Cauchemars américains : Found et Parents

No Comment

Compte tenu des litres d’encre numérique qu’il a fait couler ainsi que ses multiples récompenses (près d’une quarantaine dans diverses catégories) obtenus lors de sa diffusion dans de multiples festivals internationaux consacrés au cinéma horrifique, il pourra paraître quelque peu superflue de revenir une énième fois sur ce qui constitue pour l’auteur de ces lignes rien de moins que le film d’horreur indépendant le plus impressionnant et viscéral de ces dernières années : Found, premier long métrage de Scott Schirmer, réalisé en 2012. Produit à l’aide d’un budget famélique et adapté d’une nouvelle de l’écrivain Todd Rigney (Found, publié en 2004), le film, tourné à l’aide d’un appareil Canon ne laisse rien paraître de ses limites financières, tant la photographie, la lumière ou encore le travail sur le son se révèlent exemplaires. Found immerge le spectateur dans le quotidien de Marty (interprété par Gavin Brown), un jeune pré-adolescent d’une douzaine d’année, au sein d’une famille hautement dysfonctionnelle. Rejeté par nombre de ses camarades de classe, ce dernier s’est retranché dans deux domaines qu’il cultive avec une passion dévorante : les comics ultra-violents d’une part mais surtout les films d’horreurs, qu’il visionne sans modération. Un jour, il découvre une tête tranchée dans le sac de bowling de son grand frère Steve (interprété par Ethan Philbeck). Comprenant que ce dernier est un tueur en série aux pulsions malsaines, il va perdre peu à peu pied avec la réalité.

Found, Scott Schirmer, 2012

Qu’elle soit envisagée du point de vue d’un récit initiatique et amoureux mortifère à l’instar du sublime Morse de Tomas Alfredson (2008) ou encore placée sous le signe de la déviance et du mal, comme en témoignent les enfants en proies à des pulsions sadiques (héritage des errances passées des adultes) dans ¿Quién puede matar a un niño ? de Narciso Ibáñez Serrador (aka Les révoltés de l’an 2000, 1976), possédées par une force démoniaque à l’image de la petite Emilie dans le brillant Il medaglione insanguinato de Massimo Dallamano (aka Emilie l’enfant des ténèbres, 1975), indéniable réussite s’éloignant de son modèle (L’Exorciste de Wiliam Friedkin, 1973), pour développer, entre autre, une réflexion sur le poids des images et les relations père-fille, ou ayant mutés en progéniture barbare dans The Brood (aka Chromosome III, 1979) de David Cronenberg, le thème de l’enfance et plus précisément les turpitudes psychologiques vécues lors de la période de pré-adolescence constitue de longue date un terreau privilégié pour le cinéma de genre, en particulier dans les domaines de l’horreur et du fantastique.

Les enfants de ¿Quién puede matar a un niño?, Narciso Ibáñez Serrador, 1976

Ces moments décisifs y sont explorés dans toute leur ambiguïté et leur dimension traumatique, cauchemardesque. A cet égard, Found semble pouvoir être mis en regard d’un autre long-métrage, lui aussi américain, réalisé vingt-trois ans plus tôt, traitant également de cette problématique de l’enfance troublée : Parents, de Bob Balaban (1989), à travers les yeux d’un jeune garçon Michael Laemle, dans l’Amérique des années 1950. Déménageant dans une banlieue pavillonnaire avec ses parents, il se trouve en proie à de terrifiants cauchemars et ressent un certain malaise face à ses parents. Il en vient à les suspecter de s’adonner au cannibalisme. Si ces deux longs métrages dévoilent leur contenu horrifique par le biais de prismes résolument opposés (la satire comique pour Parents, le drame psychologique pour Found) afin d’exposer le trouble de leurs protagonistes (dans les deux cas un garçon sur le chemin de l’adolescence), ils se trouvent l’un et l’autre traversés par des thématiques communes : le pouvoir des images (et notre expérience de spectateur vis à vis de celles-ci), la souillure de l’innocence enfantine ainsi que le surgissement de l’horreur au sein d’une Amérique dans laquelle les apparences priment.

Ambiguïté des images et distorsion du réel

Les premières pistes de réflexion lancées par Scott Schirmer dès la première séquence de Found (qui voit Marty pénétrer dans la chambre de son grand frère et y faire la macabre découverte qui constituera l’élément déclencheur de film) sont à chercher du côté du ludisme. En effet, la présence des multiples affiches de films de genre (et d’horreur en particulier) ornant l’antre de Steve, de même que son impressionnante collection de VHS font état, outre d’un hommage flagrant du réalisateur aux années 1980 qui sera amplifié plus tard lors d’une scène se déroulant dans un vidéoclub, d’un « art du jeu », pour reprendre l’expression de Frank Lafond dans son ouvrage « Joe Dante l’art du jeu » (Éditions Rouge profond, 2011) en complicité avec le spectateur, faisant appel à ses connaissances. La mise en place de ce jeu de piste cinéphile horrifique s’effectue par le relégation des affiches à l’arrière plan du cadre, accompagné d’un effet de flou. Ainsi, alors que la caméra s’attarde sur les actions et déplacements de Marty à travers la pièce, le regard du spectateur (averti et attentif), aura tout le loisir de s’attarder sur les posters des films de science-fiction Without Warning de Greydon Clark (aka Terreur extraterrestre, 1980) et The Deadly Spawn de Douglas MkKeown (aka La Chose, 1983), de Street Trash de Jim Muro (1987), de l’excellent film gore français Baby Blood d’Alain Robak (1990) ou encore du slasher Popcorn de Mark Herrier (1991).

Found, Scott Schirmer, 2012

L’hommage aux années 1980 et 1990 se poursuit lors d’une visite de Marty au vidéoclub local de la petite ville (qui n’est jamais nommée par ailleurs, accentuant l’aspect intemporel du film), conférant à Found une dimension autobiographique évidente, confirmée en cela par les propos de Scott Schirmer dans de nombreuses interviews, affirmant son attachement à une période dans laquelle par exemple les effets spéciaux faits mains se révélaient d’une crédibilité davantage tangible et où la formation du goût pour tel ou tel genre, s’effectuait par l’intermédiaire du format VHS consacré par la visite en vidéoclub, de manière progressive, à la manière d’une initiation jubilatoire. Cependant, à l’instar de film de Joe Dante Matinee (aka Panique sur Florida Beach, 1993), qui rend lui aussi hommage de manière autobiographique à une période vécue par le cinéaste étant petit, à savoir les Matinee américaines des années 1950-1960, des doubles séances au cours desquelles étaient présentée le samedi matin, un cartoon, un film principal, et des épisodes de serial de l’époque, afin d’évoquer en creux la problématique du nucléaire, le système de citations visuelles de Found ainsi que son appel à l’inconscient cinéphilique du spectateur tend également à introduire une première couche réflexive au sujet de notre sensibilité aux images de terreur.

Found, Scott Schirmer, 2012

En effet, quelle est le force motrice nous poussant à regarder et à apprécier des films d’horreur, et par là même de nous délecter, bien souvent, d’images provoquant pourtant en notre fort intérieur des réactions extrêmes ? C’est à cette question que semble d’abord vouloir répondre Found. La clé pourrait peut être se trouver dans un désir d’échappatoire face à un réel étouffant, si l’on considère la situation familiale dans laquelle végète Marty pris en étaux entre une mère sur-protectrice, un père oscillant entre complicité et rejet et un frère dont la nature révélée engendrant chez le jeune garçon une relation trouble, entre effroi et fascination (sur laquelle nous reviendrons). Found entretient ainsi une connexion étroite avec un film davantage connu du grand public : Benny’s Video de Michael Haneke (1992). Également orienté du côté du drame psychologique, le film du réalisateur autrichien, premier volet d’une trilogie dite de la Glaciation, mets en scène, comme Found, un jeune garçon, Benny, fasciné par l’audiovisuel. Alors qu’il loue une cassette au vidéoclub de sa ville, il fait la rencontre d’une jeune fille, qu’il invite chez lui en l’absence de ses parents. Après lui avoir montré un de ses films de vacances et brandit vers elle un pistolet d’abattage, un souvenir de vacance, la jeune fille le mets au défi de s’en servir contre elle. Il tire et la blesse grièvement. Ne supportant pas ses pleurs, il la tue, tandis que sa caméra enregistre l’acte. Cette scène de meurtre, véritable climax du long-métrage, est filmée selon un dispositif de mise en abîme. La caméra de Michael Haneke filme en effet l’écran de caméra (empêchant ainsi de voir le meurtre) qui elle même filme le meurtre, lequel se déroule hors champ. Le final de Found reprends un principe similaire à travers une scène de meurtre glaçante  au sein du domicile familiale à laquelle assiste, impuissant, Marty, depuis une pièce adjacente à celle où se déroule le tragique évènement. A l’image de la scène de meurtre de Benny’s Video, le spectateur ne voit pas l’action, celle ci parvenant à son oreille uniquement à travers le son, augmentant considérablement son aspect terrifiant.

La mise en abîme du meurtre dans Benny’s Video, Michael Haneke, 1992

Néanmoins, les deux films diffèrent fortement à travers la psychologie des deux garçons. En effet, Benny est d’emblée montré comme un personnage rendu quasiment déshumanisé par le flot d’image qu’il ingurgite, quitte à confondre la réalité et la fiction jusqu’à l’irréversible, en l’occurrence le meurtre. Le monde des écrans, de la vidéo est un moyen pour Benny de capturer le réel, de le maitriser, ce qu’il est incapable de faire une fois sorti de sa zone de confort. Précisions que contrairement à Benny’s Video, Found ne se situe pas dans une critique des  images violentes. Marty est constamment montré comme ayant un certain recul sur les films qu’il regarde. Au contraire, c’est bien malgré lui que la situation échappe de manière totale à Marty, au détour de ce qui constitue l’une des scènes-clés (et y compris l’une des rare scène gore de Found) du film : le visionnage par Marty et l’un de ses camarades, David, d’un film volé par Steve au vidéoclub : Headless, un slasher mâtiné de snuff-movie, d’une violence inouïe, montrant les actes d’un tueur, qui à l’instar de Steve collectionne les têtes de ses victimes. Soudain, lors d’un scène dans laquelle le tueur enlève son masque pour se livrer à des actes barbares sur ses victimes (l’ensemble est alors filmé en plein cadre comme si le spectateur était littéralement rentré dans le film, avant d’alterner avec différents formats vidéo), Marty, à travers ce qui ressemble à une hallucination visuelle, croit voir son frère sur l’écran de télévision à la place du visage de l’acteur. Suite à cet épisode traumatique, Marty, ne manquant pas de s’attirer les moqueries de son ami, Marty décide de l’emmener dans le chambre de Steve et de lui montrer un aperçu des macabres activités de ce dernier. A l’inverse de Benny, Marty effectue par cet acte, certes également motivé par sa colère envers les railleries de David, afin de se rassurer et de reprendre le contrôle sur le monde qui l’entoure, en se confrontant à la réalité des faits, ce qui le rapproche fortement de l’autre garçon évoqué dans ce dossier, Michael, le personnage principal de Parents de Bob Balaban, remarquablement interprété par Bryan Madorsky.

Un plan de la séquence d’Headless dans Found, Scott Schirmer, 2012

La fragmentation du réel est d’autant plus prégnante dans ce premier film du réalisateur américain, notamment connu pour sa riche carrière d’acteur, qu’elle intervient principalement lors de séquences oniriques et d’hallucinations visuelles (du moins le pense-ton). Parents et Found se rejoignent dans un premier temps par leur exploration de l’ambiguïté de certaines images et de certaines visions. L’une des questions principales soulevées par Parents concerne ainsi l’état de santé mentale de Michael. Les cauchemars et les visions morbides qui l’assaillent font constamment douter le spectateur de ce qu’il voit et font changer d’une scène à l’autre, son point de vue concernant ce protagoniste. Est t-il victime de paranoïa ou bien est ce que les déviances qu’il impute à ses parents sont t-elles avérées ? La viande que sa mère cuisine en grande quantités est t-elle bien d’origine animale ? Que cache la cave de leur nouvelle maison ? Si Michael est dépeint tel un garçon mélancolique et refermé sur lui même, il n’en demeure pas moins, comme Marty, sensible aux questionnements qui l’entoure au sujet de ses parents. Les deux garçons se métamorphosent en défricheurs de sombres secrets enfouis. La rançon de cette confrontation avec l’horreur réelle, trouvant une excroissance par delà l’écran dans Found ou encore tapie dans de sombres recoins dans Parents est l’inévitable perte de l’innocence.

Michael et ses parents dans Parents, Bob Balaban, 1989

L’innocence pervertie

Cette innocence souillée par l’horrible prends dans Found une double signification. L’horreur est d’une part présente de manière graphique à travers la découverte des pulsions meurtrières de Steve. Les têtes coupées, la mise en scène des différentes atrocités auxquelles se livre Steve constituent une série d’électrochocs, et de ce point de vu, la scène du visionnage d’Headless, hyper-réaliste, n’épargne personne, aussi bien Marty que le spectateur. Cette prise de conscience concernant l’ultra-violence du monde dans lequel nous vivons possède pour Marty une valeur de rite de passage traumatisant. La découverte des têtes représente en effet un élément déclencheur soudain et déviant, anti naturel, duquel découle un véritable parcours initiatique, conférant à Found des allures de conte tragique. Cette perte de l’innocence est alors irrémédiable semble nous dire Scott Schirmer, à travers la relation hautement malsaine et toxique qu’entretient Steve et son jeune frère, brillamment mise en scène par ailleurs. Partagé entre répulsion et une fascination morbide qui le pousse à se rendre fréquemment dans la chambre de son frère afin de vérifier si de nouvelles têtes s’y trouvent, Marty évolue sur le fil du rasoir. Son admiration pour son frère, moins pour sa nature profonde que pour ce qu’il représente en dépit de ses agissements (la force physique, la protection, l’assurance…), renforcée par les liens familiaux, va insidieusement muter en contamination comportementale.

Found, Scott Schirmer, 2012

L’influence rampante de Steve sur Marty trouve ainsi son point de basculement fondamental dans un apprentissage sans concession de la violence, incarné dans toute sa brutalité sèche lors d’une scène où le jeune garçon, imprégné des conseils de son grand frère en matière d’auto-défense, riposte violemment contre un camarade de classe. Cette escalade inéluctable révèle à Marty sa véritable nature, jusqu’ici refoulée. La violence transmise par Steve n’est pas seulement physique, mais également morale. Marty épouse à bras ouverts, au mépris de l’opinion de ses parents et de ses professeurs, le discours simplificateur et dangereux concernant la violence, envisagée comme un remède aux problèmes et conflits rythmant l’existence. Le point d’orgue des terribles données par Steve est atteint lorsque ce dernier confie à Marty la raison de son appétence pour le meurtre. Cette banalisation de la violence et de la haine de l’autre trouve une résonance d’autant plus forte chez Marty qu’elle prends place à l’intérieur de relations fraternelles particulièrement puissantes, traitées avec une rare subtilité. Les regards échangés, les conversations esquissées, en disent long sur la complicité liant les deux frères. Cette relation se trouve par ailleurs renforcée par la défiance de Marty envers un monde d’adultes qui ne le comprends pas, à commencer par ses parents. Le dernier plan de Found, mélange de nihilisme dévastateur et d’humour macabre n’apporte, fort habilement, aucun élément de réponse quant à l’évolution de cette relation, suite aux événements monstrueux ayant précédés. Suivra-t-il les traces et l’exemple de son grand-frère jusqu’au point de non-retour ou s’arrêtera t-il à temps ? Cette question ne sera jamais résolu et Found conserve jusqu’à la dernière minute toute son ambiguïté.

Found, Scott Schirmer, 2012

Parents exploite lui aussi le thème de l’innocence perdue à travers le personnage de Michael. Ce dernier, comme Marty, se heurte à l’entité monolithique que constitue ses géniteurs. Néanmoins, si les parents de Marty se contentent d’une indifférence ou d’une sur-protection abusive envers leur progéniture, ceux de Michael se révèle effrayant. La figure du père, interprétée par Randy Quaid, est à ce titre exemplaire, puisqu’il résumé à lui seul, notamment à travers les histoires qu’il énonce à son fils avant qu’il ne se couche, la grande ambiguïté de ce couple qui dissimule probablement plus qu’il ne laisse paraître. Le frisson que ressent Michael à leur égard se trouve développé par l’utilisation d’effets visuels pertinents et d’un point de vu subjectif quasiment constant de telle sorte que le spectateur assiste à l’action à travers les yeux du garçon. Le fait de privilégier ce type de point de vue permets une empathie directe avec un personnage perdu dans un âge où les enfants sont rarement pris au sérieux, délaissés face à leurs angoisses les plus profondes, en témoigne les dialogues entre Michael et sa conseillère d’éducation qu’interprète Sandy Dennis, désarmée par sa maturité. Ce rapport aux peurs primales n’est pas sans rappeler, lors d’une séquence en particulier, un long métrage d’un réalisateur ayant su manier comme nulle autre l’onirique et le macabre : Quella villa accantro al cimitero (aka La maison près du cimetière, 1981) de Lucio Fulci.

Parents, Bob Balaban, 1989

La déchirure horrifique

Enfin, Found et Parents dressent tout deux un portrait au vitriole d’une certaine Amérique, dissimulant ses travers et ses monstres humains derrière une apparente normalité. Cet aspect critique se trouve principalement développé par le biais d’une déconstruction de la cellule familiale et de l’american way of life, particulièrement évidente dans Parents. L’une des idées de génie de Bob Balaban est en effet de situer son intrigue dans l’Amérique des années 1950, symbolisée par un essor de la société de consommation (ce que le film montre extrêmement bien par le biais du personnage de la mère de Michael interprétée par Mary Beth Hurt) et un certain conformisme moral, afin de la détourner et la mettre en opposition avec les inquiétudes de Michael. Cette mise à mal d’une Amérique corsetée se retrouvait déjà parmi certains illustrateurs de cette décennie, à l’image de Will Elder, figure importante du magazine satirique Mad, ce dernier ayant produit une série de dessins parodiant de manière perverse des scènes de vie familiale américaine. Bob Balaban effectue un schéma similaire en montrant une Amérique de spot publicitaire où se trouve nichée une famille idéale de classe moyenne, détentrice de la gamme des soit-disant attributs de la réussite sociale : une maison cossue et colorée, un père doté d’un excellent salaire… L’effritement de ce vernis et la progression vers l’horreur pure sont dévoilés avec un sens remarquable du détail, qu’il s’agisse d’une fissure au plafond de la chambre de Michael, de la multiplication des plans sur la viande ou encore des hallucinations de Michael parmi lesquelles du sang coulant d’un frigo ou des ébats amoureux prenant des allures d’orgie anthropophage.

Illustration de Will Elder pour la couverture du troisième numéro du magazine Trump, 1957

Notons que Parents est contemporain du film Society, réalisé la même année que Brian Yuzna. Inscrit dans un registre similaire à celui du film de Bob Balaban (la comédie horrifique grinçante et grotesque), il escamotait de manière violente et outrageante la haute société de Beverly Hills. Ce jaillissement de l’horreur au sein d’un quotidien faussement idyllique rapproche de plus immanquablement le film de Blue Velvet de David Lynch (1986), lequel évoquait lui aussi, dés son fameux plan de l’oreille décomposée, un outre-monde obscur et malsain, camouflé par un climat d’insouciance. Found partage avec Parents cette préoccupation pour l’enfouis, qu’il soit par ailleurs de nature horrifique ou non. Marty évolue dans un espace de non-dit et du caché, en témoignage les trouvailles qu’il effectue dans les chambres de ses parents, entre autre des revues pornographiques appartenant à son père ainsi que d’anciennes lettres de sa mère écrites à un ancien amour qu’elle conserve dans une boite. Ces découvertes, auxquelles s’ajoutent immanquablement les têtes des victimes de Steve, se placent en contrepoint de l’univers ultra-religieux dans lequel baigne bien malgré lui Marty, par l’intermédiaire de sa mère. Si le film n’entreprend pas une critique en règle de la religion, il pointe davantage l’inertie du discours moralisateur et teinté de bons sentiments des adultes, ces derniers se présentant comme des garants en termes d’éducation et d’encadrement mais semblant désarmés face aux rapports complexes et violents qu’entretiennent les enfants.

Found, Scott Schirmer, 2012

En raison de ses ambitions formelles ou encore de l’intelligence avec laquelle son réalisateur entend traiter des thématiques aussi universelles que délicates, Found s’impose comme une œuvre unique du cinéma horrifique indépendant, qui ne ressemble à rien de connu, bien que trouvant sa place dans une tradition du film d’horreur et plus largement du film de genre sensible aux problématiques liées à l’enfance, comme en témoigne cette tentative de dialogue avec Parents de Bob Balaban.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Balance ton commentaire

Back

LE DOSSIER DU MOMENT

FILMS D’HORREUR ET POP-CULTURE

Votre dose quotidienne d'hémoglobine. Des films d'horreur aux séries TV, en passant par la pop-culture, nous décryptons l'univers horrifique à travers des vidéos et créations originales dénichées par notre rédaction | LA TEAM CCFR | CONTACT | MENTIONS LÉGALES

SHARE

Cauchemars américains : Found et Parents