse et gothique, le film dépeint, durant la seconde guerre mondiale (la période du fascisme n’étant pas un contexte particulièrement prisée par le cinéma populaire italien), l’existence de Rosa, fille d’un couple de tenanciers d’un hôtel à la clientèle aussi bigarrée que perverse. Son père étant partie au front, la jeune fille se retrouve seule à la merci de ces pensionnaires troubles lorsque sa mère est retrouvée morte. De nouveau, le giallo et ses codes sont laissés à la marge afin de privilégier un fantastique onirique et psychologique, renforcé par une ambiance putrescente, ainsi qu’une étude de mœurs particulièrement amère concernant la nature humaine et les thématiques de la perte de l’innocence et de la mère.

Les bande-son des deux films se trouvent être par conséquent au diapason des climats dépeints en images : envoutantes, mélancoliques, hors du temps. Sur Le parfum de la dame en noire, le compositeur Nicolas Piavoni (qui fera éclater son talent une nouvelle fois en 1975 à travers la bande originale du thriller paranoïaque La Orme de Luigi Bazzoni) développe un même motif sonore lancinant de toute beauté, sur la base d’une boite à musique, rappelant les traumas de Silvia Hacherman, dans un esprit proche du minimalisme des morceaux d’Erik Satie. Pour Pensione Paura, Francesco Barilli confie la trame sonore au compositeur espagnol Adolfo Waitzman. Ce dernier prend également, à l’instar de Nicolas Piavoni, le parti de la déclinaison d’un thème principale, davantage énergique et lyrique mais également d’une rare mélancolie, dont toute la portée est résumée dans le premier morceau de la bande-son de Pensione Paura : Pensione Paura (Titoli). Débutant à travers les notes sautillantes d’un piano bientôt rejointes par une armature tendant davantage vers des formes contemporaines (guitare, basse et violon élèvent le morceau vers des perspectives éthérées). La seconde partie de la pièce intervient à travers l’utilisation de sonorités issues de l’orgue rappelant de manière puissante certains passages de la bande son que composeront les Goblin pour Buio Omega de Joe d’Amato en 1979. Cette douce rupture de ton est soutenue par quelques discrets violons avant qu’un piano délivrant ses accords spleenétiques viennent définitivement achever l’auditeur. Parente dans sa construction et sa triste noirceur des bo des Lèvres Rouges d’Harry Kumel (1971) composée par François de Roubaix et de Et mourir de plaisir de Roger Vadim (1960) menée par Jean Prodromidès, deux sublimes films de genre francophone mettant en scène, de manière différente toutefois, les tourments érotiques et sanglants de la passion, sur fonds de vampirisme et de saphisme, la musique crée pour Pensione Paura est à l’image du film qu’elle accompagne : unique. [Olivier]

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