[CRITIQUE] « Blade Runner 2049 », réalisé par Denis Villeneuve

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En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

35 ans se sont écoulés depuis la sortie de Blade Runner; 35 ans au-cours desquels le film de Ridley Scott est passé d’échec en salles à celui de film culte et qui a inspiré nombre de séries, films et livres. 2017 voit donc le retour du monde créé par Philip K. Dick avec un changement de tailler : Ridley Scott n’est plus réalisateur mais seulement producteur, il laisse sa place au wonderboy québécois Denis Villeneuve (Incendies, Sicario, Prisoners).

L’élément le plus évident du film est sa réalisation. Denis Villeneuve retrouve Roger Deakins avec qui il a collaboré sur Sicario ou Prisoners. Ensemble, ils rendent un hommage total au monde créé il y a plus de 30 ans. Visuellement bluffant, Blade Runner 2049 reprend les codes de la SF classique avec un monde urbain froid et glacial, gris et triste, plombé par une pluie ininterrompue. Les extrêmes sont explosés au possible puisque le monde péri-urbain est, lui, désertique et coloré. D’abord grise dans une introduction parfaite et maîtrisée (on sent la présence de Ridley Scott tant cela semble sorti d’un de ses derniers Alien), la photographie devient colorée et explosive dans le dernier acte du film, une anti-thèse violente au possible et traitée sans détour. Les effets spéciaux sont dans la lignée des précédents mais il fallait faire plus qu’une copie et cela se ressent dans les scènes avec Joi, le personnage d’Ana de Armas. La promo n’avait donc pas menti : le film sera beau mais serait-il plein ?

L’écriture est le premier élément bancal du film. Hampton Fincher et Michael Green ont signé un scénario sur une idée de ce même Hampton et de Ridley Scott et c’est là que cela commence à se détériorer. Ridley Scott rejoint le club qu’il forme avec James Cameron, « Le club des torpilleurs de franchise« . Si le dernier décide de détruire Avatar avec 3 suites, Ridley entreprend le même boulot que sur Alien : justifier ce qui n’a pas lieu d’être. On suit donc pendant 2h30 un Blade Runner chargé de traquer des Replicants et de les éliminer, il découvre un mystère et se fait traquer. Cela ressemble à s’y méprendre au pitch du premier Blade Runner. Sauf que 35 ans ont passé donc la clé de l’énigme se trouve dans le passé avec un certain personnage. Si l’intrigue est simpliste au possible, des éléments font comprendre que l’influence du premier opus sera moindre. Si l’on retrouve le texte introducteur, un élément vient contrebalancer la structure du film. Le coeur, le moteur du Blade Runner de 1982 était la nature de Deckard (Harrison Ford), ici, non. Le film tournera autour de cette question et de la thématique des Replicants pour mieux y répondre et renforcer la notion de perte qui traverse le roman de Philip K. Dick. Denis Villeneuve est suffisamment intelligent pour  jouer avec ses personnages pour compenser la déshumanisation de son film mais cela ne suffit pas. Si Blade Runner dévoilait des robots humains en quête d’humanité, le deuxième en est dépourvu et est froid et mécanique au possible. 

Le casting est un autre point fort du film. Ryan Gosling retrouve son rôle favori : le héros qui tire la gueule et s’en prend plein la tronche. Mais il ajoute une nuance dans le placement de son personnage qu’il parvient à faire oublier son écriture parfois bancale. Il est entouré de noms tellement peu présents qu’on s’y attache peu : Robin Wright (Le Congrès), Dave Bautista (Guardians of the Galaxy) ou encore Jared Leto. Si l’acteur de Requiem for a Dream se retrouve avec un rôle primordial et central, il est tellement mal géré qu’on s’y attache peu. Dans un effet miroir, on se retrouve vite à suivre deux personnages féminins essentiels à la structure du film. Dans le premier film, le personnage de Rachael (Sean Young) traversait le film de sa beauté et de son aura mystique. Il aura fallu deux actrices à Blade Runner 2049 pour la compenser. Le personnage d’Ana de Armas est l’exemple parfait de ce qu’est Blade Runner 2049 : un beau produit, mal écrit et bien enveloppé. Elle possède les plus belles scènes du film et dégage une réelle alchimie avec Ryan Gosling. A l’inverse, le personnage de Luv (Sylvia Hoeks) est creux au possible mais possède l’une des plus belles répliques du film. Une qui s’inscrit dans la ligne directe du fameux monologue final de Blade Runner. Mention spéciale à Harrison Ford qui, comme dans Star Wars The Force Awakens, ne dégage qu’un encéphalogramme plat et ne sert qu’à cautionner le « Blade Runner » inscrit sur l’affiche.  

L’un des éléments majeurs du premier Blade Runner était la bande-son. Iconique et culte, elle était signée par Vangelis. Dans ce Blade Runner 2049, elle a connu plusieurs compositeurs. D’abord Johann Johannsson qui laissera finalement sa place à Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch. Ensemble, le duo va entreprendre l’accumulation de bruits et de sons pour essayer de vaguement rappeler l’ambiance du premier film. Un joyeux bordel sonore qui renforce le sentiment paradoxal que Blade Runner 2049 a voulu se placer en héritier de Blade Runner tout en craignant cette place.

Denis Villeneuve signe un film visuellement bluffant alourdi par un scénario déshumanisé au possible mais traversé de scènes rares et pures. Un blockbuster intimiste qui n’a de « Blade Runner » que le nom.

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