Coups de Gore #7 | God Bless America

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Chaque mois, les auteurs du CinemaClubFR vous proposent une liste de films à voir (ou à revoir) autour d’un thème spécial. Pour ce septième numéro un peu plus fourni que d’habitude, les auteurs de la rédaction ont sélectionné trois films qui s’en prennent au « rêve américain » à grand coup de barre de fer.

THE WOMAN, réalisé par Lucky McKee

Lucky McKee est définitivement un auteur à part. Depuis ses débuts, le réalisateur a pris l’habitude de nous plonger dans des contes macabres très ancrés dans notre réalité, souvent prétexte à critiquer de façon très virulente les différents aspects de l’Amérique puritaine. Du culte du corps dans May, il passe à l’image de la famille traditionnelle dans The Woman. Dans ce film, où l’on suit une femme sauvage être kidnappée et séquestrée par une famille, McKee explore et expose au grand jour les dysfonctionnements que dissimule cette version idéalisée de la vie accomplie, derrière son image bienveillante.

Autant vous prévenir : Le film est très difficile à regarder (surtout psychologiquement) et met beaucoup de temps à s’installer mais cela est totalement justifié par la suite. En instaurant un climat de malaise pendant quasiment 1h15, le réalisateur fait ainsi monter une immense rage auprès du spectateur. Rage qui explose littéralement dans un grand final, véritable sommet de violence cathartique qui vous électrisera à votre fauteuil. The Woman, c’est ce genre de films particulièrement durs à regarder mais dont la vision est tout simplement indispensable. [Tanguy]

STARRY EYES, réalisé par Kevin Kolsch et Dennis Widmyer

Réalisé par Kevin Kolsch et Dennis Widmyer qui ont participé au projet du film anthologique Holidays, Starry Eyes (disponible sur Netflix) raconte l’histoire désenchantée d’une jeune américaine prête à tout pour réaliser son rêve: devenir actrice. Starry Eyes sort des carcans ordinaires en partant d’un contexte simple et déjà-vu pour se développer une conclusion singulière jusqu’au-boutiste bien plus marquante grâce au genre dans lequel elle s’inscrit. A la manière des films de Richard Bates Jr, le travail du décor, traducteur des mondes et des états d’âmes dans lesquels évoluent la personnage de Sarah, est remarquable. Alexandra Essoe semble être née pour le rôle de Sarah, son allure vampirique la rend en apparence fragile mais pourtant sûre d’elle, jusqu’à sa divine métamorphose. Loin des clichés, Sarah est quelqu’un de tout aussi désespérée qu’elle est hautaine, parfois agaçante, qui vendra littéralement son âme en se soumettant à la domination patriarcale et impitoyable du méchant Hollywood pour devenir ce dont elle a toujours rêvé. Il n’y a cependant aucune intention moralisatrice de la part des réalisateurs, juste l’envie de faire un film original sur le sujet maintes fois traité d’Hollywood et de la place des femmes dans le milieu. Comme l’avait fait Kubrick avec son Eyes Wide Shut, ici c’est Hollywood qui se révèle aussi sombre, les cultes satanistes sont inhérents au pouvoir et l’apparence primordiale à la réussite.

Slow burn qui propose une photographie sans cesse à la limite de l’onirique comme le ferait It Follows, Starry Eyes est un long métrage dont l’étrangeté particulière est semblable à celle de The House of The Devil. Même lors des scènes lambda, la tension reste en arrière plan et se libère crescendo pour arriver à la partie slasher où le spectateur ne sait où se placer vis à vis des personnages.  Starry Eyes est également un bel hommage au cinéma de Cronenberg (la comparaison avec The Fly est inévitable), à Carrie, ou encore Rosemary’s Baby, Repulsion de Polanski. [Laura]

PARENTS, réalisé par Bob Balaban

Dans l’esprit des spectateurs, Bob Balaban reste davantage associé à sa carrière d’acteur pour le cinéma, véritablement stakhanoviste, couvrant les début des années 1970 jusqu’en 2014 avec son rôle de Mr Martin dans The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, qu’aux films horrifiques. Et pourtant, son seul et unique film pour le cinéma, sous la casquette de réalisateur, fut une comédie aussi malsaine que mordante, soit Parents, réalisé en 1989. Le long-métrage suit le parcours de Michael Laemle, un très jeune garçon évoluant dans une des innombrables banlieues résidentielles américaines pour classes moyennes des années 1950. Dans ce quotidien aussi idyllique que lisse, Michael soupçonne cependant que ses parents lui cachent des choses, entre autre une possible addiction pour la chaire humaine. Et les cauchemars qui l’assaillent régulièrement une fois la nuit tombée ne vont pas dissiper son malaise.

Si Brian Yuzna, dans son incendiaire et déjanté Society, (sorti la même année que Parents), tirait le portrait satirique et morbide d’une certaine caste sociale rongée par la soif du paraître et du pouvoir, Bob Balaban porte lui aussi à travers Parents un regard particulièrement acerbe sur une société américaine policée de l’american way of life des années 50, dans laquelle tout ne semble qu’apparence, où la monstruosité est tapie au sein d’une cave ou d’un frigo, camouflée derrière les sourires, les bonnes convenances et la grande orgie de la sur-consommation. A l’instar du Blue Velvet de David Lynch, Bob Balaban se plaît à perdre le spectateur, à brouiller les pistes, concernant l’état mental de notre jeune héros. Ajoutez à cela un sens aigu de la mise en scène et de la photographie parvenant à retranscrire à merveille la sensation de fausseté de l’environnement dans lequel évolue Michael, un solide casting (Rand Quaid, qui joue le père du jeune homme est absolument terrifiant), ainsi qu’un humour savamment dosé et vous obtenez une pépite du cinéma horrifique paranoïaque et critique américain. [Olivier]

ET VOUS, QUEL EST VOTRE « COUP DE GORE » FAVORI ?

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