Coups de Gore #12 | Adaptations cinématographiques

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Chaque mois, le CinemaClubFR vous propose une sélection de films basée sur un thème. Pour ce douzième numéro, la rédaction vous propose de revenir sur les meilleures adaptations cinématographiques de genre. N’oubliez pas de proposer votre adaptation préférée dans les commentaires.

CANDYMAN (BERNARD ROSE) / THE FORBIDDEN (CLIVE BARKER)

Si le romancier anglais Clive Barker, génie de la littérature horrifique contemporaine a su, notamment à travers les six tomes de sa série des Livres de Sang, manier comme personne horreur pure, sexualité déviante et onirisme, il a également apporté sur la figure du monstre un regard d’une sensibilité peu commune. D’Hellraiser (1986) à Cabal (1988), son œuvre est peuplée de mondes parallèles jouxtant celui des hommes, renfermant nombre de créatures dont la nature terrifiante ne se révèle que vis à vis de nos propres critères et jugements humains. Doté d’un univers singulier et de thématiques particulièrement corsées (le sadomasochisme, le rapport au corps et à la chair…), rappelant les obsessions corporelles de cinéastes tels que Shinya Tsukamoto ou David Cronenberg, Clive Barker se lança relativement tôt dans la réalisation de deux adaptations (nous ne sommes jamais mieux servi que par nous même) de ses œuvres-clés, adaptations qui devinrent à leur tour aussi des références dans le cinéma horrifique et fantastique : Hellraiser Le Pacte en 1987 et Cabal en 1990. A cette filmographie s’ajoute en 1995 Le Maître des illusions, adapté de la nouvelle The Last Illusion présente au sein des Livres de Sang, film passionnant abordant le thème de la magie blanche et noire (une édition française uncut est par ailleurs prévue dans le courant de l’année 2018 par l’excellent éditeur Le Chat qui Fume). Malheureusement, Clive Barker enchaina à partir de Cabal, mainte fois remanié et remonté par la Fox sans son accord, les déconvenues avec les studios.

Ces relations conflictuelles entre le romancier et les sociétés de production se poursuivent sur Le Maître des illusions, dont 20 minutes sont supprimées par la MGM. Considérablement abattu et amère, Clive Barker choisi de confier l’adaptation de sa nouvelle The Forbidden, présente dans le cinquième tome des Livres de Sang au réalisateur Bernard Rose tout en assurant les fonctions de scénariste et de producteur exécutif. Le résultat est à la hauteur des espérances puisque Candyman, qui sort sur les écrans en 1992, constitue en plus d’une adaptation particulièrement respectueuse de la nouvelle de Clive Barker, un sublime conte horrifique tragique et romantique, mariant récit d’une union impossible à la manière des romans gothique anglais sur fond de commentaire social à propos de la condition des afro-américains au sein d’un environnement urbain délabré. Réalisateur du déjà très inspiré Paperhouse (1988) qui explorait les territoires troubles de la psyché enfantine, Bernard Rose signe sans doute avec Candyman l’un des plus beaux films horrifiques des années 1990, à l’atmosphère à la fois poisseuse, renforcé par un excellent casting (Virginia Madsen, Tony Todd…) et une sublime partition de Philipp Glass. Développant en outre de manière fine la réflexion sur le racisme et les discriminations sociales initié par Clive Barker dans The Forbidden, Candyman se revèle être à mon sens, avec Simetière (1989) de Mary Lambert, terrifiante transposition cinématographique du roman homonyme de Stephen King, l’une des meilleures adaptations d’un récit horrifique sur grand écran. [Olivier]

LE TOUR D’ÉCROU (HENRY JAMES) / LES INNOCENTS (JACK CLAYTON)

Un chef-d’œuvre de la littérature fantastique peut-il être si parfaitement adapté qu’il en deviendra un chef-d’œuvre du cinéma fantastique ? C’est là tout le génie de l’adaptation de Jack Clayton tirée de la nouvelle d’Henry James : Le Tour d’écrou (1898). De par le raffinement de son écriture et les subtilités narratives, l’écrivain britannique a signé l’un des monuments de la littérature fantastique. Jouant constamment sur le monologue intérieur de son héroïne et la diversité des points de vue il a réussi à saisir toute l’essence du style en question. Le mystère se créer lorsque le lecteur ne distingue plus le réel du surnaturel. Plus la nouvelle avance, plus la tension augmente, plus le style réaliste de James perturbe le lecteur. L’ambiguïté sur d’éventuelles apparitions et disparitions de personnages fantomatiques bouleverse aussi bien le point de vue du lecteur que celui de la jeune gouvernante.

Jack Clayton sublimera donc la richesse de cette nouvelle pour en faire un véritable chef-d’œuvre cinématographique : Les Innocents (1961). La splendide photographie en noir et blanc de Freddie Francis participe grandement à la création d’une atmosphère fiévreuse et fascinante. Clayton joue sur la psychologie et les motivations de ses personnages, ce qui complexifie encore plus le récit et déstructure davantage les repères du spectateur. Il parvient à saisir l’ambiance de ce grand manoir et sait parfaitement retranscrire les subtilités narratives de la nouvelle. L’art du cadrage et de la composition donne vie aux décors, les rendent particulièrement menaçants et imprévisibles. Une silhouette pourrait sortir de n’importe où, n’importe quand, qu’elle effraierait le spectateur tout en faisant partie intégrante de l’atmosphère. Tout le talent de cette adaptation repose justement dans l’atmosphère. C’est l’élément essentiel du genre fantastique, qui lui donne toute sa profondeur et son charme. [Laurent]

 

PSYCHOSE (ALFRED HITCHCOCK) / PSYCHOSE (ROBERT BLOCH)

Parce qu’il n’y a pas que Quipo Quiz qui vous en apprend tous les jours, avant d’être un film noir aujourd’hui ancré dans la culture populaire à cause de sa violence graphique qui à l’époque fit énormément de grabuge pour sa nouveauté et de son ingéniosité scénaristique en milieu de narration, Psychose est un roman. Robert Bloch, déjà auteur de quelques ouvrages (et futur scénariste d’Hitchcock), qui habitait non loin des crimes perpétrés par Ed Gein (qui a également inspiré Leatherface comme tout le monde le sait déjà) a voulu avec cette histoire, entrer dans la psyché d’un psychopathe.

L’adaptation d’Hitchock étant très terre à terre, il est plus difficile d’être dans la tête de Norman Bates or c’est ce qu’arrive brillamment à faire Bloch dans son livre. Bates, c’est cette petite voix intérieure (qui prend littéralement forme lorsqu’il enfile la personnalité de sa mère) qui guide ses faits et gestes, alors quoi de plus pertinent et proche de cet état que les mots? Un autre point qui rend l’oeuvre littéraire davantage intéressante et qu’a complètement occulté Hitchock, est la médiatisation de tels faits divers dans toute la dernière partie du roman. En effet, Psychose n’aurait pas forcément existé sans le tapage autour d’Ed Gein, un exemple parmi tant d’autres. Il n’en est pas moins qu’Hitchcock est resté fidèle au roman comme à lui même, en corrélant comme il l’a souvent fait le sexe et l’argent. Pour avoir un personnage « principal » torturé comme il les aime, Marion devient maîtresse d’un homme marié en plus d’une voleuse impulsive. Cependant le plus gros changement se fait avec cette fameuse séquence iconique de la douche, évidemment. Alors que dans l’oeuvre originale elle n’est racontée qu’en quelques lignes et que Marion se fait décapiter par un hachoir (OUI), Hitchcock a quant à lui, histoire de bien titiller les mœurs de son époque, pris le temps d’explicitement montrer cette séquence, aussi l’arme choisie n’est plus un hachoir mais un couteau (tu l’as la symbolique phallique?). Paradoxalement l’horreur brute et expéditive a laissé place à une horreur psychologique, ainsi les deux œuvres se complètent tout en étant personnelles. [Laura]

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